L’union est toujours possible !

par · 1 septembre 2004

Pendant que les couteaux s’aiguisent sur les meules du ressentiment, y a-t-il encore un chemin pour préserver l’unité de la majorité du Parti socialiste ? Doit-on se ruer les uns contre les autres à propos d’un Traité, fût-il intitulé de Constitution européenne ? Et si cela était, est-on obligé de se jouer l’automne meurtrier ? Est-il impossible une fois passés le fracas des arguments et le vote militant de penser dès maintenant le chemin de la réconciliation ?

Dominique Strauss-Kahn, il y a quelques jours, sur France 3, répondait ainsi à ces Interrogations: « On ne peut se résoudre à ce que la majorité se divise sur le Traité de Constitution européenne ». Car évidemment l’Europe est en jeu, mais aussi le Parti socialiste et son orientation stratégique. Nous y reviendrons un autre jour.
Un compromis dans la majorité est-il possible ? Il est en tout cas souhaitable. Car la majorité divisée, c’est évidemment l’instabilité. Soit Laurent Fabius a décidé depuis longtemps qu’il avait sur ce sujet rendez-vous avec l’Histoire et c’est son droit. C’est évidemment respectable. Certains peuvent même trouver cela courageux, mais est-ce vraiment heureux ? Si l’on voit parfaitement la dynamique du pari, on imagine mal avec qui demain ses gains peuvent être partagés. Soit il est perplexe sur l’intérêt du Traité pour la France et la gauche, et il n’y a aucune raison de mettre en cause l’authenticité de cette démarche. Mais là, il doute et ce doute peut être fécond. Il y a en effet là la possibilité d’un rapprochement, car entre les partisans du « oui si » et les tenants du « oui malgré », il n’y a pas de quoi faire couler le Danube. La majorité n’est ni dans le oui inconditionnel, ni dans le non principiel. Elle peut donc se rassembler pour donner sa chance à l’Europe.

Doit-on pour autant conditionner le oui ? Il ne peut y avoir une conditionnalité telle qu’elle soit irréalisable, qu’elle soit ainsi un non qui n’ose pas dire son nom. Il ne peut être non plus question de déshabiller le oui, en armant ainsi les partisans du non. Doit-on envisager le report du vote au moment où celui-ci sera annoncé par Jacques Chirac ? Partisans depuis Dijon du oui sibyllin pour un Traité qui ne l’est pas moins, nous étions dubitatifs sur le référendum, a fortiori sur le référendum sur le référendum. Nous n’avons jamais voulu de procédure qui force le destin ni nous divise sans fin. Ce fut octroyé aux minorités qui avaient des raisons évidentes, et on paria même que Jacques Chirac n’oserait pas, malgré les mises en garde prodiguées dans ces colonnes. C’est maintenant une réalité. Il n’était pas anormal que le premier secrétaire souhaite trancher ce débat. On aurait vite fait de souligner sa faiblesse s’il ne s’était pas prononcé ou s’il avait éludé le calendrier. Evidemment, à la veille de La Rochelle, combiner cela avec un délai court, une campagne de presse « tip top », en annonçant que pour la présidentielle on ne se déroberait pas, tout en accueillant Lionel, cela peut sembler beaucoup pour le sens de l’humour de Laurent. Pourtant chaque acte a en lui-même une explication. C’est fait, passons ! Alors ce report du vote ! Et bien cela dépend du premier secrétaire qui l’a fixé. Mais soit l’on dégage une position commune à la majorité et il vaut mieux trancher, soit cela est impossible et le parti doit savoir sur quel pied danser. J’imagine la rumba de nos minorités en cas de report et les conséquences sur le climat du projet. Nous sommes prêts à prendre nos responsabilités dans ce calendrier, mais il n’était pas de notre ressort, nous ne pouvons donc décider de son sort.

Comment donne-t-on sa chance à l’Europe ?  En donnant des chances au oui !
En se distinguant des conservateurs-libéraux et au premier chef de Chirac pour qui ce Traité est une fin, et pour nous une étape. En nous faisant exigeants sur le protocole de Lisbonne car son retard handicape les conditions de la ratification du Traité constitutionnel. En travaillant avec Rasmussen, que l’on a fait élire et que l’on ne peut maintenant isoler, à l’élaboration d’une vraie plateforme constitutionnelle du PSE. En revendiquant dans ce débat un « Jacques Chirac hors du Traité », et donc l’abaissement d’un président qui s’est pour le moins disqualifié à le porter. La liste n’est pas exhaustive, mais doit maintenir un équilibre.  Mais surtout en recentrant le débat sur les préoccupations des Français et la politique de la droite au pouvoir. La mise à mal des 35 heures, le budget, les délocalisations, etc.

Nous sommes évidemment disponibles à travailler dans le sens de l’union. Nous en avons administré la preuve. Le chemin de l’unité de la majorité fut demandé par deux fois avec force par Dominique Strauss-Kahn. Et ne nous trompons pas. Derrière la rupture de la majorité, il y a pour le moins du souci pour tout le monde.

Soit le vote qui va intervenir est « constituant » d’un clivage déterminant et on imagine mal un lit pour deux rêves, celui du oui, celui du non. Soit il ne mérite pas un schisme et il vaut mieux l’éviter, ce que nous avons toujours pensé.

Ce n’est pas faire injure à Laurent Fabius que de dire que son engagement pour le non changerait la nature de la confrontation. Et ceci pour trois raisons. Le oui pourrait certes l’emporter, mais le non avec lui s’en trouverait renforcé. Ensuite, le oui pourrait gagner le pays, mais avec un non du Parti socialiste, cela semble improbable. Enfin, comme le disait hier Laurent Fabius, les idées ne se baladent pas toutes seules, elles sont portées par des hommes et des femmes. Et là, c’est tellement évident que l’on parle déjà en termes de morts … Une bataille plus dure, un clivage plus net, un calendrier bousculé pour un référendum incertain, cela fait beaucoup non ?

Alors, au cas où le malheur nous plongerait dans la confrontation, nous proposons comme diraient nos amis … « une ligne jaune ». D’abord sur la nature du débat. Il s’agit d’une controverse non négligeable, mais pas insurmontable. Ensuite sur l’ampleur du débat. Il y aurait un risque à une personnalisation excessive, voire à une superposition des enjeux. Enfin, sur le climat du débat, ne prononçons pas de mots définitifs vis-à-vis de l’Europe et des sociaux-démocrates européens, car c’est avec eux qu’il faudra faire demain si le non l’emporte, c’est avec eux qu’il faudra construire la nouvelle étape si le oui gagne. Constatons entre nous que nous avons des objectifs communs, mais que nous divergeons conjoncturellement sur les moyens d’y arriver. Le non n’est pas souverainiste, même s’il est souvent eurosceptique. Le oui n’est pas libéral, même s’il est parfois réaliste.

Nous savons que certains de nos militants ont des comptes à régler avec la culture de gouvernement, le compromis, la démarche réformiste. N’oublions pas que lorsque l’on souffle sur les braises, on finit par mettre le feu. Il y a des victoires qui peuvent dans les deux cas être sources de bien des désagréments.
Enfin, ne semons contre personne l’anathème car nous récolterions l’amertume. Ce qui est loin d’être le meilleur terreau pour les combats à venir.
Comme on le voit, nous sommes disponibles à préserver l’union de la majorité et au-delà si possible, sans renoncer à notre oui. Nous somme favorables à endiguer tous les débordements, déterminés à garder à ce débat sa dimension conjoncturelle. Mais surtout, nous voulons travailler ensemble à donner sa chance à l’Europe.

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