Retranscription de l’émission « la voie est libre »

par · 27 octobre 2007

DSK parti, vous êtes orphelins les « Straus-khaniens » ?
Jean-Christophe CAMBADELIS. Un peu évidemment ! Mais comment s’appelle votre émission déjà ? « La voie est libre » non ? Alors allons-y !

Vous avez adressé une lettre ouverte aux présidentiables -Ségolène Royal et Bertrand Delanoë principalement- les mettant en garde contre les risques d’un affrontement lors du prochain congrès. Ne dramatisez vous pas ?
Jean-Christophe CAMBADELIS. Il nous faut éviter deux écueils : le congrès de désignation et le congrès d’inhibition. Un congrès de désignation conduirait à un débat de présidentiable et à un affrontement sur la nature du PS. L’histoire nous apprend que la combinaison des deux peut avoir des conclusions déflagratoires. Un congrès d’inhibition aboutirait à une espèce de synthèse molle. Nous avons plutôt besoin que le PS fasse définitivement son Bad Godesberg avec un congrès d’orientation qui définisse un socialisme moderne, pour une nouvelle stratégie et une nouvelle organisation.

Quelle est votre solution pour sortir de la compétition des présidentiables ?
Jean-Christophe CAMBADELIS. Les présidentiables sont bien gentils mais ils doivent apprendre à jouer collectif. Sinon, il n’y aura pas de sortie de crise. Car si le débat se réduit à ceux qui dénoncent la création d’un parti de supporters contre ceux qui stigmatisent un parti conservateur, on n’est pas sorti… La gauche et au-delà le pays attendent un socialisme moderne capable d’être utile aux Français. Au niveau d’une nouvelle direction du PS, nous devons construire un périmètre de confiance, réapprendre la solidarité, et à jouer collectif. Enfin il faut entreprendre la construction d’un grand parti de toute la gauche. L’enjeu, c’est un nouveau 1905, lorsqu’il fallait rassembler toutes les familles de la gauche dans une seule formation. La crise entre communistes et socialistes depuis 1920 est aujourd’hui obsolète et le défi de la gauche est celui d’un modèle de développement durable dans la mondialisation, ce qui induit de rassembler les écologistes.
Mais lors du prochain congrès, il faudra élire un premier secrétaire…
Jean-Christophe CAMBADELIS. Pour les deux ans à venir, il nous faut des speakers sur une même orientation plutôt qu’un leader contesté par des présidentiables éconduits.

Mais de nombreux dirigeants se proposent d’être 1er secrétaire…
Jean-Christophe CAMBADELIS. Ecoutez le temps des petits chefs qui promeuvent leur ego sur les plateaux est terminé ! C’est à la fois fatigant, pathétique et dépassé. La « chefaillerie » c’est fini, vous m’entendez fini ! Si nous voulons reconstruire il faut réapprendre à jouer collectif !

Vous diriez la même chose si Dominique Strauss-Kahn n’était pas au FMI ?
Jean-Christophe CAMBADELIS. Cette analyse, c’est la sienne. J’en ai longuement discuté avec lui. Il m’a convaincu qu’il fallait libérer le débat d’idées et le renouveau socialiste de la contrainte présidentielle. Il s’est appliqué ce principe. Il a été l’un des premiers à citer en exemple Benoît Hamon, Harlem Désir, Montebourg, Borgel ou Guillaume Bachelay, en leur disant c’est à vous de jouer !

Pour fonctionner de manière collective, le PS doit être d’accord sur le fond. Sur le traité simplifié européen, avez-vous une position commune ?
Jean-Christophe CAMBADELIS. Le fait notable c’est que le PS ne s’opposera pas à ce mini traité, qui permet de dégripper l’Europe. C’est une rupture depuis les divisions du référendum de 2005 et tant mieux. La manière de ne pas s’opposer, de l’adopter, vote « oui » plutôt en vogue, abstention plutôt vague, ou refus de vote plutôt anti-Sarko, cela est secondaire. Ce traité doit être adopté ! Ne rouvrons pas nos divisions. Ne tombons pas dans le piège de Nicolas Sarkozy puisque nous laisserons de fait ce texte passer.

Faut-il un référendum ?
Jean-Christophe CAMBADELIS. J’étais contre le référendum sur le traité constitutionnel. Aujourd’hui tout le monde dit avoir été contre. Je garde sous le coude leurs déclarations de l’époque. Mais ce n’est pas le sujet. On ne peut plus faire comme si cela n’avait pas eu lieu. On a dérangé le peuple on ne peut pas l’éconduire aujourd’hui, au prétexte qu’il fait des « conneries » lorsqu’on l’a convoqué ! Il ne fallait pas le faire il y a deux ans. On lui a donné le droit de se prononcer, on ne peut plus lui retirer !

La réforme constitutionnelle élaborée par la commission Balladur vise à rééquilibrer les pouvoirs, comme le souhaite le Parti socialiste, la voterez-vous ?
Jean-Christophe CAMBADELIS. Je vais vous faire une confidence. Si le texte au final est bien celui que l’on évoque dans la presse, je serais agréablement surpris. Je commence à comprendre les raisons pour lesquelles Nicolas Sarkozy reporte le débat après les municipales et pourquoi l’UMP gronde. Certes ce n’est pas la VIème république ! On concède au Président son droit de visite à l’Assemblée Nationale et la vraie rupture avec le cumul des mandats n’est pas au rendez-vous, tout comme la proportionnelle. Mais le Parlement est restauré et l’exécutif mieux contrôlé, cela est essentiel. C’est un premier pas dans la rupture avec la lecture gaullienne de la Vème République. Le Président de la République osera t-il braver sa majorité sur le sujet ? Dénaturera t-il les propositions qui, sans nous satisfaire pleinement, vont dans le bon sens, telle est la passionnante question ?

Avec son discours de Tanger ou le Grenelle de l’environnement, Nicolas Sarkozy a-t-il remporté des succès ?
Jean-Christophe CAMBADELIS. Nicolas Sarkozy sort d’une situation difficile : protestation sociale, mécontentement sur la question des salaires, contestation morale sur l’immigration, et quelques soucis personnels. Il tente par la communication de surmonter cette mauvaise passe en jouant du consensus sur l’écologie. Mais honnêtement sur l’écologie le gouvernement n’a pas forcé son talent en mettant en avant des propositions que tout le monde partage. C’est plus une pétition de bonnes intentions, sous le regard paternel de Nicolas Hulot qu’un programme d’urgence. Quant à son discours de Tanger, je le préfère à celui de  Dakar. Il reprend une idée de Dominique Strauss Kahn sur l’Euro-méditerranée. J’aurais mauvaise grâce à faire un procès au Président sur le sujet.

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