Conseil National du 16 juin 2004

par · 16 juin 2004

Quelques mots d’abord sur l’analyse que nous pouvons faire de ce résultat. D’abord on l’a dit, le Premier secrétaire y est revenu, à mon avis avec raison et c’est là notable, l’abstention. C’est ensuite une sanction claire, et c’est enfin une confirmation qui était souhaitée, mais qui a plus d’ampleur que nous le pensions.

L’abstention, je crois que celle-ci n’est pas équivalente entre l’Europe de l’Est, les pays qui viennent de rentrer dans l’Europe, et l’Europe de l’Ouest.

A l’Est, c’est une véritable défiance vis-à-vis de la construction européenne et ce n’est pas anormal vu le processus libéral de sa construction … Ces peuples quittant la tutelle de l’union soviétique, à qui l’on vient d’infliger des critères de convergence stricts, ne peuvent adhérer avec passion à ce qui semble les contraindre.

En Europe de l’Ouest, c’est une défiance, non pas vis-à-vis de l’Europe, mais vis-à-vis de la politique des gouvernements en place quels qu’ils soient. Mais au total, c’est une prise de distance avec la manière avec laquelle on construit l’Europe. Et ceci n’est pas sans poser des problèmes aux européistes, aux européens ou aux combattants pour l’Europe que nous sommes.
La sanction, on ne peut pas faire comme s’il y avait une sanction en France et qu’il n’y en avait pas dans d’autres pays européens. Cette sanction est globale vis-à-vis de toutes les politiques qui sont portées aujourd’hui en Europe. Mais elle a un sens plus particulier en France car si elle est la confirmation de ce que nous avons connu aux deux tours des élections régionales, elle est surtout une manifestation de défiance vis-à-vis du déni démocratique du Président de la République. Il a voulu continuer dans le même sens avec le même et a été sanctionné.

Je crois que la désinvolture avec laquelle le Président de la République a pris ce vote sanction aux élections européennes, et là j’en suis d’accord avec François, c’est une manière très particulière de pratiquer nos institutions …

Après un tel vote, s’exprimer avec M. Schröder pour dire que les Français ont peut-être voté mais qu’il faut raison garder, est plus qu’une désinvolture, c’est une prise de position qui mine le fonctionnement de notre démocratie. C’est la rupture du pacte entre le peuple et Chirac du 8 mai 2002.

Mais à partir de là, je souhaite être un peu plus nuancé. Évidemment, le changement de gouvernement ou de Premier ministre ne serait pas un changement de politique. Mais moi je milite pour un débouché démocratique à la crise politique que nous vivons aujourd’hui.

Il n’est pas indifférent au peuple de France que M. Raffarin tombe ou ne tombe pas. Et il n’est pas anormal que les socialistes offre la perspective de la chute du gouvernement Raffarin, comme un moment du rapport de force politique et social.

Je crois que nous aurions tort, au nom d’un humanisme que nous pouvons comprendre, nous aurions tort de ne de ne pas poser le problème « Raffarin ». C’est en plus un débouché politique qui est nécessaire aux mouvements sociaux. Cette victoire politique leur est nécessaire.

Et donc je crois qu’il ne faut pas avoir peur de communiquer sur ce sujet et de dire comment nous voulons que le votes des Français soit respecté ; une fois, deux fois, trois fois, ça fait beaucoup pour que ce gouvernement se maintienne en place.

Au passage, ce n’est pas négligeable, nous rentrons dans les contradictions politiques même de la politique, il est toujours agréable de pouvoir le faire.

Enfin, la confirmation. Cette confirmation, elle est notable, c’est le score du Parti socialiste. Score au premier tour des élections régionales, score à deuxième tour plus largement avec l’ensemble de la gauche, score là particulier aux Européennes. Car enfin le peuple de gauche avait le choix des armes. Il pouvait voter pour toutes les listes. L’enjeu ce n’était pas le renversement d’une majorité de droite voir directement d’une sanction. Bref, le vote utile n’avait pas la même puissance. Il y avait là même un terrain particulier qui permettait de critiquer les politiques libérales ou droitières. Elles pouvaient s’exprimer à travers ce vote. Il y avait donc là un terrain particulier, positif, pour l’extrême gauche.

