Le gouvernement fantôme

par · 17 janvier 2008

Le pouvoir sans limite c’est l’Elysée de Sarkozy. Pas simplement parce qu’il est l’Homme qui parle aux oreilles des riches. Pas simplement parce que le Parlement est aux abonnés absents avec une majorité godillot et une opposition qui n’en peut mais. Pas simplement parce que les médias sont submergés par une communication complaisante. Mais parce qu’il a concentré le pouvoir en ce lieu comme aucun de ses prédécesseurs ne l’avaient fait.

Certes la Vème république est un régime monarchique au sens étymologique du terme comme aimait à le dire Maurice Duverget. Mais il s’agissait du « un » homme prédominant à défaut d’être toujours providentiel, pas d’un système absorbant tout l’espace démocratique.

Tous les présidents de la République ont été critiqués, souvent à juste raison, pour avoir exercer un pouvoir personnel. Mais aujourd’hui ce n’est pas l’Etat UMP c’est l’Etat Sarkozy. Non que le Président de la République nomme les « copains et les coquins » comme disait le Prince Poniatowski à propos de l’Etat RPR.

Mais l’Etat s’organise totalement autour de lui. Le Sarkozysme ce n’est ni une ambition, ni une vision mais une pratique du pouvoir. Avec lui, le gouvernement ce n’est pas le gouvernement fort, c’est le gouvernement mort. Car au travers de la présidence Sarkozy nous assisté à la prise du pouvoir du « cabinet » de l’Elysée et à la déchéance du gouvernement. Les hommes du Président ont pris l’ascendant sur les ministres.

Même si cela est formel. Sous la Vème le gouvernement est face au Parlement. Les ministres sont questionnés, parfois bousculés par les parlementaires, l’opinion etc. Mais il en va tout à fait autrement du « régime de cabinet ». Car celui-ci dépend exclusivement du bon vouloir du Président. Il est responsable devant lui, pas devant l’Assemblée Nationale. Le gouvernement a été déposé non par l’Assemblée mais par l’Elysée. Et le Premier ministre est réduit à un agent d’ambiance. On est bien loin du Général de Gaulle dont Michel Debré dit dans ses mémoires « De Gaulle variera entre une force intime qui le pousse à vouloir tout régler et sa raison qui l’engage à laisser du champ à son premier ministre ». Le Général de Gaulle avait la foudre jupitérienne de la dissolution, Nicolas Sarkozy a celle de la convocation.

Le vrai pouvoir a changé de mains. Les membres du cabinet du Président de la République s’expriment partout, commentent, présentent la politique de Nicolas Sarkozy. Claude Guéant, Henri Guaino, Jean-David Levitte, Raymond Soubie ou dans un autre registre Catherine Pégard, Dominique Paillé voire Georges Marc Benhamou sont les vrais missi dominici de Sarkozy.

La supériorité de cette sorte du cabinet du roi sur le gouvernement est totale. Le coup d’Etat fut rampant mais il est éclatant.

Lorsque Rama Yade fait sa vraie fausse sortie contre la venue du « meilleur » ami de Cécilia, à savoir Monsieur Kadhafi. Elle est convoquée ni au Quai d’Orsay ni à Matignon mais à L’Elysée et c’est l’Elysée qui s’assure du commentaire. Les ministres sont donc devenus les fantômes de la République, têtes à claque dans l’Assemblée et claquant des dents à l’Elysée. Plantons d’un opéra bouffe où le système dévore le sérieux et encourage la divination.

catégorie Ecrits, Expressions