Enseignements des élections régionales

par · 28 mars 2004

Deuxième tour des élections régionales et cantonales: Les enseignements -Le 28 mars 2004, 21 heures.
Raffarin doit s’en aller – Jacques Chirac doit parler – La gauche doit se réformer

Raffarin doit s’en aller
En glissant dans l’urne un bulletin de gauche-sanction, l’intelligence de la main du peuple d’en bas s’est faite sentir. Raffarin battu, Chirac défait, la majorité UMP-UDF désavouée, le bilan est sévère et la droite sans repère. Monsieur Raffarin catalyse sur lui une réprobation nationale sans précédent. Peut-il dans ces conditions se maintenir à Matignon, même avec un gouvernement remanié ?  Non ! Il doit s’en aller.

La France a tiré les conséquences de l’échec global de l’équipe en place. Croissance affaissée, chômage envolé, sécurité médiatisée et police de proximité jetée, intermittents abandonnés, plans sociaux multipliés, retraites attaquées, emplois jeunes et ASS supprimés, 35 heures rognées, recherche abaissée, école sinistrée, justice chamboulée… La droite a touché à tout, tout désorganisé, tout attaqué, sans réellement réformer. Et l’épouvantable échec de la canicule a fait sens.

Comment, avec un tel bilan et cette absence d’assentiment, Jacques Chirac pourrait-il maintenir Monsieur Raffarin ? Et si tel était le cas, la feuille de route du gouvernement Raffarin 2 se résumerait en un mot : ne rien faire sous l’étendard criard d’un « continuons » d’opéra.

Monsieur Baroin, porte-parole de l’UMP, a esquissé une manœuvre en retraite en fin de semaine. Maintenir Raffarin, « mais en se donnant le temps d’expliquer les réformes et de dégager des consensus sur les diagnostics ». En un mot, face au vent de la contestation, affaler les voiles du libéralisme et réduire le premier ministre à expédier les affaires courantes. Il restera aux « poids lourds » du gouvernement, allégés après cette défaite, à faire de la communication.

Cette pause dans la contre-réforme sera enregistrée comme une victoire, mais elle ne restaurera pas l’autorité du premier ministre. Il sera tout au plus le paratonnerre des européennes où la tenaille Souverainistes-UDF sera redoutable pour l’UMP. Et puis, c’est sans compter sur l’effet politique de la défaite, son impact médiatique, sur l’homme lui-même. On ne manquera pas de comparer l’attitude d’un Raffarin s’accrochant à celle d’un Jospin s’en allant.

Jacques Chirac doit parler
Le président de la République s’exprime le 31 décembre, le 14 juillet ou de sommets européens en sommets internationaux, et encore ! Jacques Chirac ne préside pas la France, il la survole. Les français le ramènent sur terre. Et il y a, pour lui, péril en la demeure.

Le libéralisme à marche forcée que le président de la République a imposé à la France vient de provoquer le rejet. Le scrutin du 28 mars renvoie Jacques Chirac au premier tour des présidentielles. Le pacte du 5 mai 2002 vient de se dénouer. Le président de la République doit parler au pays et modifier radicalement la donne.

Est-ce possible, avec un premier ministre sur le flan entre démission et résignation ? Le changer est toujours possible, mais par qui ? Et pourquoi ?
Est-ce probable, avec une majorité UMP-UDF minoritaire dans le pays ? Cette majorité réellement virtuelle, due au rejet de la cohabitation en 2002. Cette majorité imposante mais désormais impotente. Cette majorité, la peur au ventre, tenaillée par la recherche de son sauveur. Cette majorité prise entre l’exigence de continuer et l’effroi de tout perdre : présidentielles, législatives et municipales.

Est-ce envisageable, avec une UMP « carbonisée » par sa première épreuve du feu. Il est tout à fait probable que, sous l’impact de ce résultat, l’UMP se décompose. Sans chef présidentiable, sans stratégie, cette machine faite pour gagner les élections et mettre sur orbite Juppé, tout en réduisant l’influence du FN, a échoué sur tous les fronts. La progression du Front National ce soir est un terrible et malheureux désaveux. Maintenant, libéraux et démocrates-chrétiens vont se sentir à l’étroit dans la maison d’un président désavoué.

