Bloc-notes N°43

par · 7 avril 2008

blocnotesLa motion de censure :
Interview à L’Est Républicain du 07/04/2008 (propos recueillis par Laïd Sammari)

– Pourquoi la gauche, et notamment les socialistes, ont-ils décidé de déposer une motion de censure ?
– C’est pour nous le moyen le plus efficace pour marquer notre total désaccord, tant sur le fond que sur la forme, avec l’envoi de soldats français en renfort en Afghanistan. C’est une décision grave qui mérite un débat. Il s’agit en effet d’évaluer le rôle de l’OTAN en Afghanistan et de clarifier les objectifs exacts de la mission.
– C’est-à-dire… ?
– Nous ne savons ni où seront positionnés nos soldats, ni quels sont les buts de l’envoi de ces renforts, ni quelles peuvent être les conséquences d’une telle opération. S’agit-il d’une nouvelle gesticulation, d’un signe d’amitié envoyé aux Américains ou d’un prépositionnement au regard de la situation au Pakistan ?
– Qu’insinuez-vous par là ?
– Ce pays voisin de l’Afghanistan est en voie de déstabilisation. Si la situation venait à dégénérer au Pakistan, on peut craindre que nos soldats soient contraints de s’engager et franchir la frontière qui sépare ces deux pays où l’influence des talibans est grandissante. En tout état de cause, l’initiative de Nicolas Sarkozy peut s’avérer coûteuse pour les intérêts de la France et la vie de nos soldats.
– Soyons clairs, la motion de censure qui sera défendue par François Hollande n’a aucune chance d’aboutir ?
– Nous aurions préféré que le Parlement ait plus de pouvoirs, c’est d’ailleurs pourquoi nous demandons une réforme de la Constitution. En attendant, nous voulons utiliser la tribune de l’Assemblée pour dire haut et fort que Nicolas Sarkozy ne combat pas les talibans mais cherche à soigner son image en satisfaisant aux exigences des Etats-Unis.
– Est-ce un hasard si dans le même temps Nicolas Sarkozy envisage une plus grande intégration de la France dans l’OTAN ?
– Ce n’est pas du tout un hasard. D’ailleurs, le président de la République avait dit au début de son mandat qu’il était disposé à prendre place dans une Alliance rénovée. A ce jour, on ne sait toujours pas ce qu’il a, ou pas, obtenu. En fait, Nicolas Sarkozy souhaite être le meilleur élève de la classe occidentale. Il rêve de devenir le Tony Blair des années à venir.
– Le président court-il un risque politique en engageant un peu plus la France en Afghanistan ?
– Je le crois. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la situation au Canada où la population ne supporte plus de voir ses soldats tués. Cela provoque une telle crise que le gouvernement menace de se retirer. La situation politique est devenue intenable.
– Comment, selon vous, aurait-on dû aborder la question afghane ?
– Avant de décider, sans le moindre débat, la moindre concertation, de l’envoi de renforts militaires, il aurait fallu se pencher sur la question du devenir de l’OTAN. A force d’élargir son champ géographique et ses missions, plus personne ne sait aujourd’hui quel est son rôle. En Afghanistan par exemple, s’agit-il de lutter contre les terroristes ou de contribuer à la création d’un Etat. C’est la confusion la plus totale. Cette situation conduit l’OTAN à être inefficace. Il faudrait donc commencer par mettre à plat le fonctionnement de
l’OTAN. Puis définir son rôle et ses missions dans chacun des 26 pays membres, puis au sein de l’Alliance elle-même. Avant l’examen de ces points, la France ne doit pas examiner sa participation. Sauf à prendre un risque d’engrenage.
– La position de votre ex-camarade Kouchner vous embarrasse-t-elle ?
– Comme pour le Tibet, Bernard Kouchner est tenu à la solidarité gouvernementale. Mais je ne suis pas sûr qu’il partage les options guerrières du président Sarkozy. Du moins, je l’espère. Aujourd’hui, il devrait constater que la coupe est pleine et, pour être fidèle à ses valeurs et à son histoire, tirer toutes les conséquences. En clair, je l’invite à démissionner du gouvernement, sans quoi son itinéraire n’aurait servi à rien.

Ségolène dégaine la première !
Bon Ségolène Royal a été la plus rapide ! Elle fait de mes propositions au Conseil National du 25 mars pour un congrès utile, un argument de vente. Bien joué ! Elle démontre qu’elle est sur le coup ! Et elle ira jusqu’au bout!

Oui, il faudrait un congrès qui réponde aux questions plutôt qu’un congrès à coups de motions fourre-tout.

Ségolène Royal publie un questionnement et propose de le faire débattre par les militants du PS. Elle prend l’avantage.

Tout le Parti socialiste est ainsi résumé.

