Intervention lors du congrès PS du Mans

par · 10 novembre 2005

Intervention de JC Cambadélis lors du congrès PS du Mans de novembre 2005

La France va mal et la gauche n’est pas au mieux. La France va mal et la question n’est pas seulement, pas exclusivement, pas totalement sociale.

La France vit une crise d’identité et son modèle est miné, attaqué. Les Français sont bridés par le libéralisme dans leur désir d’entreprendre, de créer, d’innover. Les Français sont relégués par l’explosion des inégalités, où qu’ils se trouvent, ils butent sur le mur du marché, dubitatifs sur l’amélioration de leur quotidien mais aussi sur des lendemains qui changent.

La France et les Français doutent. Et le doute a envahi toutes les sphères de la société. Alors s’installe une forme de démocratie punitive où le ressentiment le dispute à l’amertume.

Jacques Chirac porte l’immense responsabilité de la dépression Française car il a trop promis et peu tenu. Il a promis de réduire la fracture sociale, il a imposé la facture libérale. Il a surfé sur l’insécurité, elle vient aujourd’hui tout ruiner. Et quand on voit comment M. Barroso ose traiter la France, on se dit que jamais sous De Gaulle ou Mitterrand, on en serait arrivé là. Non Monsieur Barroso la France n’a pas besoin de votre chèque mais d’une politique anti-libérale.

Les Français, ce peuple héroïque, audacieux, courageux et batailleur est un peuple facile à troubler disait déjà Gambetta. Et ne nous trompons pas, la France qui émerge des brumes de la crise n’est pas la France que nous aimons le mieux. Cette France-Là a peur.

Alors la conjoncture est redoutable car quand les Français ont peur lorsqu’ils ne croient pas en l’avenir lorsqu’ils doutent de la gauche comme d’eux-mêmes. Ils se jettent dans les bras d’un homme grand ou petit, qui a l’image de l’énergie et le masque de l’ordre. Cet homme nous le connaissons tous.

Stéphane Sweig qui n’aime pas les politiques mais écrivait beaucoup sur eux disait : « Il y a deux sortes de politiques, ceux qui pèchent en eaux troubles, les plus nombreux et puis ceux qui troublent l’eau pour pécher ».

Et bien j’accuse ! Nicolas Sarkozy d’avoir troublé la France pour pêcher la présidentielle. Nous l’accusons d’avoir délibérément, consciemment, consciencieusement provoqué l’incident verbal qui créa les conditions de l’explosion. Nicolas Sarkozy c’est ce que parler veut dire. Il connaît le poids des mots et le choc des symboles. Il était informé de l’état d’exaspération, du dénuement, de la désespérance des banlieues. Il a voulu l’amalgame entre les minorités délinquantes et les banlieues désirantes. Son but, c’est d’abord ruiné l’image de son Premier ministre concurrent pour amener toute la droite sur son terrain, la sécurité. Puis il a demandé le couvre-feu comme on demande la confiance.

Il ne va pas s’arrêter là maintenant, il va s’attaquer au code de la nationalité. Il sait que le consensus national est fait sur le terrorisme et c’est heureux. Mais il va aller plus loin. Ecoutez-les tous les revanchards de 68. Tous les aigres de 1981. Ecoutez-les jubiler doctement autour du regroupement familial, de la matrice islamique des banlieues. Ils préparent le terrain à Sarkozy.

Mais mes amis, Nous n’avons pas repoussé un bloc Le Pen pour se le faire refiler par petits bouts. C’est une offensive de grande ampleur qui vient sous couvert de sécurité pour éviter la confrontation sociale.

Mais le but nous le connaissons, Nicolas Sarkozy l’a affirmé sans façon. La remise en cause de notre modèle évidemment le modèle social. Mais la République Française, pour Nicolas Sarkozy, la République c’est la liberté, c’est celle de s’enrichir, l’égalité est une servitude et la fraternité est celle des communautés.

Il ne s’arrêtera pas en si bon chemin, une fois installé aux commandes de l’Etat se sera le Tsunami libéral. Une espèce de droite Poutinienne est en train de naître, celle qui utilise la peur légitime pour obtenir un libéralisme illégitime. En face le peuple de gauche n’est que l’agrégat de peuple désuni. Le syndrome du 21 avril n’est pas totalement dissipé. Pas simplement parce qu’il y aurait dans la tête une prétendue capitalisation face au libéralisme. Pas totalement parce que certains se complaisent dans la seule contestation. Mais parce que le doute c’est s’ouvrir dans la gauche elle-même. Peut-on changer réellement l’ordre des choses ?

Une gauche réaliste et durable est-elle possible ? Les Français ne boudent pas la gauche, ils ne la voient pas venir. Ils ne la voient pas tenir. Ils ne voient pas le chemin concret de la gauche alternative. Ils ne voient que des mots, un déluge de mots.

Voilà pourquoi notre projet est si important. Un projet qui ne soit ni ce que fait la droite, ni ce que fit la gauche. Un projet concret, socialiste, c’est-à-dire qui fixe comme horizon la domestication écologique et sociale de l’économie de marché. Mais un projet qui invente un vivre ensemble. Nous voulons défendre les nôtres, nous ne voulons pas du « tout marché », mais nous voulons une société. Jaurès a déjà et depuis réglé le débat entre la défense de la classe ouvrière et la République. Nous ne sommes pas des syndicalistes, nous partageons leur combat et fêterons avec eux le centenaire de la Charte d’Amiens mais nous ne croyons plus depuis longtemps que la grève générale peut tout. Nous voulons transformer par la loi la société, nous voulons une société juste et pour cela il faut rendre à notre modèle son efficacité. Le projet est indispensable, mais il faut une gauche durable. La durabilité de l’action de la gauche est la question démocratique. Et nous ne pouvons l’obtenir sans le rassemblement.

Moi je crois au rassemblement. Quelques furent nos débats et je n’oublie rien. Quelques furent nos désaccords et ils sont là. Il faut travailler à surmonter les querelles subalternes pour se concentrer sur l’essentiel. Nous sommes ouverts tout en étant majoritaires ; Lorsque je lis que somme toute, les divergences sont minimes, que la matrice socialiste est commune.

J’ai envie de dire merci à la majorité du parti. Lorsque j’entends à cette tribune qu’il n’y a pas d’une part le socialisme d’accompagnement et de l’autre la vraie gauche. J’ai l’impression que la majorité du parti est passée par là.

Lorsque je vois les sourires de retenue et les embrassades sur la tribune, j’ai envie de dire « merci, vous avez souffert, vous avez tenu bon, vous avez été patient, mais maintenant vous tenez le bon bout. Vous êtes « commandeurs de l’union ». Maintenant que se sont dissipés les miasmes de la division.
Maintenant que les socialistes ont une orientation, un cap que dis-je une colonne vertébrale. De toute façon quelques soient les formes, l’union est en marche. L’union est au rendez-vous du Mans !

Elle changera le PS, elle transformera la gauche. Elle nous permettra de dire au peuple de France : « Le PS est de retour ! »

catégorie Discours, Expressions