Pourquoi le « non » a été irrésistible

par · 1 juin 2005

Il me revient donc de refaire le match. Pour les socialistes, l’année entière fut consacrée à la question européenne. Cette « grande controverse » n’est pas nouvelle. Elle provoqua dans notre formation bien des crises voire des scissions. Est-ce étonnant ? Le socialisme français, fils de la révolution anti-absolutiste et du jacobinisme républicain et laïque drapé dans l’Etat nation redistributeur est toujours secoué lorsque la France est en jeu.

Il suffit pour s’en convaincre d’évoquer la première guerre mondiale, la révolution russe, la deuxième guerre mondiale, la décolonisation ou les premiers pas de la CED. Mais ce n’est pas le primat de mon analyse, ce n’est pas l’essentiel. Il y a comme toile de fond à ce « re-jeu » autre chose de plus déterminant, ce que j’appellerais la question française.
LA QUESTION FRANÇAISE
Comment pourrions-nous décrire ce qui semble être le « malaise français » ?

1)    Le remord français

Il y a dans l’inconscient collectif comme un remord vis-à-vis de l’élection présidentielle de 2002. Ce « président contraint » qui s’imposa à la France via le barrage à l’inacceptable Le Pen. Dans toute élection, il y a une part de rejet mais aussi de projet si ce n’est de rêve. Là ce fut la résignation nauséeuse. Ce n’est même pas Jacques Chirac qui est en cause. Mais l’effarement de voir Le Pen qualifié au deuxième tour. Et cette présidentielle sans premier ni second tour déboucha sur un chagrin français. Le refoulé d’un pays qui n’avait pas pu dire sa vérité. Dans un réflexe de peur et de détermination républicaine, le pays donna sans y prendre garde tout le pouvoir à Chirac. Depuis le pays n’a de cesse que de dépouiller le vieil homme…
Monsieur Raffarin a cru pouvoir donner du sens à ce vote en proclamant la « France d’en bas », chantant « les élites à la lanterne ». La France qui n’en demandait pas tant adopta le discours. Le populisme d’Etat était né. Il s’exerça contre tous ceux qui gouvernent, et en premier lieu vis-à-vis de celui qui l’avait imprudemment énoncé.

2/ Le retour français

Face à la mondialisation qui frappe de plein fouet l’Etat nation français, la France veut rentrer à la maison. Elle se range un peu en désordre derrière la ligne Maginot d’un Etat totalement protecteur. La préférence française, à défaut d’une Europe protectrice, est devenue le non-dit dominant. Qu’il s’agisse de produire, de se nourrir, de l’immigration ou de l’élargissement. Ce réflexe qui ne serait être condamné au nom d’un élitisme cosmopolite est devenu une donnée lourde. Comment en serait-il autrement lorsque nous assistons à la précarisation des statuts, à la montée de la terreur et aux désenchantements des lendemains ?

3/ L’affaiblissement du modèle France

Une croissance faible, une confiance friable, des inégalités insoutenables, une société en miettes, telle est la crise de notre modèle économique. Il y a là une bien grande confusion car le retour français se fait donc vers un modèle en crise. Certes celui-ci a été sinistré par la droite, mais le résultat est là ! La France doute d’elle même. Le dénigrement du pays est le nouveau truisme de nos élites. La France, elle, ne voit pas l’intérêt de s’adapter mais ne croit pas qu’elle peut durablement résister. Personne ne lui propose un inventaire. Le discours politique oscille entre « il faut liquider ce modèle mais on ne peut le dire » et il « faut dire que l’on résiste mais on ne peut pas le faire ». Résultat : la « classe politique » est à la fois sur le frein et sur l’accélérateur. Conséquence : le moteur français fond.

