De la rénovation au Parti Socialiste Français

par · 1 novembre 2007

Au-delà des responsabilités individuelles et des dysfonctionnements collectifs, la défaite présidentielle de 2007, la troisième consécutive, renvoie aux lacunes fondamentales de l’offre idéologique et programmatique des socialistes français.

Malgré la mobilisation des jeunes, des cités, la reconquête d’une partie des votes populaires, nous n’avons pas suffisamment donné aux français le sentiment de répondre à leurs attentes essentielles: la protection face à la mondialisation, la préservation de la sécurité sociale, la juste répartition des revenus et des prélèvements, le rétablissement de la société du travail, la garantie de la promotion individuelle, l’articulation des droits et des devoirs… Face à un Président français exploitant les divisions internes des couches populaires et moyennes, nous n’avons pas su proposer à l’ensemble de notre base électorale un nouveau pacte social et territorial fédérateur.

Miser sur les difficultés du Président de la France Nicolas Sarkozy, la dégradation de sa popularité, ne suffira pas. Nous ne devons pas réitérer l’expérience stérile des années 2002-2006 qui nous a conduits d’une défaite à une autre. Nous devons désormais prendre à bras le corps le véritable agenda de la rénovation. Trente cinq ans après Epinay et près de vingt ans après la chute du mur de Berlin, nous devons réviser notre doctrine pour clarifier nos principes, refonder le clivage gauche / droite, et répondre aux nouveaux défis historiques posés par la mondialisation, les chocs écologiques, l’individualisation sociale et culturelle, la crise de l’Etat social et du modèle Républicain.

1) Nous plaidons pour un rapport à la fois critique et résolument réformiste au capitalisme et à la mondialisation

– Fidèle à la vocation de la gauche, nous continuons de vouloir lutter contre les déséquilibres économiques, les dégâts écologiques et les injustices sociales engendrées par le fonctionnement du système capitaliste. Loin d’avoir perdu sa raison d’être, ce combat retrouve une acuité face à la mondialisation financière et les nouvelles formes de domination qu’elle impose. Nous refusons l’alignement du modèle français sur les standards néo-libéraux que la droite voudrait nous imposer. Socialistes, internationalistes, nous militons plus que jamais pour une autre répartition des richesses à l’échelle planétaire et ne pouvons nous résoudre à l’approfondissement de la fracture entre le Nord et le Sud.

– Mais ce rapport critique au capitalisme ne peut suffire à définir le socialisme du XXI ème siècle. Ayant tiré les leçons de l’échec du « socialisme réel », nous reconnaissons désormais l’efficacité du marché pour produire les richesses nécessaires au développement des sociétés. Pour lui permettre de se concentrer sur les vrais enjeux de la période, nous souhaitons que la gauche acte ce compromis réformiste et cesse d’en faire un sujet de clivage artificiel. Conscients que l’on ne peut redistribuer que ce qui est produit, nous pensons également que le socialisme doit être attentif aux conditions de la création des richesses. Par opposition au choix de la rente et de la spéculation financière, la gauche doit devenir le parti de l’entreprise, de l’innovation, de la prise de risque industrielle.

2) Nous préconisons une vision renouvelée du progrès et du développement humain

– Issus de la tradition rationaliste, nous continuons de croire à la croissance économique et de faire confiance à la science comme source de progrès de notre civilisation. Mais l’épuisement des ressources et l’accumulation des désastres écologiques nous amènent à faire de la gestion durable des ressources et la préservation de la planète pour les générations futures des valeurs centrales de notre action.

– La nouvelle donne écologique renouvelle plus fondamentalement encore notre vision même des besoins humains. Aux antipodes d’une approche purement matérialiste du bien être, nous entendons accorder désormais aux questions de santé, de qualité de vie, de préservation des cadres naturels, une importance décisive. Nous croyons nécessaire d’enrichir la notion et la mesure même de la croissance, pour faire une place aux dimensions qualitatives, aux enjeux sanitaires et éducatifs, au développement des services à la personne, à l’économie sociale et solidaire, et à la sphère non marchande.

3) Nous estimons que le socialisme doit se fixer comme objectif clair de rétablir la légitimité et l’efficacité de l’Etat social et du modèle républicain français

– Face au « réformisme » néo-libéral de la droite qui vise à étendre la société de marché, nous conservons une fidélité de principe à « l’Etat social » mis en place en France et en Europe au siècle dernier, et à ses grands instruments: services publics, sécurité sociale, retraites par répartition, fiscalité progressive, aide sociale, droit du travail, salaire minimum,…

– Mais, partisans d’un socialisme du réel qui regarde les mutations telles qu’elles sont, nous refusons d’enfermer la gauche dans l’immobilisme, le raidissement sur les « acquis sociaux », la défense systématique de tous les corporatismes. Pour rétablir la légitimité et l’efficacité de l’Etat social et du modèle républicain, nous estimons que le PS doit avoir le courage d’assumer et de porter les réformes structurelles nécessaires.

