Interview dans Le Monde

par · 17 mars 2008

–    La victoire de la gauche aux élections municipales et cantonales doit-elle accélérer ou ralentir la course à la tête du PS ?

Ce n’est évidemment pas le sujet ! Si rien n’est fait, si la droite s’entête, le pays grondera ! L’urgence est double : obtenir un changement radical de politique, mais aussi éviter que les français s’enferment dans la démocratie punitive. Le Président de la République est responsable mais les institutions aussi. La réforme des institutions est urgente, peut être même un préalable. Il faut redonner au Parlement représentation et pouvoir. Nicolas Sarkozy doit favoriser le consensus pour permettre une nouvelle donne institutionnelle. Il doit par exemple renoncer à sa demande de visite à l’Assemblée Nationale. Il lui faut accepter la proposition de Laurent Fabius faisant obligation de compter son temps de parole dans celui de la majorité parlementaire, il doit respecter la liberté du Conseil Supérieur de la Magistrature, et accepter une dose de proportionnelle.
–    La victoire électorale n’a pas pour autant clarifié votre débat stratégique entre le MoDem et l’extrême gauche ?

Pour l’instant, le MoDem n’est plus le problème et la LCR ne l’est pas encore. Notre stratégie doit être simple, crédible et lisible. Le PS doit être au cœur et l’union des gauches notre préoccupation principale. Nous devons reconstruire le PS ouvert sur la société et les acteurs sociaux d’aujourd’hui. Il nous faut ensuite une véritable union des gauches et des écologistes autour d’un contrat d’alternative réaliste à la droite. Et puis, par cette dynamique, entraîner tous les électeurs qui refusent le pouvoir UMP.

-Les « reconstructeurs » qui rassemblent vos amis strauss-kahniens, les fabiusiens ainsi que les amis de Montebourg et de Martine Aubry peuvent-ils durablement s’opposer à la fois à Ségolène Royal et à Bertrand Delanoë ?

Ségolène Royal a décidé de présenter seule, presque unilatéralement, un texte au prochain congrès du Parti socialiste. Elle souhaite mettre le PS au service de son ambition présidentielle par ailleurs légitime. Mais on ne peut réclamer la parlementarisation de nos institutions et présidentialiser le PS. Il faut au contraire faire sauter le verrou de la présidentialisation pour libérer l’énergie de la rénovation.
Nous allons nous y employer sans exclusive. Pour Ségolène Royal cela n’est pas très bien parti mais par exemple Bertrand Delanoë n’a peut être pas tranché ? Il peut accepter ce raisonnement. S’il ne fait pas de sa candidature un préalable, nous pourrions lui tendre la main pour travailler ensemble à un texte de fond.

-Quels pourraient être, alors, vos choix pour occuper la fonction de 1er secrétaire ?

Au PS c’est toujours les motions avant l’émotion pour le 1er secrétaire. Il faut d’abord être majoritaire au parlement du PS pour pouvoir gouverner celui-ci. Si les reconstructeurs l’étaient, je m’intéresserais à cette importante question et nous déciderons ensemble. Mais les « reconstructeurs » doivent construire un bloc de convictions, cette spécificité collective qui évitera, au prochain congrès, le seul choc des ambitions.

-Qu’attendez-vous de la réforme des statuts que prépare la direction du PS ?

Le PS a besoin d’une nouvelle déclaration de principe qui prenne acte du socialisme moderne. Les statuts eux ne doivent ni présidentialiser le PS, ni mutiler sa démocratie, ni subordonner ses élus. Ils doivent ouvrir le Parti socialiste à toute la gauche, pas le verrouiller.

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