Sarkozy, six mois, déjà l’ennui et les ennuis

par · 6 novembre 2007

Si François Mitterrand voulait donner « du temps au temps », Nicolas Sarkozy n’a pas de temps à donner… La France n’est pas pour lui un pays que l’on préside mais une entreprise que l’on administre. « 24h chrono », « qu’est que l’on va faire pour vous aujourd’hui ? », « just do it ». Bref, Nicolas Sarkozy puise son inspiration, non dans Lamartine, Chateaubriand, les mémoires d’espoir ou le génie français mais dans la pub. Il ne dialogue pas avec l’Histoire mais ruse avec l’instant. Tournicoti, tounicoton ! Dans le manège enchanté de l’imaginaire Sarkozien il tient le rôle de Zébulon et nous tournons en rond ! La France médiatique ne sait où donner de la tête,  Sarkozy touche à tout et ne règle rien. L’illusion au pouvoir se veut réalité dans un pays dubitatif sur les marges de manœuvre du politique dans la mondialisation.

Peu importe que les cadeaux fiscaux grève de plus de 15 milliards d’euros les marges de manœuvre de l’action de l’Etat, peu importe que les franchises médicales pénalisent financièrement les malades, peu importe l’amendement sur l’ADN pour la maîtrise de l’immigration. Peu importe que le pouvoir d’achat stagne, le chômage reparte à la hausse et les déficits se creusent. Peu importe que ses dix premiers mois se résument à une faute économique, une faute sociale et une faute éthique… Un clou médiatique chasse l’autre… dans le carrousel effréné des 20h !

Et pourtant depuis quelques jours il y a comme une tâche au fond de l’œil du Président. Ce front plissé, la gesticulation désordonnée rentrée, Nicolas Sarkozy semble ailleurs. Est-ce depuis que Cécilia s’en est allée ? L’alliance toujours au doigt, complaisamment montrée au Guilvinec, le petit Nicolas a l’air de ne plus s’amuser à faire des pâtés médiatiques. Il semble atteint par le complexe de Gilgamesh, le tout puissant roi d’Uruk. Dans le plus ancien texte de notre littérature, au cœur de cette Mésopotamie qui donna naissance à notre civilisation, le puissant souverain ne voit rien ni personne limiter sa puissance. La condition de mortel lui parait alors insupportable et lui gâche le plaisir. Pas de majorité en capacité de s’opposer, pas de premier ministre réduit à exister quand le Président s’en est allé, pas de gouvernement capable d’administrer, pas de média cherchant à stigmatiser, pas d’opposition, qu’il ne cesse de diviser ou d’enrôler. Alors tel un enfant, il cherche les limites de son propre pouvoir. Il se confronte à tous les incendies. Il a bien sur en tête le conseil de Ovide à Narcisse, « retournes toi, déplaces toi, déplaces toi ». Il bouge sans arrêt et fuit constamment mais on le sent, il est déjà un amoureux désabusé de sa propre image. Il entraîne dans son sillage la ruée médiatique, mais il déteste et délaisse les bilans. Il ne souhaite dit-il que les cartes postales envoyées chaque jour aux Français. Là où la photo est un choix et le texte vite expédié.

Mais voilà ce gouvernement de l’écume, cette administration de l’instant, cette politique de l’effet est confrontée à la réalité des choses : le retour du social. Nicolas Sarkozy dans sa toute puissance bonapartiste n’a pas la capacité de la nier. Mieux dans son stakhanovisme médiatique, il a mis le feu à la plaine et le risque est grand que celle-ci faute d’opposition reconstituée, crédible et imaginative s’embrase pour son propre compte.
Il suffit pour s’en convaincre de lire les slogans sur les pancartes… Le pouvoir d’achat est à ce point prégnant que le peuple dit à Sarkozy « tu as pensé à ton salaire, souffres que l’on pense au nôtre ».

Nicolas Sarkozy est confronté au vieux dicton populaire « qui trop embrasse mal étreint ». A force d’agiter la France en tous sens, celle-ci va finir par faire «tilt».

Déjà se murmure ici ou là à l’Elysée, dans les travées de l’Assemblée, que le social se crispe sans marge de manœuvre économique.

Un spectre hante Sarkozy, celui du changement de l’image politique comme Jacques Chirac en son temps.

L’austérité ne serait pas simplement la manifestation amère de son échec, elle rimerait avec la pause dans sa frénésie, et Sarkozy aime trop le vélo pour méconnaître ce principe : si on ne pédale plus, on tombe !

Lorsque François Mitterrand évoquait la nécessité que le temps fasse son œuvre, il n’y avait dans cette réflexion aucune démission, mais la simple constatation que le politique doit savoir où il va. Nicolas semble avoir voulu épouser son temps en devenant roi de l’éphémère. Avec lui l’essentiel est moins de savoir où on va que de faire croire que ça va ! Mais « tout » cela ne l’amuse plus au moment où les français se désespèrent. Le roi d’Uruk s’ennuie dans une France qui s’impatiente. Et nous n’en sommes qu’à six mois !

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