Réponses à des militants !

par · 22 avril 2008

PSL’excellent Jean-Jacques Urvoas m’a fait parvenir le Procès Verbal de la section du Guipavas. De façon subliminale il me pointait le décalage entre nos préoccupations « nationales » et la réalité du terrain. Message reçu. J’ai décidé de répondre « aux copains » et pas « aux journaleux ».

Le 8 avril 2008 les socialistes Guipavoriens se sont réuni chacun y est allé de son analyse à propos du congrès du PS.

Isabelle : À l’issue des élections municipales et cantonales, le PS apparaît encore plus comme un parti d’élus locaux. Sa dimension nationale et sa capacité à offrir des perspectives, des projets pour la France et l’Europe doivent être impérativement affichées si la PS souhaite reconquérir le pouvoir. Le congrès devra servir à déterminer cette ligne.

Réponse : Je crois que le PS est semblable à une grande baleine échouée sur le sable. Dominant dans les régions, villes et départements, incapable de nager dans les eaux profondes de l’alternative à la droite. De quoi avons-nous besoin ? D’un cap, se sera la déclaration de principes qui nous sera soumise dans quelques jours. De réponses, ce devrait être le rôle du congrès.

La droite abîme la France, étrangle les français, s’attaque aux plus faibles. Le Parti socialiste doit présenter une ligne claire, des réponses innovantes, une stratégie performante. Sinon comme tu le sous entend, il sera plus confortable d’assurer des bastions locaux que de se lancer dans un combat national incertain. Il faut reconquérir le pouvoir car le socialisme ne saurait être viable s’il n’est que local.

Yvon : J’attends que le PS mette en place une machine de guerre pour gagner les prochaines élections nationales. Sarkozy l’a fait avec l’UMP. Il faut le faire avec le PS.

Réponse : Yvon tu as raison ! Mais il n’y a pas de machine de guerre efficace sans but de guerre clair, sans stratégie définie. Bref, il faut une boussole pour savoir où l’on va. Des idées claires, praticables plutôt que les brumes du combat de personnes.

Sarkozy a s’abord défini la rupture avec notre modèle social avant de rendre efficace sa machine.

Yann : Il faut que le PS affirme qu’il est la première force de gauche. Il faut qu’il redevienne un parti de gouvernement. Pour cela il faudra un débat politique afin d’arrêter une ligne directrice lisible et claire.

Réponse : d’accord avec toi yann. Le problème est comment définir une ligne « directrice lisible et claire ». J’en ai soupé de ces contributions, motions, textes totalisant qui cherchent à épuiser le débat plutôt que l’éclairer. J’en ai écrit tellement en vingt ans. Ce débat politique doit déboucher sur la clarté. Voilà pourquoi j’ai proposé de faire autrement pour le prochain congrès. 20 questions décidées par les socialistes. 20 réponses aux votes des militants des militants, 20 débats au congrès pour les trancher. Car enfin de compte les motions « fourre tout » sont le plus sûrs moyens de laisser les mains libres. Là nous définirons une ligne, des réponses, une stratégie. Pas besoin d’une ou d’un père fouettard, les principaux débats seraient tranchés. Il suffirait de faire vivre nos décisions. Le congrès suivant pourrait commencer par un rapport d’activités sur la mise en oeuvre des décisions.

Alain : Il faudra que le 1er secrétaire désigné à l’issue du congrès soit impérativement le candidat à la présidentielle pour éviter le spectacle de la dernière fois.

Réponse : Alain je ne te suivrais pas ! Pas seulement parce que c’est trop tôt. François Mitterrand, même 1er secrétaire, s’est déclaré quelques semaines avant l’échéance. Mais parce que nous sommes, tu le sais devant un vrai problème de leadership. Depuis le départ de Lionel personne ne s’impose. Le dirigeant désigné même avec 60% pour Ségolène est contesté. On pourra dire que le leader sera incontesté que le jour où il aura gagné la présidentielle. Pour le rendre moins incontestable, il n’y a que la solution des primaires dans notre électorat. Pour cela il faut ramener le calme au PS. J’allais écrire la confiance. Et en plus il faut trancher de nombreuses questions. Nous devons ouvrir un espace pour les présidentiables suffisamment tard pour ne pas être pollué, suffisamment tôt pour être rassemblés un an avant l’échéance. Bref, il faut construire la dynamique de l’alternative plutôt qu’imposer un berger contesté !

Vincent : est également pour que le 1er secrétaire soit le prochain candidat à l’élection présidentielle. Il souhaite également que les têtes socialistes changent enfin, car ce sont les mêmes depuis des dizaines d’années !

Réponse : Vincent ! Les temps changent, les têtes aussi ! Où sont les Mauroy, Rocard, Chevènement, Mermaz, Mexandeau, Jospin etc. Des références évidemment, mais ils ne sont plus les leaders principaux du tendre drame que nous vivons. Non, de nouveaux leaders s’imposent, regardez Jean-Jacques Urvoas, la mutation est à l’ouvre. De toutes façons la voracité de « nouveaux » du système médiatique fait son ouvre avec encore plus d’efficacité que les militants !

Alix : En analysant les premières positions des futurs candidats au poste de 1er secrétaire, il semble qu’ils défendent le choix d’un candidat aux présidentielles différent du premier secrétaire du PS. Or ces positions sont en contradiction avec la base du part. Enfin, il faut attendre que le parti se mette en marche pour les prochaines élections.

Réponse : Alix faut-il attendre ? La tâche du 1er secrétaire sera de rendre efficace le PS tant du point de vue électoral que social. Mais il devra préparer les élections européennes qui vont être déterminantes. La radicalité dans l’austérité de Nicolas Sarkozy va provoquer une envie de « gueuler ».

