Césaire s’endort

par · 20 avril 2008

La disparition d’Aimé Césaire n’est pas seulement un deuil terrible pour la Martinique, les Antilles et le monde noir en général, c’est une perte irremplaçable pour l’humanité. Car ce « Nègre fondamental » était un aussi un personnage intégral. Un poète, un militant de gauche, un anticolonialiste, un humaniste, un élu, qui a contribué à permettre aux noirs d’oser penser leur dignité. Dans une époque où les Antillais et les Africains étaient ou se vivaient comme des êtres aliénés, la prise de parole d’Aimé Césaire est exemplaire.

Césaire était un exemple de ce que la République sait faire de mieux. L’école fut le lieu à partir duquel il partit à la découverte du monde. Césaire ne voulait pas le conquérir, il voulait l’émanciper.

L’émancipation culturelle des descendants des esclaves en proclamant avec Senghor et Damas la négritude. Manifestant avec force la liberté, l’égalité, la fraternité face à l’ingratitude des puissances qui exploitaient ce qu’on n’appelait pas encore le Tiers-Monde.

L’émancipation politique aussi car Césaire est un intellectuel rare. Il rompit avec le communisme stalinien à cause de sa mollesse sur la décolonisation et de sa rudesse dans les rues de Budapest. Fondateur du plus important parti de la gauche martiniquaise – la plupart des principaux dirigeants politiques antillais de toutes tendances confondues, en sont issus -. On oublie souvent que Aimé Césaire fut aussi un éducateur et un «passeur». Ce compagnon de route de l’Afrique ne fut pas un de ces aventuriers tropicaux dont le bilan aujourd’hui est globalement négatif. Il incita la France à faire que sa réalité politique rejoigne la réalité historique : puisque la France était métisse, il fallait que cessent les colonies. C’est ainsi qu’en 1946, il fut le rapporteur de la loi de départementalisation des anciennes colonies d’Amérique et de la Réunion.

Césaire – Senghor, c’est le duo de la négritude. Si la France a boudé les funérailles du père du Sénégal indépendant. Elle ne doit pas se tromper devant ce grand poète qui vient de mourir. La vieille librairie « Présence africaine » au coeur du Quartier latin démontre sa présence. Alors que notre pays tourne en rond dans ce débat maladroitement nommé « diversité ». Relisons la pensée d’un homme au raisonnement exigeant. Son dernier ouvrage « nègre je suis, nègre je resterai » paru en 2006 est d’une étrange actualité.

Il a entrevue les richesses du métissage.

André Breton disait « la parole d’Aimé Césaire, belle comme l’oxygène naissant », ses vers nous permettront de continuer à respirer en ce monde qui a tant besoin d’air…

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