Nicolas Sarkozy ou la rupture avec l’intérêt général

par · 8 janvier 2008

Patrick Balkany, jamais avare d’anecdotes sur son « pote », nous avait instruit des larmes d’un Nicolas Sarkozy recevant, des mains d’un père un peu volage et flambeur, une rolex. Etais-ce une réparation symbolique d’une enfance volée ? Toujours est-il que le petit Nicolas aimera ce qui brille.

Et cela tombe bien, la présidence de la République va lui donner l’occasion de satisfaire ce goût pour le « clinquant ». Il fera sien le mot de Bonaparte : « pour moi je n’ai qu’un besoin, celui de réussir ». Nicolas Sarkozy va donc afficher sa réussite avec ostentation.

Nicolas Sarkozy présente, montre, vend son ascension. Alors que la peur de la relégation assaille chaque français. Le moral des ménages est au plus bas. Et la vie chère ronge chaque jour un peu plus le quotidien de toutes les catégories sociales.

Ray ban, chaîne en or qui brille sous la chemise ouverte, mocassins à pompons, montre à « plusieurs patates » au poignet, salaire confortable, voyages en jet privé, notre président reste un grand ados. Même dans ses amours où il poussera sa plainte muette jusqu’à se faire photographier avec sa nouvelle compagne, qui ne pouvait être qu’un top modèle, là où son ex épouse s’était échappée un noël précédent à Petra.
Il ne nous manque que la station de sports d’hiver huppée mais cela ne devrait pas tarder. Tout y est.

Cela fait sourire les bobos, peut impressionner le populo et si le « monde parisien » s’en offusque cela peut rapporter gros.

Car pendant qu’on glose sur la forme, on ne gratte pas trop le fond.
Tout cela n’est pas étonnant quant la politique s’efface le « pipole » prend la place.
Mais il ne faut pas en rester à l’écume des choses et se laisser compter la berceuse de la « glasnosk » Sarkozienne refusant l’hypocrisie. Cette forme de pouvoir absolu est le reflet de notre époque. Elle a une apparence, celle de la jet set mais elle a une réalité, l’espace public sans espace devant la poussée sans limite de l’appétit privé. Une citoyenneté entamée, une représentation délégitimée, des partis dépassés par les sondages, des corps intermédiaires anémiés et un troisième pouvoir médiatique largement asséché, un Parlement plus que jamais godillot et un gouvernement qui a l’impression d’être de trop, jamais un pouvoir n’a été à ce point hors de toutes contraintes. Nicolas Sarkozy est pris par le vertige de sa monarchie médiatique où l’Elysée est devenu le cabinet du Roi et l’étiquette celle de la réussite. Paraphrasant Stendhal dans le Rouge et le Noir, il s’exclame : « Grand dieu, pourquoi suis-je moi ? ». Mais il ne faut pas s’arrêter à cela. Par delà l’apparence, nous devons saisir l’essence même du pouvoir Sarkozien.

Au-delà des échecs criant, sur le pouvoir d’achat, le logement, la santé, la croissance, la dette, et surtout la confiance, le gouvernement a touché à tout mais n’a rien changé.

Ce qui frappe dans la pratique Sarkozyste c’est la rupture avec l’intérêt général.

Le social c’est d’abord l’entreprise, la santé c’est avant tout la dépense, la justice c’est la punition, l’impôt c’est prioritairement l’allègement pour les plus riches, la politique internationale c’est principalement les Etats-Unis. Protection, promotion, prévention, réparation, bref l’intérêt général a disparu de l’action d’un gouvernement ne connaissant que le toujours moins.

Nicolas Sarkozy se veut président acteur dans tous les sens du terme et tranche constamment dans le sens du marché.

Quand la critique affleure, quand le « là ou va-t-on ? » se fait trop pressent. Tant il est vrai que Nicolas Sarkozy est une force qui va mais qui ne sait pas où elle va. Quand l’interrogation se fait forte sur la confusion des genres, le discours s’évade dans la civilisation pour mieux faire discourir. Laurent Vauquier résume benoîtement la méthode dans un « gratuit », « nous occupons l’agenda médiatique pour éviter d’avoir à le subir ». Le rêve de tout monarque, l’habileté de cour et des mots pour échapper au jugement du peuple. Avec comme étendard toujours la même formule « la société c’est moi ».

Encore qu’il est là aussi possible de prendre Nicolas Sarkozy au « défilé » du langage. Du discours de Dakar à celui de Saint-Jean de l’Atran, la civilisation Sarkozienne n’est pas universalisme de la République, mais celle du marché et de la religion.

Derrière le masque contestable d’une présidence jet set perce une réalité chaque jour plus forte… L’intérêt général n’est plus aux commandes du char de l’Etat.

catégorie Ecrits, Expressions