Le Premier secrétaire, tout au peaufinement de son « image de sortie », n’a pas jugé bon de reprendre l’idée. Mieux, plutôt que de publier les interventions du CN dans l’Hebdo, il s’est fait interviewer. Pourquoi pas il est encore Premier secrétaire. Ségolène Royal a repris l’idée. Elle ne s’est pas « grattée ». Elle a paraphrasé mot pour mot mon intervention : « (…) l’objectif que notre future motion se fixe. Il s’agit de sortir de l’exercice convenu, répété à chaque congrès, qui consiste à pondre un pavé lu par peu de personnes et qui décline de manière parfois poussive les axes traditionnels du socialisme. La motion devra partir du vécu concret des gens, et répondre sans ambages à travers des solutions créatives, conformes à nos valeurs humaines et adaptées au défi de la modernité » rigolo non ? Pourquoi se gênerait-elle ?

Dans le reste du parti chacun se marque, se jauge, se soupèse et chante « pourquoi pas moi ? », ou « en tous cas pas lui ou pas elle ». Les plus sophistiqués rajoutent qu’il faut faire le congrès contre personne.

Pendant que l’on valse. Ségolène Royal danse, proposant la démocratie participative mais préparant la présidentialisation du PS.

Comprenons nous bien, je n’ai rien contre Ségolène Royal en tant que personne. Je ne me lève pas le matin pour contrecarrer son destin présidentiel. J’ai fait mon choix en ce domaine mais je suis capable de choisir celui ou celle qui peut faire gagner la gauche. Je suis prêt à lui reconnaître de la ténacité, de la détermination, un chouillat de culot etc. Ce qui, dans notre époque émolliente, est déjà une identité. Je ne pense pas qu’elle soit un personnage secondaire. Par contre, je m’interroge parfois sur l’époque qui pourrait l’être.

Je ne suis pas d’accord avec son projet politique pour le Parti socialiste. Il fut entièrement résumé par Gaëtan Gorce dans une lettre ouverte : la présidentialisation du PS. La transformation du PS en machine exclusivement électorale totalement dévolue à la présidentielle. Ségolène Royal, dans le Journal Du Dimanche, ne le dément pas avec « son » parti de 4 millions d’adhérents. Je crois toujours qu’un parti reste un éducateur collectif dans la République. Je crois toujours que le but de la gauche n’est pas le pouvoir pour le pouvoir. Je crois toujours que l’idéal reste l’émancipation, je crois toujours que ceci passe par la gouvernance mais ne s’y réduit pas.

Je suis contre, parce que son projet ne rénove pas le Parti socialiste. Il le fige dans des frontières anciennes. Nous n’aurons pas le parti de toute la gauche, les primaires, voire un renouveau idéologique et programmatique avec un présidentiable à sa tête. Contrairement à ce que tout le monde aime à dire sans même y réfléchir. Et singulièrement si ce dernier se fixe comme objectif de mettre le PS au pas pour faire avancer la gauche à son rythme. Il y a dans tout cela comme un changement de nature du PS.

Je pense que Ségolène Royal surestime l’opinion, au détriment d’une orientation claire, lisible et novatrice. C’est un débat, ce n’est pas un combat. Je crois que Ségolène Royal est fermée à notre option. Elle estime qu’elle doit prendre le parti et qu’il doit faire corps avec son destin. C’est ce qui lui aurait manqué à la précédente présidentielle. Pour faire vite, elle a en tête non pas le Mitterrand des années 1965 et 1970 mais celui de 1988. C’est une opinion, ce n’est pas la mienne. Il ne s’agit pas d’anathème mais de politique. Que nombre de journalistes ne souhaitent pas le voir, pas besoin de faire appel à Lacan pour comprendre pourquoi. Mais il y a débat et il faudra bien qu’il ait lieu. Quant à Bertrand Delanoë, il ne semble pas avoir tranché, je lui tends donc à nouveau la main pour en discuter. Mais pour quelques personnes qui ne lisent que les titres, mon objectif n’est pas un front contre, mais une majorité pour ! Et cela passe par le fait que Bertrand Delanoë ne fasse pas du Premier secrétariat un préalable.

Maintenant il n’est pas impossible que la combinaison d’un parti fatigué des querelles, des médias excités à l’odeur de l’instant, et des acteurs boursouflés par leur visibilité, ne conduise à une conjoncture victorieuse pour Ségolène Royal.

Elle avance, elle avance, comme lors de la désignation du candidat du PS à la présidentielle se riant des querelles de garçons dans leur cour de récréation.

Pourtant, il existe un autre chemin. D’abord ne pas rester sur le terrain de « qui sera le leader ?», c’est celui de Ségolène Royal. Ensuite clarifier dans le dialogue avec nos militants les réponses aux français, ensuite réunir tous ceux qui veulent reconstruire l’offre politique du PS et travailler au parti de toute la gauche. Enfin rendre cette démarche majoritaire pour produire une synthèse reconstructrice.

Je m’y emploie, je m’y emploie.

catégorie Ecrits