4/ Le refus du libéralisme

La France, pays politique par excellence, refuse le primat de l’économie. Les Français comme tous les Européens sont tous convertis à l’économie de marché. Mais la société de consommation critiquée en 1968 a envahi tous les aspects de la vie. Déjà se manifestent les colères, les alternatives, les révoltes. Pourtant la revendication centrale reste l’accès pour tous et sans entrave à la consommation. Dans le même temps « la marchandisation de la société » est unanimement refusée. Les conséquences du libéralisme avec les exclusions, la pauvreté, les inégalités, les délocalisations sont donc rejetées. Il n’y a pas d’autre ressort à la défense des services publics ou au très beau slogan de la LCR : « nos vies valent plus que leurs profits ». Le volontarisme français déclinant se heurte au libéralisme anglo-saxon dominant. La France est prise dans cette double tension.

5/ La recherche d’appartenance

Cette fameuse quête d’appartenance dont parlait déjà Gérard Mandel en son temps est devenue prégnante dans nos sociétés faites « d’individualismes consommateurs et de nomadisme culturel ».
La société issue de l’ère industrielle avec ses hiérarchies, ses principes, ses valeurs se désagrège lentement sans que rien ne vienne la remplacer. L’ère du vide est sans repère ni temps mort. Par exemple, il est quasiment impossible dans les sociétés urbaines de critiquer le mariage gay ou l’homoparentalité, revendications justifiées par l’extension de la liberté et expressions de la conquête permanente de nouveaux droits. Dans le même temps rien ne vient constituer un nouveau lien sociétal, ce « vouloir la société » qui distingue la civilisation de la barbarie. La nouvelle société s’impose sans qu’il soit possible de l’interpeller. Les uns perdent leurs repères sans que les autres ne produisent de frontières. Il s’ensuit une France en quête d’appartenance via son quartier, son canton, sa région, sa communauté, j’allais dire sa tribu. La communauté nationale n’est plus tout à fait une communauté de destin mais elle est déjà un empilement de droits créances.
Une partie de la société étouffe dans l’ère industrielle agonisante, elle cherche de nouvelles appartenances. Une autre partie s’étouffe devant l’ère de l’immatériel et sa culture de l’apparence.
La combinaison de ces données produit un climat très années 30, avec son antilibéralisme entre nostalgie et utopie. Petit à petit s’impose un triptyque, modernisation = adaptation =
régression.
Il s’ensuit une régulation démocratique sous la forme d’une démocratie punitive. La question de la durabilité du contrat entre le peuple et les gouvernants devient LA question démocratique. Alors cette conjoncture où personne n’est capable de proposer un autre chemin est propice à toutes les aventures.
C’est dans ce climat que le film du référendum s’est joué en 10 actes.

ACTE I : Giscard, le timonier du grand bond en avant

Le 13 juillet 2003, Valéry Giscard d’Estaing transformé pour l’occasion en Abbé Sieyès annonçait au monde ébahis…habemus une constitution européenne. L’ancien Président de la République rompait avec la théorie de l’engrenage de Jean Monnet. Celle où chaque petits pas préparait l’avancée collective suivante. Pour Giscard il s’agissait de l’avancée décisive. Mais ce fait imposé aux peuples, malgré la forme conventionnelle, cette mise au pied du mur de la France, intervenait au moment même de l’élargissement aux pays de l’est. Le débat n’était plus libre, il était faussé. Le peuple n’y avait pas participé. La faute vint du désir, du plaisir de présenter comme un fait indiscutable et historique ce qui n’était qu’un compromis. Lorsqu’on propose la « France en grand », on ne peut lui imposer un point d’équilibre entre les nations.

