Interview dans le Figaro

par · 11 novembre 2007

Les mouvements de contestation sociale se multiplient. Le PS doit-il accompagner toutes ces revendications indistinctement ?
Le pays a pris au mot le mensonge du pouvoir. La France veut gagner plus. Et comme, paraît-il, on ne prépare pas la rigueur, il n’y a pas de raison de se gêner. Mais il n’y a pas de choc de confiance. Alors c’est l’effet portillon :  toutes les catégories se ruent avant l’austérité. Le duo Sarkozy Fillon a le dos au mur. Sans grain à moudre pour doper le pouvoir d’achat, il oscille entre brutalité et hostilité. Mais en l’absence d’alternative à gauche, ce n’est pas le tous ensemble mais le côte à côte qui prédomine. Orphelin, le mouvement ne compte que sur ses propres forces. Où sont les mots d’ordre du PS ? Il serait politiquement peu responsable de laisser le mouvement social et Sarkozy en tête à tête. Le PS doit offrir un débouché politique en proposant une conférence salariale et exiger une conférence nationale sur les retraites.

Ces mouvements sociaux peuvent-ils permettre au PS de sortir de l’ornière ?
Je ne le pense pas. Le PS peine à être audible et à donner une image d’union, de renouveau et de propositions. L’épisode sur le traité de Lisbonne en est la démonstration. Je me suis associé à un appel de parlementaires pour que cesse la division sur l’Europe. Michel Destot, Pierre Moscovici, Bernard Poignant puis Bertrand Delanoë et Vincent Peillon ont obtenu le vote oui au Bureau national. Très bien ! Que des responsables aient voté non ce n’était pas inattendu. C’était même l’espoir du pouvoir. Cette affaire doit être une queue de comète pas un remake.

Vous avez rencontré des proches de Fabius et d’Emmanuelli récemment pour évoquer le prochain congrès. Quel est le sens de ce rapprochement ?
Je souhaite que Bertrand Delanoë gagne Paris, François Hollande réussisse sa sortie, Ségolène Royal son retour et Laurent Fabius retrouve sa place. Sans oublier la réussite de DSK au FMI. Mais de grâce, ne transformons pas notre prochain congrès en congrès de désignation. La crise de leadership ne sera pas réglée par la désignation aux points d’un leader mais par l’élaboration collective d’un renouveau. Je travaille donc avec d’autres à la construction de cet axe.

Mais il faudra bien désigner un nouveau premier secrétaire…
Cette frénésie de chef, cette recherche hystérique du totem est pour moi une défaite de l’esprit. C’est la demande névrotique de pipolisation inhérente à la cinquième République. A peine élu, le pseudo chef sera contesté et médiatiquement battu par ceux qui demandent en rond un champion. Il faut plutôt une équipe, je dirais même un comité de salut public mandaté pour redresser le PS dans les deux ans à venir.

Pierre Moscovici, qui fait partie avec vous des amis de Dominique Strauss-Kahn, s’est déclaré prêt à succéder à François Hollande. Qu’en pensez-vous ?
Notre collectif « Socialisme et démocratie » est partout à l’initiative et mon ami Moscovici aussi ! Personne ne doit s’en plaindre. Quant à moi vous ne me verrez ni faire le tour des médias en disant « le premier secrétaire c’est moi parce que je le vaux bien », ni marquer à la culotte un autre parce qu’il peut faire le job. Nous devons nous attacher à construire l’axe du renouveau. Le reste n’est pas encore d’actualité.

Demain, les partis de l’ex gauche plurielle se réunissent dans un comité de liaison. Quel est l’avenir des petites formations de gauche face à un PS dominant ?
Depuis longtemps je pense que ce qui a divisé la gauche n’a plus de sens. Comme au début du siècle, il faut regrouper toutes les gauches dans une formation moderne, une confédération puis un parti de toute la gauche, qui affronte le double défi actuel de la mondialisation et de l’écologie.

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