Appel pour un vrai débat de congrès !

par · 31 mars 2008

La France a entamé une formidable transition économique, sociale et culturelle. Cette lente transformation est sans équivalent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Elle intervient alors que la mondialisation s’impose, la géopolitique change de base, et les moteurs de la contestation n’ont plus les mêmes ressorts. L’économie des services, le passage à la révolution de l’immatériel, la concurrence des économies émergentes, l’hyper mobilité, l’individualisation des modes de vie, les progrès de la science sur l’humain, les défis environnementaux, la montée des écosystèmes complexes, le vieillissement, ou encore la « rurbanisation » de nos campagnes et la densification de nos villes.

Le monde change. Si nos valeurs ne changent pas ; elles doivent se déployer dans un monde nouveau.

Nos principes d’égalité, de justice, de solidarité doivent se décliner dans une évolution démographique et avec des marges de manœuvre budgétaire sans commune mesure avec celles du siècle précédent.

Le socialisme reste la domestication économique sociale et écologique de l’économie de marché. Nous voulons l’émancipation des hommes et des femmes face à leurs aliénations d’existence, de concurrence, du marché, des sexes, ou des origines. Mais il faut donner de l’efficacité à ses principes en terme de retraite, de santé, de salaire, d’emploi, d’éducation, de culture et de production industrielle etc.

Comme nos aînés au début du siècle, il faut tout repenser pour défendre nos valeurs qui subissent l’assaut du marché, qui brise  et rend obsolètes tous les acquis sociaux et culturels conquises dans le capitalisme industriel.

Les socialistes ont une chance historique pour le faire.

Ils ont une implantation territoriale sans pareil qui est tout à la fois un maillage électoral et un creuset d’expérience incomparable.

Ils n’ont plus à mener le combat pour faire vivre une gauche non communiste, l’Histoire a tranché, la sociologie électorale a fait le reste.

Ils n’ont plus à déconstruire l’illusion Sarkozyste de la rupture, les français ont compris, il les a trompé.

Voilà pourquoi nous ne devons pas rater notre rendez-vous du congrès. Notre défi est double, bâtir le socialisme des temps nouveaux, construire une alternative crédible au sarkozysme. Quelques soient nos engagements présents ou futurs, voire même les motions que nous aimerions porter. Il nous semble indispensable de dire aux socialistes : « Ne vous trompez pas de congrès ». Il ne s’agit pas simplement de désigner un leader qui remettra de toute façon en jeux son mandat dans deux ans. Nous avons l’urgente nécessité d’être au rendez-vous de notre histoire.

Le congrès doit se fixer une stratégie pour devenir politiquement ce qu’il est électoralement, le parti de toute la gauche.

Mais le congrès doit être aussi utile pour les français.

Nous devons trancher non seulement le dessein de notre société, mais dire aux français comment nous voyons la croissance, où sont les sources d’un nouveau développement ? Comment voulons nous répartir les richesses ? Quelle est notre conception du paquet social : retraite, santé, solidarité ? Comment retrouvons nous l’équilibre budgétaire ? Quel est notre plan de développement écologiste ? Comment faire vivre l’égalité à l’école mais aussi tout au long de sa vie, dans le logement, les loisirs ? Comment traitons nous l’explosion des inégalités salariales et celles de l’aménagement des territoires ? Comment imposons nous l’impératif de l’innovation ? Comment allons-nous maîtriser la transition énergétique ? Quel nouveau périmètre pour l’Etat et l’action publique ? Comment répondons nous aux discriminations de toutes sortes ? Et au-delà de l’élan du cœur que proposons nous pour les SDF ? Comment tranchons nous le débat sécurité et prévention ? Comment surmonter la relégation des banlieues ? Y-at-il un deuxième souffle pour notre agriculture ? Quelle est la nouvelle pensée socialiste pour l’Europe ? Que voulons nous dans le dialogue nord/sud ? Avons-nous tranché le débat sur l’immigration ? Que faire pour une démocratie plus participative, une évolution parlementaire de nos institutions ?

Comment allons nous arbitrer le débat sur les actifs et le vieillissement, la solidarité et l’assistanat, le progrès et sa maîtrise ? Ces questions, ce sont celles que nos électeurs nous posent.

Le prochain congrès doit non seulement trancher nos débats stratégiques et organisationnels mais bâtir le socialisme du quotidien. Les français attendent de nous la nouvelle alternative qui ne soit ni le programme d’avant-hier ni celui d’hier…
Dans ces conditions on ne peut enfermer, réduire le prochain congrès, à un débat de personnes.

Il y a urgence à en faire un débat d’idées. Nous voulons un congrès qui tranche et pas un débat qui stérilise et divise.

catégorie Ecrits, Expressions