Or, le peuple de gauche très largement, soit il s’est abstenu, soit il a voté pour le Parti socialiste. Ce qui veut dire que la phase que nous avons rencontrée, la parenthèse que nous avons vécue, celle d’une non-rencontre. Le 21 avril est terminé, que nos électeurs nous ont mandatés. Ils ont consciemment ont voté pour le Parti socialiste. Nos problèmes ne sont évidemment pas surmontés mais on nous a donné mandat d’être à la fois la colonne vertébrale, le moteur d’une alternative et d’un rassemblement. Et je crois que, la confirmation du score du Parti socialiste dans une élection à la proportionnelle sur le terrain des européennes est plus signifiant qu’on veut bien le dire. Nous pouvons agir dans un autre climat.

Alors, maintenant, maintenant je crois qu’il faut travailler entre maîtrise et partage. Maîtrise du temps d’abord, évidemment trois ans, c’est long. Et, comme je crois qu’il n’y aura ni dissolution, encore que ! Ni que le Président de la République remette en jeu son mandat, encore que ! Nous sommes contraints à nous opposer, mais en même temps à construire une alternative.

Maîtrise du temps, avec d’abord un diagnostic partagé. Je crois que, s’il y a eu mandat du peuple de gauche, mandat des Français. Il faut donc que dans un premier temps, je ne sais pas si c’est sous la forme de questionnaires, je ne sais pas, si c’est sous la forme d’une interrogation ? Il faut dans un premier temps, que le peuple de gauche soit consulté pour qu’il dégage un diagnostic de la société, de la France et de ce qu’elle souhaite. Ce qui nous permets de discuter avec nos partenaires, avec nos militants, avec le mouvement syndical, avec le mouvement associatif, pour faire émerger une demande commune. Et, sur la base de cette demande commune qui sera le trait commun de l’ensemble des socialistes, nous pourrons élaborer ensemble, dans un deuxième temps, nos réponses. Donc oui, maîtrise du temps avec un diagnostic partagé avant un projet que j’espère partagé.

Maîtrise des énergies aussi, avec une élaboration là aussi partagée. Le Premier secrétaire propose qu’il y ait une assemblée, une réunion, un collectif de l’ensemble des énergies du Parti socialiste, des intelligences, ouverte même à des personnalités qualifiées, pour pouvoir élaborer. Très bien, mais une simple demande : que ceci ne donne pas l’impression qu’un comité, même s’il est massif, vienne quelque part privatiser le débat politique. On ne peut pas à la fois trop encadrer et dire « ouvrons les portes, ouvrons les fenêtres, et discutons sans temps mort ni relâche ».

Donc que ce comité soit un lieu d’élaboration et de méthode, un lieu d’échanges, de confrontations, un lieu qui permette des synthèses nécessaires, mais il ne peut pas être le lieu de la présynthèse de ce que sera la position du Parti.

Enfin, maîtriser l’union pour une alternative partagée. Je crois que la situation n’est pas aussi simple que l’on veut bien le dire. Évidemment, le Parti socialiste est en position de force et, il doit tendre la main à ses partenaires, mais vous verrez très rapidement la question de son hégémonie sera posée.

Nos partenaires sont dans une situation extrêmement délicate, vous l’avez tous compris : le Parti communiste est entre plusieurs orientations. Il va être confronté à un débat stratégique politique majeur. Je ne crois pas qu’il soit favorable à une architecture politique trop contraignante, ce n’est pas encore le moment pour lui, il est dans sa crise et il ne l’a pas surmontée. Quant aux Verts, nous aurons un congrès à l’automne. Il est évident que ces derniers ne se prononceront pas avant que le congrès soit passé. Même si la plupart d’entre eux sont favorables à l’union.

Il faut une démarche souple aujourd’hui, et ce serait peut-être une proposition. Que le Premier secrétaire propose à l’ensemble des partenaires, de se rencontrer sans préalable pour essayer de discuter sur les résultats de ces élections, de définir ce qui pourraient être les actions communes, les échanges et les confrontations, ceci de façon à remettre en marche la dynamique de l’union.
Mais s’il y a maîtrise et partage dans tous les domaines, il faut aussi qu’il y ait le déchaînement des idées. Car je ne pense pas qu’il soit possible de construire une alternative dans le confort des idées anciennes. Il nous faut aujourd’hui très largement revisiter l’ensemble de ce qui fut la base programmatique et idéologique de notre formation politique.

catégorie Discours, Expressions