Interview dans le Figaro

par · 27 avril 2004

Le FIGARO. – Pourquoi la gauche peine-t-elle à s’unir dans la perspective de 2007
Jean-Christophe CAMBADELIS. – C’est la rançon de la présidentielle : dans notre système, si vous n’êtes pas représenté à cette élection, vous n’existez pas dans l’espace public. Il est donc nécessaire de distinguer les projets que portent les formations politiques à cette occasion, lors de la présidentielle, qui visent à proposer un chemin à la France, et le programme unitaire qui doit permettre de gérer le pays.

En recherchant un accord avec des partenaires plus radicaux que lui, le PS ne risque-t-il pas d’affaiblir sa propre ligne?
Chaque formation doit rester elle-même. Nous ne demandons pas le programme unique de la gauche qui induirait une formation unique. Nous préconisons un programme commun qui implique des compromis à partir de positions identifiées. Nous avons constaté en 2002 comment l’idée d’imposer à son voisin la totalité de son programme a produit la division, l’émiettement et la défaite. Aujourd’hui la gauche doit mesurer l’enjeu. Il ne s’agit pas simplement d’une alternance mais de l’alternative au bushisme à la française que veut incarner et imposer Nicolas Sarkozy. Il faut faire preuve de responsabilité, d’audace et aussi de réalisme.

Les partenaires du PS sont-ils dans cet état d’esprit ?
Ils sont parfois hésitants et souvent hostiles. Ils se demandent si un gouvernement de gauche pourrait faire autre chose que ce que fait la droite ou ce que fit la gauche. Au parti socialiste de démontrer qu’il peut porter une alternative. A nos partenaires de dire s’ils mettent sur le même plan le PS et Nicolas Sarkozy ? Si c’est le cas, on connaît le résultat. Mais peuvent-ils pratiquer la politique du pire ? C’est-à-dire faire triompher celui qui prône la théologie de la rupture.

Le PS est-il prêt à des compromis ?
Un compromis est une chose, promettre ce que l’on ne pourra pas tenir en est une autre.

Craignez-vous une candidature à la gauche de la gauche, dans la suite du non au référendum du 29 mai ?
Le combat contre le CPE a mis en lumière un front du refus, hétérogène j’en conviens, qui a été de l’UDF à la LCR, de la CFDT à Sud. Celui-ci a été soutenu par 80% des Français. C’est là que se situe la dynamique de la victoire possible contre Nicolas Sarkozy. Dans ces conditions, briser à nouveau cet espace de résistance par la revitalisation du oui et du non serait faire prendre un risque à la France.

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