ACTE II : Les jeux de dupes autour du référendum

La France avait le choix des armes pour ratifier le traité : le référendum ou le Congrès. Evidemment si c’était LA Constitution européenne, le référendum s’imposait. Si c’était un nouveau traité résumant les précédents, adossés à un préambule plutôt favorable à la position française, le Congrès suffisait. Personne n’ignorait le rejet de l’exécutif, chacun mesurait l’envie française de dire non à Chirac. Mais tous entonnèrent le chant référendaire. Le premier fut Alain Juppé, puis Nicolas Sarkozy, la totalité des souverainistes emboîtèrent le pas. A gauche Laurent Fabius en fit un des arguments de son intervention au congrès de Dijon. On imagine pourquoi ! François Hollande ne fut pas en reste comme la totalité de la gauche. Calculs et démagogie coulaient à flot.
François Bayrou déclara inimaginable de ne pas organiser une consultation populaire. Il s’agissait de faire porter la responsabilité du refus à Jacques Chirac. Chacun pensait : « Chirac ne le fera pas ». C’est tout du moins ce que l’on me répliqua lorsque dans Libération je pointais « le piège référendaire ». Non seulement ce flot de demandes réduisait la marge de manœuvre chiraquienne. Mais ceci accréditait petit à petit dans l’opinion que le sujet avait de l’importance puisqu’on la dérangeait. Et lorsque l’on sollicite le peuple ce n’est pas pour lui intimer l’ordre de ratifier. Il veut voir, savoir, avoir droit au chapitre, et comprendre, revisiter tous les compromis…
Je ne pensais pas un jour vous lire ce que j’écrivais le 27 avril 2004 : « on comprend l’idée de faire porter à Jacques Chirac la responsabilité d’entériner un texte jugé peu porteur dans les couches populaires. Bien, mais admettons que Jacques Chirac organise le référendum et le perde. Non point au regard du texte lui-même, mais du rejet dont il est l’objet. Brillante manœuvre que celle qui conduirait les partisans de gauche de la Constitution à bloquer celle-ci à travers un référendum incertain. Comme quoi un trop plein de tactique européiste peut conduire à une dépression européenne ». Nous y sommes.

ACTE III : La droite joue avec les allumettes turques

Le 7 juin 2004, dans Le Figaro, Alain Juppé lance le débat : « La Turquie ? … Pourquoi pas le Maroc ou Israël ? » C’était parti. A droite principalement, mais aussi à gauche où la question avait quelques échos. Cette polémique qui vit François Bayrou mais surtout Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy se déchaîner fit image. Elle faisait ressurgir à contretemps le débat sur l’élargissement. Celui-ci était donc une faute que l’on nous demandait maintenant de constitutionnaliser. Elle donnait aux souverainistes « l’argument manquant » : défaire l’Europe au nom d’une autre conception de l’Europe. Elle permettait aux nationaux populistes de déployer l’incompatibilité des mœurs, de la religion, de la culture avec l’Europe chrétienne. Une barrière idéologique et sémantique était tombée. Le débat turc pavait le chemin du « plombier polonais » ou de la « délocalisation roumaine ».

ACTE IV : La pédagogie dans le Parti vaut pédagogie dans le pays

L’intensité du débat monta d’un cran lorsque dans l’été 2004 François Hollande proposa de respecter l’un de ses engagements de congrès, le référendum interne eu PS sur le traité constitutionnel.
Le débat fit rage, la presse en fit échos. Les militants furent enthousiastes. François Hollande triompha. Il fut l’homme de l’année. Tout était plié.
Pourtant dès le Conseil National du 4 décembre 2004 qui enregistrait la victoire de Hollande-Lang-DSK et de leurs camarades, les minoritaires déplièrent leur nouvelle feuille de route. Fabius pointa : « Vous allez nous expliquer comment vous allez maintenant vous distinguer de Jacques Chirac ? ». Henri Emmanuelli : « Il y a un oui du PS qui libère un non de gauche ». Et Jean-luc Mélenchon joua la « fille de l’air » indiquant sans être rappelé à l’ordre : « C’est une question de conscience, je dirais non ».
On ne voulut voir que l’habileté de François Hollande à mettre Lang-DSK-Aubry dans la cage de fer du projet socialiste. Chacun fut rassuré. Le peuple avait regardé le débat, le PS avait tranché pour lui. Il y a pourtant un monde, si je puis dire, entre l’opinion médiatique et l’opinion publique.