Et l’avenir pour l’UMP n’est pas des plus radieux. Avec Raffarin 2, c’est la défaite aux européennes programmée. Avec Sarkozy, c’est une UMP décentrée. L’entrée de l’UDF au gouvernement fera du premier ministre le président de la majorité… Le tout sur fond de chômage de masse, de dégradation des finances publiques et sous le regard de Bruxelles.

Jacques Chirac doit parler car, ce soir, il y a carence du pouvoir. Parler pour fixer un cap à la France, parler pour dire ce qu’il veut ou ce qu’il peut, mais surtout qu’il renonce à quelques projets que les français jugent néfastes. Sinon, cette présidence lointaine et incertaine se terminera dans la haine.

La gauche doit se réformer
Le pari stratégique de François Mitterrand qui a installé par la durée le parti socialiste comme la force de l’alternance, est une nouvelle fois confirmé. Le Ps, pour peu qu’il se renouvelle et que ses alliés s’unissent, est la force de la gauche et le véhicule de tous les rééquilibrages.

Il y a ce soir deux écueils à éviter : l’euphorie du moment et la confusion des temps.

La gauche n’est que l’instrument de la colère du peuple. Certes, ce dernier avait le choix pour l’exprimer : abstention, UDF, FN voire extrême gauche ou pourquoi pas dans quelques cas PCF. Les français ont choisi massivement le Ps et ses alliés. C’est rassurant sans être totalement signifiant.

Evidemment, la gauche a maintenant un mandat régional à vocation nationale. Le mandat de faire ce qu’elle a promis, gouverner les régions sur une autre logique que la droite. Daniel Cohn-Bendit a eu raison de parler, lors du meeting francilien du 25 mars au Zénith, du laboratoire pour la gauche que représente les régionales. Désormais, les français vont observer le match : régions de gauche contre l’exécutif de droite. Ce qui est excessif car les régions n’ont pas les pouvoirs de l’Etat. Les français, pendant trois ans, vont soupeser la capacité des gauches et des écologistes à travailler ensemble pour leur quotidien. C’est à travers sa pratique régionale que la gauche sera aussi jaugée. L’espoir est immense mais les moyens de satisfaire à gauche sont réduits. Assurément, la gauche est remise sur pied. Mais attention : point de spéculations, pas de précipitation, attendons le résultat des européennes. Vouloir

indexer les socialistes et le destin de chacun à l’aune de ce scrutin, c’est à la fois présomptueux et surtout imprudent. Le  réalisme impose de dénouer ce qui s’est noué, ce qu’ont dit les français grâce à la gauche, ce qui s’est dit entre les français et la gauche. Cette dernière sait qu’elle a retrouvé son « poids de forme », mais il va lui falloir maintenant faire mieux à gauche. Et pour cela, la gauche, toutes les gauches et les écologistes doivent changer. La gauche ne fera pas ce que fait la droite ni ce que fit la gauche. Il lui faut préparer la grande alternance : une alternative radicalement réformiste.

Les conditions sont réunies ! Le poids de l’extrême gauche est maintenant devenu compatible avec l’affirmation d’un réformisme assumé. Travailler à notre projet, certes, mais promouvoir une vision et accoucher de l’unité. Les partenaires de la gauche sont restaurés et c’est une bonne nouvelle pour la gauche toute entière. Mais chacun ainsi revitalisé, il est probable que tous voudront définitivement s’exprimer. La possibilité d’une candidature unique de la gauche aux présidentielles et aux législatives s’éloigne. Le PCF surmontera ses contradictions par l’autonomie, les verts trancheront à l’automne mais certainement pas au détriment de l’affirmation de leur périmètre. Le Ps doit construire la maison commune de la gauche en comprenant que tout le monde ne veut pas vivre dans la même pièce.

Pour cette maison commune, il nous faudra commencer par les fondations, c’est-à-dire les régions. Il sera ensuite nécessaire d’édifier les murs porteurs sous un triptyque : un programme partagé, un partenariat respecté, une cohésion assumée.

Pour que le programme soit partagé, il est nécessaire que les divergences soient sériées mais aussi surmontées. Pour que le partenariat soit respecté, il est indispensable que le respect fonctionne pour tous. Pour que la cohésion soit assurée, il faut évidemment un programme partagé et des partenaires respectés. Mais une fois ceci posé, la cohérence commande notre dessein commun.

Alors, et alors seulement, les régionales auront été le printemps de la gauche !

catégorie Ecrits, Expressions