Les chemins de la reconstruction

par · 25 novembre 2007

Il faut donc tourner la page… La feuille blanche du renouveau, nous devons nécessairement l’écrire ensemble. Nul n’en est à priori exclu car personne ne peut s’exempter du bilan de la gauche. Au-delà des responsabilités individuelles et collectives, la défaite présidentielle de 2007, la troisième consécutive, renvoie aux faiblesses fondamentales de ce que le socialisme français a proposé au pays tant sur le plan des valeurs que sur le plan programmatique.

Miser sur les difficultés de Sarkozy, la dégradation de sa popularité, ne suffira pas. Nous ne devons pas réitérer l’expérience stérile de 2002-2006 qui nous a conduit d’une défaite à une autre.

Ce défi ne peut être relevé que collectivement. Il suppose un travail approfondi et sincère qui dépasse les jeux de rôle traditionnels et les contradictions artificielles, un processus politique qui fasse le pari des idées avant celui des stratégies personnelles. Miser sur un présidentiable censé combiner ordre, rénovation et représentation, c’est prendre le risque d’une confrontation durable qui pèsera sur les autres objectifs.
Le cœur du redressement réside dans le rétablissement de la confiance à tous les étages. Voilà pourquoi l’objectif des socialistes ne peut pas être la désignation d’un leader mais doit se concentrer sur les fondations d’une reconstruction. Qui n’a pas entendu cet a priori colérique : « si telle personnalité l’emportait, on ne serait plus dans le même parti » ? Alors que d’autres répondent « si c’est tout sauf tel leader, alors il faudra en tirer les conséquences pour la présidentielle ».

Rétablir la confiance c’est introduire du collectif et de la stabilité dans la gouvernance du PS. La question prégnante du leadership ne peut être réglée par un leadership s’imposant sur une partie du PS. C’est tout le paradoxe. Surtout lorsque le débat porte sur la nature du parti. Voilà pourquoi il faut une convergence pour un congrès de reconstruction, pas de désignation. Les militants trancheront la feuille de route de la reconstruction, un collectif sera alors chargé de la mettre en œuvre et puis, comme le prévoit le calendrier, en 2010, dans un parti reconstruit, nous choisirons le ou la meilleur(e) d’entre nous pour gagner la France.

Au Parti socialiste, il faut évidemment tout revisiter. Ce dernier doit avoir un rapport à la fois critique et résolument réformiste au capitalisme et à la mondialisation. La rupture avec le marché n’est ni appropriée, ni efficace, ni même véritablement défendue. L’adaptation idéologique et politique au libéralisme n’est pas, non plus, un programme. C’est au mieux le renoncement à penser la gauche.

Les habits neufs du socialisme moderne, c’est l’émancipation à condition que celle-ci soit individuelle et garantie collectivement. Mais au-delà de cette nouvelle donne, qui doit être le cœur d’une nouvelle déclaration de principe du PS, nous devons certainement poser trois principes refondateurs :

Créer de la richesse dans et par un nouveau modèle de développement, rétablir les conditions d’une égalité réelle, redonner force et confiance à la France, pour déployer une Europe efficace dans un monde stable. C’est la bataille pour la nouvelle France.

Le socialisme moderne doit assumer le combat pour la productivité, installer un état de prévoyance sociale, capable d’une vraie stratégie de justice face aux nouveaux défis comme le vieillissement, l’éducation ou les ghettos urbains.

La lutte contre la vie chère, la pauvreté, le chômage, les inégalités, les exclusions, les discriminations de toutes sortes, est le quotidien des socialistes, mais cela ne fait pas une alternative. Celle-ci procède d’un nouveau modèle de développement plus juste, plus efficace, plus durable. Mais nous devons aussi travailler à un renouvellement démocratique, politique, social, territorial et médiatique.

Inventer cela ne nous émancipe pas de penser le vivre ensemble.
Notre engagement pour les libertés ne nous rend pas sourds à la demande d’autorité et de règles qui émane de la société. Il faut donner sens à une liberté ordonnée en assurant une politique de droits et de devoirs.

Oui, tout n’est pas possible et la tyrannie de l’individualisme consumériste contemporain ne fait pas société, il la défait.

Affirmer le primat de la société contre le tout marché, l’individualisme, les déréglementations de toutes sortes, c’est faire du socialisme moderne le défenseur de l’intérêt général.

Cette réorientation sans stratégie de conquête du pouvoir est un couteau sans lame. Nous ne sommes ni en 1936, ni en 1971. Il n’y a plus deux grands partis de gauche structurant l’électorat. Le Parti socialiste est électoralement fort dans une gauche globalement faible. Il va subir une double concurrence : le « gauchisme compassionnel » d’Olivier Besancenot qui est une protestation ponctuelle mais une impasse structurelle pour l’alternative à Sarkozy. Et il existe aussi à l’autre frontière de la gauche, le « centrisme présidentiel » de François Bayrou. Si le premier espère challenger le PS aux européennes, le second pense pouvoir le dépasser à la prochaine présidentielle. Les deux supputent sur l’instabilité et la faiblesse de l’offre politique du PS. Ce dernier doit passer de l’arithmétique de partenaires électoralement faibles à la dynamique, au projet et à l’union organique en vue d’atteindre une masse critique.

La question du parti de toute la gauche est posée pour le PS. Les partenaires doivent aussi s’interroger. La controverse du congrès de Tours est caduque et l’écologie politique est une donnée partagée par toute la société.

Doivent-ils rester à 1 ou 2% du corps électoral et ne peser sur aucun événement, gaspillant l’énergie militante à sauver un appareil ou exister réellement dans un ensemble déterminant.

À l’évidence cette stratégie induit que le PS en appelle à l’ensemble de gauche et ne la réduise pas à une alliance d’appareils et d’appareillons mais aussi qu’il garde un mode d’organisation qui garantisse la liberté d’expression, c’est-à-dire la proportionnelle. Enfin qu’il ouvre la perspective des primaires pour la présidentielle.

On le voit, le PS a donc besoin d’un pacte reconstructeur et d’un collectif pour le mettre en œuvre. Puis il y aura une vie où chacun -dans un parti rétabli – pourra proposer ses choix. L’enjeu est d’ouvrir un nouveau cycle, de réenchanter la gauche et de réussir l’alternative.

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