ACTE V : La campagne la fleur au fusil

Comme en 1940, nous partîmes la fleur au fusil ! Etrange début de campagne, où ceux qui demandaient de s’engager tôt dans la bataille étaient gaussés, où leur demande d’une distance claire du PS vis-à-vis de la droite était lue comme une envie de perdre, où encore le 21 avril 2002 était balayé au profit des élections européennes et régionales.
Dans un pays qui a quelques soucis avec ses élites et sa représentation politique, chacun semblait pourtant sûr que les partis de gouvernement : UMP, UDF, Verts et PS l’emporteraient. Pourtant le FN, de Villiers, Boutin, Chevènement, le PCF, Besancenot, Laguiller, tous pour le non pesaient 47. 11%, en 2002.
Il fallait en plus compter avec 40% du PS et une partie des Verts favorable au non. Et un gouvernement Raffarin qui multipliait les faux pas dans la réprobation totale.
Et pourtant, les lièvres du oui ne pensaient pas nécessaire de se préoccuper de la tortue du non : « il sera bien temps de faire campagne », « l’opinion se forge dans les 15 derniers jours ».
Le Parti socialiste se mit en mouvement fin février. Nicolas Sarkozy lança sa « vraie fausse » campagne le 6 mars et François Bayrou, qui avait toujours pronostiqué l’échec du référendum, se hâta lentement de démarrer le 21 mars. Bref à la veille des vacances de Pâques, on bougea un peu.
Entre-temps, le Comité Confédéral National de la CGT, le 2 février, avait dit non. François Hollande fut bombardé de boules de neige lors d’une manifestation de défense du service public organisé par le PS à Guéret. Jean-Luc Mélenchon s’échappait seul. Le 12 mars au Gymnase Japy, le non de gauche se rassemblait le jour du 1er sondage donnant le non en tête. Ils n’allaient pas tarder à être rejoint par Henri Emmanuelli. Dominique Strauss-Kahn « pulvérisait » Hervé Gaymard et son appartement de seigneur lors de son « cent minutes pour convaincre ». Et Jacques Chirac constatait penaud et « triste » qu’il ne comprenait plus la jeunesse française lors d’un débat sur TF1, une prestation ratée et contestée par la chaîne publique.

ACTE VI : Bolkestein devient Frankenstein

En quelques jours la directive Bolkestein attaquée début janvier par Dominique Strauss-Kahn dans l’Humanité et dans Libération par Henri Emmanuelli devint l’objet même du traité. Le nom même de Bolkestein sera de l’avis des sondeurs aussi connu des Français que Zidane ou le pape Jean-Paul II.
Au moment où la France se tournait totalement vers le traité, la directive fit sens. Elle unit dans un même lit la dérégulation libérale, le dumping social et « l’étrange étranger ».
Tout le monde va s’y mettre. Jacques Chirac le premier.
Une quasi union nationale pour repousser la directive étrangère… au modèle français.
Dans le même temps, pas un jour sans une annonce de délocalisation. Elle joua dans les médias audiovisuels le rôle de l’insécurité dans la campagne de 2002.
Celles-ci sont insupportables, elles jettent sur le carreau des centaines de salariés pour le profit d’actionnaires. La France fut tout à coup debout. Elle ne vit le monde qu’au travers du couple infernal déloc-Bolkestein. La France est « pillée par les délocalisations », un « sang impur abreuve nos sillons ». Bolkestein devient Frankenstein.
Bolkestein renvoyé dans ses foyers du Nord-Pas-de-Calais, sa circulaire fut enterrée. Il maugréa contre l’impossibilité de trouver un plombier. La France l’avait échappé belle mais le traité, lui, était plombé.

ACTE VII : Jospin fait de la résistance et Le Pen est dans l’abstinence

Le 28 avril sur France 2, Lionel Jospin plaide pour un « oui au compromis ». Il s’adresse aux électeurs de gauche avec une certaine efficacité. Début mai six instituts de sondages mettent le oui en tête. Sans qu’il soit possible de dire s’il y a eu un effet Jospin. On peut quand même constater qu’il n’a pas contrarié la séquence. Lorsque le débat porte exclusivement sur le traité, dépouillé de la grandiloquente « Constitution historique », par quelqu’un qui ne peut être soupçonné de philo-chiraquisme, le oui monte.
Pendant ce temps, l’autre acteur de 2002 est pour ainsi dire aux abonnés absents. Jean-Marie Le Pen est non seulement borgne mais il est maintenant sourd. Le leader du Front National fit de son infirmité un argument.
Un meeting le 1er mai, quatre passages à la télé, ceci fut pour le moins léger. Carl Lang dans Le Monde donna une explication début mai. Le Front National ne voulait pas contrarier le non : « Après avoir battu la gauche en 2002, il faut défaire Chirac ».
Jean-Marie Le Pen minauda sur LCI devant cette gauche que « l’on a trompée le 8 mai 2002 et qui rejoint aujourd’hui [son] combat national ». Le leader de l’extrême droite demanda mollement le retour du franc et la fin de l’Europe qu’il n’appela plus « fédéraste ». Le Pen était devenu passe muraille.

