Tout est possible !

par · 1 mars 2004

Dans la crise de la représentation qui secoue notre pays et la démocratie occidentale, il y a de nombreuses raisons structurelles mais aussi conjoncturelles. On pourrait d’abord citer la perte de légitimité du politique, l’évanouissement du lieu de pouvoir symbolique. La désacralisation de l’institution est un fait majeur. Hier, chaque acteur politique portait une part de vraie croix du « souverain ». Aujourd’hui non seulement l’espace de la politique n’est plus sacré ; Mais face à la mondialisation, au pouvoir en réseau, aux faibles manœuvres budgétaires,  à la vitesse réactive médiatique, il est un putching ball, plutôt que le fil de l’épée.

Mais on doit évoquer aussi la panne de « l’épopée politique ». Les grandes idéologies ont laissé place à la gestion. Le clivage partisan s’estompe. Ils mobilisaient hier ceux qui croyaient à la réalisation messianique terrestre contre ceux qui y voyaient la fin des libertés. Ce n’est plus le cas. Articulée sur une réalité géopolitique, la controverse communiste vertèbra le sens d’un siècle. Mais il nous faut aussi pointer le désenchantement du monde. Nous entendons par là le questionnement du progrès. L’humanité ne semble plus maîtriser son propre développement scientifique. Cette « désillusion de l’avenir » mine la confiance dans la stratégisation des destins collectifs ou d’une nation. Elle fragilise aussi le décideur politique qui semble asservi à cet emballement de la science.

Ajoutons une autre tendance lourde, la dérobade partisane. En effet, l’individualisme consumériste d’une part, et l’élévation d’un niveau de l’instruction ont eu comme conséquence une prise de distance – à partir d’un moment où la question communiste a cessé d’être – avec les formations partisanes.

L’opinion devenue volatile, l’électeur moins captif. L’électorat passif, attaché à son camp a donc fait son temps. L’électeur stratège gagne du terrain. Il se met en mouvement sur ce qui est perçu, plutôt que sur ce qui est reçu. Il existe maintenant des électeurs consommateurs qui réagissent à ce qui leur semble utile à court terme. Il anticipe, utilise, instrumentalise, ce qu’il perçoit des médias bref il fait de la politique. Il braconne souvent aux marges de ce qui était son camp pour faire avancer les « choses » qu’il comprend comme trop figées.

Il a des impatiences, des humeurs et souvent de l’amertume. Il est en un mot, désarrimé et protestataire. Cet électorat volatile est donc disponible, pense message plutôt que soutien.

Emerge donc un couple moderne, pessimiste et stratège. On croit moins à l’efficacité du politique mais plus au message, le tout sur fond de désenchantement permanent …

Il faudrait  noter d’ailleurs la tendance du politique à s’adapter à cet état d’esprit. La course au consensus, le refus d’être configuré, la détestation pour tout ce qui semble politique, identifier, stratégiser. L’art des postures, des discours réversibles, technocratiques et jetables, le mépris pour le sens, l’omniprésence des sondages. Le politique avance masqué avec comme référence obligée, les vrais gens.

Mais il serait injuste d’en rester là. Toutes les élections ne sont pas équivalentes. Les régionales ou les cantonales qui sont maintenant un mid-terme dans le calendrier, intéressent peu. Si l’enjeu régional est flou, le message de sanction du gouvernement est lui évident. Mais voilà le casse tête de l’électorat stratège est ici perceptible, qui apparaîtra comme le meilleur véhicule de la sanction sans pour autant accorder trop vite sa confiance. L’UDF, le Front National, le Parti socialiste et ses alliés ou l’abstention ?

Nous avons donc aux régionales, une conjonction forte de tendances lourdes et ponctuelles qui font peser sur ces élections, un risque d’un nouveau décrochage civique. Mais la fluidité est telle qu’à quelques jours des élections : tout est possible.

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