C’est un moment que l’extrême gauche peut utiliser. Vous connaissez cela en Bretagne. Mais nous pouvons aussi être confrontés à des écologistes regroupés autour de Cohn-Bendit/Hulot. Si le PS est divisé à son congrès, s’il n’est pas clair sur l’Europe, nous connaîtrons de graves difficultés. Et puis il y aura les élections régionales. La droite veut déjà modifier le mode de scrutin. Je suis de ceux qui estiment que l’on devrait dire à Sarkozy que nous ne voterons pas la réforme de la constitution s’il touche au mode de scrutin aux régionales. Tu vois il y a du boulot pour bâtir une alternative.

Marie-Paule : Le parti fonctionne bien localement. Mais au sommet cela se gâte. Il existe un réel problème avec les têtes pensantes du parti.

Réponse : Marie-Paule, ce qui me frappe moi, c’est la convergence sur le fond – honnêtement les divergences sont dues au passé et pas au présent – les querelles d’accents – c’est-à-dire sur l’ampleur plutôt que sur la nature des réponses. – Les conflits de personnes -dus plus à la pipolisation de la politique qu’à de vraies divergences politiques.

Yvon : Actuellement la majorité et le gouvernement jouent tous les rôles : celui de la majorité mais également celui de l’opposition. Il faut que le PS regagne sa place de première opposition.

Réponse : Oui Yvon tu as raison. Mais notre problème reste la visibilité de notre opposition. Nous sommes au Parlement et pas sur le terrain. Où sont les campagnes, les meetings contre la vie chère ? Les pratiques militantes de mobilisation de l’opinion ? Et puis nous sommes devenu un parti de rejet et pas de projet. Une bonne opposition n’est visible que si elle est crédible et défends une alternative.

Alix : Il faut qu’à l’issue du congrès, il y ait une ligne directrice claire. Le Modem est le contre exemple, puisque faute de clarté et de lisibilité il s’effondre.

Réponse : Je te propose le triptyque suivant : notre identité d’abord, notre élargissement ensuite, les alliances enfin, là il n’y a pas de risque.

Florent : le Modem s’effondre effectivement, mais son électorat est toujours présent.

Réponse : Juste Florent ! Il faut donc une dynamique à gauche pour attirer et une alternative crédible pour convaincre. Telle est l’alchimie gagnante !

Vincent : Il faut être clair. Bayrou n’a jamais été un homme de gauche. On ne peut pas s’allier avec lui.
Réponse : Comme tu y vas Vincent ! Si on ne rassemblait que des hommes et des femmes vraiment de gauche, on aurait du mal à être majoritaires. Mitterrand n’a jamais eu de problème pour s’allier avec Robert Fabre, radical de gauche, qui n’était pas précisément de gauche et Léon Blum qui s’est allié avec le parti radical d’avant guerre. La question est de se rassembler sur quoi ?

Le « centrisme présidentiel » de Bayrou a pour but de nous supplanter au 1er tour de la prochaine présidentielle. Il faut le savoir ! Nous devons être devant ferme sur notre alternative, les mains tendues au second tour pour battre Nicolas Sarkozy ou son successeur.

Yves : Il est notable de remarquer une inversion lors de ces 20 dernières années. Il y a 20 ans, le PS était plus porté par des utopies tandis que la gestion locale était plus pour la droite. Aujourd’hui c’est l’inverse. La gauche gère localement et ne porte plus de messages, d’idées.

Réponse : Yves ne serais-tu pas à la recherche de « l’utopie concrète » ? Je te propose « penser l’utopie globale », « le traduire au national », « le décliner au local ».

Isabelle : Effectivement la gauche gère avec succès les collectivités locales. Elle en a du coup peut être perdu sa capacité à appréhender globalement. Mais ne faudrait-il pas que le PS s’inspire d’exemples locaux comme les socialistes bretons qui ont du construire de solides bases électorales sur leurs valeurs mais également en nouant des alliances. (cf. congrès fédéral de la rentrée 2007).

Réponse : Isabelle, j’aurais mauvaise grâce à ne pas te dire oui. Mais si le breton est solide, il est confronté parfois à quelques soucis électoraux – par exemple aux municipales – qui doivent le faire réfléchir.

Yvon : Il faudrait que le PS regagne les votes ouvriers et salariés qui ne vont plus voter.

Réponse : Mais Yvon comment pourrait-on te contredire ! La question est comment ? Je crois que c’est la crédibilité et l’efficacité dans et pour la justice sociale qui regroupera les couches ouvrières, et pas le populisme démagogique !

Marie-Paule : Pour cela, il faut que le PS existe localement et se montre pour susciter l’intérêt des citoyens.

Réponse : Marie-Paule, tu résumes parfaitement ce que doit être l’une des tâches de la nouvelle direction, un PS réformiste dans une économie de marché régulée dont la tâche sera de reconstruire un socialisme au quotidien au travers d’un esprit militant !

Henri : Il faut que le PS sorte de son parisianisme. Il y a des choses qui se passent ailleurs comme par exemple à l’ouest.

Réponse : Allez Henri, à l’ouest il y a du nouveau. Je plaisante ! Ta critique porte sûrement sur les « postures » souvent changeante, « l’impressionnisme médiatique et sondagier », « l’hyper réactivité aux débats Solférinesques », « le jargon technocratique et souvent suffisant », « l’absence d’écoute et encore plus de réponses ». Bref, ce contre quoi pestent les socialistes parisiens du 19ème arrondissement de Paris»

Merci à tous, merci à vous, à toute !
JCC

catégorie Parti Socialiste