– Nous devons ainsi répondre à l’enjeu de la croissance et de la compétitivité française en réhabilitant le volontarisme économique. Aux antipodes du désengagement néo-libéral, nous pensons que la puissance publique – Etat, régions, villes – doit recouvrer un rôle stratégique pour favoriser la reconversion des territoires fragilisés, encourager le financement de l’investissement productif et de la recherche, l’imbrication de celle-ci avec l’économie, la diffusion des progrès technologiques, la prospection des marchés internationaux, ou encore le développement des nouveaux services et de l’économie sociale et solidaire.

4)  Nous continuons de porter le combat historique de la gauche pour l’émancipation et nous combattons les méfaits d’un individualisme destructeur.

– Socialistes français, nous sommes les héritiers du combat républicain contre le carcan religieux, pour la séparation de l’église et de l’Etat, et de celui des années 1960-70 contre un ordre moral étouffant, pour le droit des femmes et la libéralisation des mœurs. Cette volonté d’étendre les libertés et de permettre à chaque individu de s’émanciper en choisissant sa façon de vivre, ses liens, ses affiliations, ses références, se pratiques culturelles demeure un principe directeur de notre action.

– Elle rejoint la nécessité de tenir compte du processus d’individualisation sociale et culturelle qui travaille en profondeur notre société et remodèle les classes traditionnelles. Qu’il s’agisse des retraites, de l’éducation, des conditions de travail, nous pensons que le socialisme doit mieux prendre en compte la diversité des situations et des attentes qu’elles créent. Il ne doit pas craindre à nos yeux de contourner le niveau trop homogénéisant du groupe social ou du territoire pour faire désormais davantage descendre, quand c’est possible, l’action correctrice de la politique au niveau même de l’individu.

– Cet engagement en faveur des libertés ne nous rend pas sourd à la demande d’autorité et de règles qui émane de la société contemporaine. Si elle résulte pour une part essentielle des effets déstructurants de la crise économique et sociale, la montée des phénomènes d’insécurité au cours des dernières décennies nous a rappelés aux nécessités d’une liberté ordonnée, d’une meilleure articulation des droits et des devoirs.

– La prise en compte des réalités et des aspirations individuelles ne nous conduit pas non plus à cautionner les dérives de l’individualisme contemporain. Nous combattons la réduction de la politique au consumérisme et à la juxtaposition des revendications catégorielles. Nous récusons l’image d’une société d’individus où ne pèseraient plus les privilèges de naissance et les déterminations de classe, où chacun aurait tous les moyens de réussir et de s’accomplir sans l’intervention de la collectivité. Nous pensons que la gauche doit continuer à faire de la lutte contre l’exclusion et la pauvreté une priorité politique et morale mais qu’elle doit veiller à ne pas alimenter la critique contre l’assistanat et qu’elle doit mieux répondre, de son côté, aux enjeux du pouvoir d’achat, de l’accession à la propriété, de la juste répartition des revenus à travers une réforme fiscale courageuse.

5) Nous considérons que le socialisme doit renouer avec sa vocation utopique et un projet de transformation sociale radicale autour du mot d’ordre de l’égalité réelle.

– Méfiants vis-à-vis de la fausse radicalité d’une rupture avec le capitalisme annoncée mais jamais mise en œuvre, adeptes d’une politique qui s’appuie sur les réalités, nous ne résignons pas pour autant à réduire le socialisme à un pragmatisme gestionnaire ou à un réformisme purement défensif, qui ne ferait que combattre les dégradations de l’Etat social et du modèle républicain. Nous pensons que la gauche doit continuer d’offrir un débouché au besoin légitime de sens, d’utopie qui est, depuis la Révolution française, au cœur de sa vocation.

– Notre nouvel horizon de transformation sociale réside dans une lutte massive contre les mécanismes de « reproduction sociale » qui font perdurer dans notre société les privilèges de naissance. Nous devons faire de l’égalité des chances, « l’égalité réelle », c’est-à-dire de la volonté de donner à chacun les moyens d’accéder au « capital culturel », de déployer ses talents et de trouver sa juste place dans la société, une frontière essentielle et nouvelle du socialisme contemporain.

catégorie Ecrits, Expressions