Ma part de Lambert

par · 16 janvier 2008

Pierre Lambert est décédé. Nombreux sont ceux qui m’ont demandé de réagir. Je n’ai pas réagi sur l’instant… comme il me l’avait enseigné : « ne jamais être sous l’emprise de l’événement ». L’homme était séduisant, sa force de caractère indéniable et le personnage privé beaucoup plus charmeur que son action publique le laissait penser. Formé au PSOP de Marceau Pivert, il était trotskyste de stricte obédience ; persuadé que l’obstacle principal à la « révolution prolétarienne » était le stalinisme. Il se voulait en cela, fidèle au Programme de transition de Léon Trotsky.

C’est la raison pour laquelle Patrick Jarreau dans Le Monde a eu raison de dire qu’il ne fut pas favorable, au tournant du siècle, à l’entrisme des Trotskystes dans les organisations du PCF… Il réprouvait par-dessus tout cette idée que le stalinisme défendait à sa manière, la gauche.
C’est comme cela que l’on comprendra son soutien, voire sa participation, par l’envoi de militants en leur sein, aux organisations qui disputaient au PCF, l’hégémonie sur la gauche. Car les trotskystes n’étaient pas en capacité de le faire.

Il ne s’embarrassait pas de détails dans ce qu’il estimait être le principal, et n’était pas très regardant par rapport à ce qu’il lui semblait être essentiel… Il se vivait comme un résistant au stalinisme. Il aimait à dire aux jeunes pousses : « nous sommes de la race des Yakir et des Grikorenko », célèbres opposants aux « maîtres du Kremlin ». Il fut au premier rang du combat de Messali Hadj contre le FLN en Algérie. De celui de FO et de la FEN avec son ami Monatte ou Alexandre Hébert, partageant avec eux la culture typiquement années 30 de la grève générale.

Il ne fut pas pour rien dans le combat des mineurs en 1963, la préparation de 1968 et le double « non » au Général de Gaulle en 1969. Enfin sa campagne pour le vote Mitterrand dès le premier tour de la présidentielle en 1981 ne fut pas négligeable pour faire sauter le verrou de la division… Ce dernier en convenait.

Il stigmatisait l’impressionnisme en politique, enseignait la ténacité et érigeait la nécessité de ne pas céder aux autres comme une des vertus cardinales de la politique.

Mais il ne voulait pas se résoudre aux temps nouveaux : la fin du Mur de Berlin, les changements du monde, les métamorphoses de la question sociale.

Il a formé, influencé et même hypnotisé bien des générations de militants de gauche. A sa manière il transmettait un peu d’une culture politique d’avant-guerre. L’homme est mort et je voulais dans ce moment ne me souvenir que de cela. Il fut une référence de ma jeunesse et pas une maladie honteuse à cacher. Et son décès fait revivre en moi évidemment pas une nostalgie, mais des souvenirs d’enfance politique contrastés.

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