Bloc-notes n°45

par · 22 avril 2008

blocnotesL’échec de Sarkozy soit ! Mais la gauche quoi ?

Le Parti Socialiste tance Sarkozy et il a raison. Mais il ne dit pas ce qu’il aurait fait, il a tord. L’effondrement sondagié de Nicolas Sarkozy n’est pas inattendu. La théorie de la rupture était un slogan « 100% com. ». Elle permettait une autonomie vis-à-vis de Jacques Chirac et de fédérer le mécontentement.

Le contenu bonaparto-libéral de la doctrine sarkozyste n’a pas résisté aux faits.

Il fallait tenir quand Sarkozy était au zénith mais les français ont-il été totalement dupes ? Il suffit pour s’en convaincre de regarder les résultats des législatives.

Sarkozy lui a fini par croire à son slogan. Il a touché à tout mais n’a rien changé. Il a doublé cette improvisation par une prétention de nouveau riche. Et Sarkozy est retombé lourdement. Il chute de l’olympe sondagière. Il redevient un politique comme les autres.

Un comble, il fait moins bien que Chirac, alors qu’il a été élu pour tourner la page.

La France revenue de tout, est revenue à la case départ. Et la gauche croyant faire l’événement se fait « mouche du coche ».

Tout le problème de la gauche est là depuis 2002. Doit-on prospérer via une opposition de rejet ou construire une opposition de projet ?

La gauche est empêtrée dans le confort de la Vème République qui veut que l’on se pose en s’opposant plutôt qu’en proposant. Voila pourquoi la gauche travaille plus son opposition que son alternative.

Il est d’ailleurs significatif que l’on fasse en France des sondages sur qui est le meilleur opposant à Sarkozy et point sur qui est le meilleur proposant.

Nous ne cessons de répéter qu’il faut d’abord bâtir l’alternative avant de choisir qui s’opposera à Sarkozy ou Juppé.

En ce sens, la nouvelle déclaration de principe est une bonne « nouvelle ». Elle rassemble les socialistes dans la modernisation de leur doctrine. Honnêtement c’est autrement plus prioritaire que la « chasse au Sarkozy ».

La nouvelle déclaration de principe ou l’ébauche d’un socialisme différent

Il s’agit de ce qui fonde le contrat socialiste, c’est son nouveau code génétique. Lorsqu’en juin 2007, j’ai proposé une nouvelle déclaration de principe, ma démarche répondait à deux raisons, la nécessaire actualisation et l’urgence d’un acte d’union.

Le Parti Socialiste sortait de mois de divisions. La vrai/fausse querelle sur le traité constitutionnel européen donnait l’impression aux français que les socialistes étaient divisés sur les buts.

Et dans un monde hyper médiatisé où le ressort de la mise en scène de l’information est le dissensus. A l’exception notable des élections locales, Le PS semblait incapable de retrouver son équilibre.

Il s’agissait donc de bâtir un nouvel équilibre. C’est maintenant chose faite. Ceux qui ont participé comme moi à la commission « Bergougnioux-Weber » on peut mesurer le chemin parcouru au regard de la commission Gérard Collomb en 1990.

On avait refusé à l’époque la domestication écologique et sociale de l’économie. Ici tant la question du modèle socialiste, écologique et social, que la société juste, l’égalité réelle, ou encore le réformisme radical voir le parti pris de rassembler toute la gauche dans une seule formation, ces questions et d’autres n’ont pas donné lieu à grande polémique.

Une nouvelle formulation de nos buts et des moyens ; Une nouvelle définition de la nature du parti s’adressant à toute la société, dépassant la seule délimitation à la classe ouvrière tout cela était nécessaire.

Si le nouvel age du capitalisme comme l’explique Manuel Castells, transforme « la manière dont nous naissons, vivons, apprenons, produisons, conduisons, rêvons, luttons et mourrons ». Le nouveau socialisme doit proposer une réponse globale avant de décliner l’alternative. C’est le sens de la déclaration mais il ne peut exister une alternative cohérente s’il n’y a pas de pensée globale. Un PS réformiste dans une économie de marché régulée. Une stratégie visant à rassembler toutes les cultures de gauche dans une même formation : réformiste et ouvert, c’est la nouvelle doctrine qui tourne la page d’Epinay.

Ce qui est remarquable dans la première partie de l’exercice que nous venons de réaliser, c’est qu’il fut novateur et profondément convergent. Cela confirme une intuition, les divergences sont des divergences « d’accents ». Elles sont souvent le produit de postures. Elles puisent leur racine dans le champ médiatique. Elles sont souvent techniques dans le sens où elles procèdent du comment, pas du pourquoi. Et c’est ici que réside le paradoxe. Les divergences dans la gauche se sont contractées. Elles n’ont plus la force fondamentale des divergences que nous connaissions dans le passé, par exemple, sur la nature du socialisme. Tous les responsables socialistes dans leur collectivité ont une pratique disons « social-démocrate ». C’est la raison pour laquelle les divergences s’étaient évaporées, les questions de personnes ont malheureusement tant d’importance.

Les vraies divergences se sont déplacées, de la nature du socialisme au moyen de le promouvoir : Le choix des priorités, la nature des alliances, la sélection des dirigeants, la fonction partisane. D’ailleurs c’est la raison pour laquelle l’autre commission, celle sur les statuts ne trouve pas de consensus. Ceci éclaire l’enjeu du congrès. Il ne portera pas vraiment sur la nature du socialisme. Il ne portera pas non plus sur sa modernisation ou pas. Il ne portera pas plus sur les solutions programmatiques ne serait-ce que parce que c’est trop tôt. Il portera sur la nature et la stratégie du PS. La déclaration de principe vient d’accoucher une façon différente d’être de gauche. Et tous les courants l’ont adoptée. C’est la deuxième bonne nouvelle après les municipales.

catégorie Ecrits