ACTE VIII : Fabius-Delors dégainent le plan B

Dimanche 21 mars, de retour des Etats-Unis, Laurent Fabius franchit le Rubicon. Avec une argumentation simple, il assura : « le non est indolore ». Immédiatement la polémique s’embrasa autour du plan B.
Le 5 mai Jacques Delors déclara dans Le Monde : « Le devoir de vérité impose de dire qu’il peut y avoir un plan B ». L’ancien premier ministre se vit conforté par l’ancien Président de la Commission européenne. Il y avait un non européen sans risque pour l’Europe.
Le non européen fera jonction avec le non alternatif autour d’un « coup de cidre » en Normandie, lors de la rencontre Fabius-Bové. Laurent Fabius argumenta sur le plan B, le retrait du Chapitre III et le maintien des chapitres I et II et le droit à la renégociation : « Non seulement on doit dire non mais on peut obtenir mieux ».

ACTE IX : Les 100 fleurs du non

Fin avril de Villiers lance son slogan : « on a tous une raison de dire non ». En effet tout au long du mois de mai, on va assister aux convergences parallèles. Avec le non antilibéral, le non alter mondialiste, le non à la parenthèse de 83, le non anti-chiraquien, le non aux délocalisations, le non xénophobe, le non souverainiste. Une forme de « tous ensemble » surgit dans le pays.
La rhétorique du marbre libéral et du marteau polonais marche à fond. Les Français ont le sentiment d’être enfin acteurs de leur propre destin. Dans une société qui produit l’insécurité sociale, ils ont enfin leur mot à dire.

ACTE X : La peur aux trousses

Le oui raisonnait, le non rassurait. Les raisons du oui étaient raisonnantes, celles du non furent percutantes. Le oui sera dominé dans tous les compartiments du jeu.
Le non apparaissait plus protecteur, le non semblait plus progressiste, le non était même devenu plus réaliste. La Une de Paris-Match où François Hollande et Nicolas Sarkozy nous firent face au lieu de se faire face acheva de déployer l’argument du pareil au même. Et le refus chiraquien du débat télévisé sur le traité avec un acteur du non finira de l’achever.
Lors du traité de Maastricht, François Mitterrand, pourtant mal en point, fit front. Par son débat avec Philippe Seguin, largement médiatisé, il remit le traité au centre de l’attention référendaire et gagna.
La dérobade chiraquienne fut sa fuite à Varenne. Le pouvoir perdait les attributs du pouvoir. Il parlait mais on ne l’entendait plus. Le dernier discours de Jacques Chirac sera jugé bon mais il fut emporté dans le brouhaha d’une France qui déjà avait dit non.

CONCLUSION : Un « tsunami » dans les urnes

Comme tous les tsunamis, la mer déferlante charrie tout sur son passage : convictions, illusions, interpellations, injonctions, colères éphémères ou délétères. La vague est aujourd’hui retirée. On peut regarder les dégâts.
L’Europe est déchirée, le traité est broyé, l’axe franco-allemand est éventré, l’Europe politique est en panne, l’Europe budgétaire en rade, l’Europe élargie en berne et Tony Blair se pavane.
Quant à la France, elle vit une crise de régime où la clé de voûte de nos institutions, Jacques Chirac, pèse 6% dans les sondages en cas de candidature à sa réélection.
Tous les leaders de la gauche sont battus dans les sondages par Nicolas Sarkozy. La gauche de gouvernement est déstabilisée entre une droite Poutinienne et une extrême gauche qui hésite entre le Péronisme et le néo-communisme.

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