L’impossible renouveau sarkozien

par · 28 avril 2008

L’impossible renouveau sarkozien : De la rupture à la suture

Résumons, Nicolas Sarkozy se fait maintenant appelé « le » Président – tout un symbole – mais il n’a pas les moyens de son renouveau. Ce n’est pas la génuflexion devant ses erreurs. Ce n’est pas plus la cascade burlesque « Moi aussi j’ai commis des erreurs » du 1er Ministre et Madame Lagarde. Ce n’est pas non plus le discours humble qui oscille entre le « je » lorsqu’il s’agit de réalisation et le « nous » lorsqu’il s’agit des erreurs. Rien de cela ne donnera un deuxième souffle tout simplement parce que Nicolas Sarkozy avait promis la rupture et ne propose maintenant que la suture. Pire ! Son régime est marqué par le sceau du cadeau aux riches via le paquet fiscal. Le seul moyen de rebondir eut été de rompre avec cette ponction. Cela ne fut pas fait. Et les français ne voient pas où est le changement. Nicolas Sarkozy espère se maintenir à flot via la présidence française de l’Europe. Il va être économe de ses gestes après avoir été touché à tout. Le problème c’est que les français ont vu et la magie ne s’exercera plus. Un vieux proverbe africain dit « Plus le singe monte dans l’arbre plus on voit son cul… ». On excusera l’image mais elle vaut toutes les métaphores des communicants qui se pressent au chevet du chef de l’Etat.

Elections Européennes : Attention danger.

La France rentre dans l’instabilité chronique et le dysfonctionnement avec la sanction de Sarkozy et de sa politique lors des municipales, la crise institutionnelle est visible lorsqu’on compare la popularité du Président et du Premier ministre, des caisses vides, une conjoncture économique mondiale redoutable, des mouvements sociaux à la hausse, une austérité même déguisée déjà palpable, et une présidence française Européenne à hauts risques. Au-delà des sondages, le prochain round sera évidemment électoral. Ce seront donc les élections européennes.
Le Parti Socialiste tout à la joie de son succès, au délice de son congrès, ne se préoccupe pas du redoutable obstacle qui se dresse sur sa route. Il pourrait ruiner bien des ambitions et rebattre bien des cartes.

Et ceci pour plusieurs raisons. D’abord françaises, le gouvernement va devoir serrer la ceinture des français. Il est peu probable que dans un an la crise économique soit derrière nous. Et il serait étonnant de voir le pouvoir d’achat prospérer alors que Nicolas Sarkozy et François Fillon révisent la croissance à la baisse… La colère française ne désarmera pas. Mieux la tension sociale marchera du même pas.
Dans le même temps, le Traité de Lisbonne dispose que le Président de la Commission sera choisi au sein du parti politique européen qui aura gagné les élections au Parlement européen. Dans la nouvelle configuration, l’électeur européen se retrouvera dans la situation de l’électeur allemand ou britannique. Ces derniers, lorsqu’ils votent aux élections législatives nationales, ne se contentent pas de voter pour un parti. En portant leurs suffrages sur tel ou tel parti, ils participent à la désignation du Premier ministre britannique ou du chancelier fédéral allemand. Les partis européens (Parti Populaire Européen, Parti Socialiste Européen, etc.) seront donc amenés de présenter leur candidat ayant vocation à occuper le poste de président de la Commission. Ces partis devront faire campagne sur un programme à l’échelle européenne.

Cette situation va considérablement changer la donne politique :
La « parlementarisation » accrue du processus décisionnel communautaire (rôle dominant du Parlement européen dans la désignation du président de la Commission) déplace son centre de gravité de définitions des politiques européennes. Aujourd’hui elles sont définies par un accord entre le Conseil des ministres et le Parlement européen au travers d’une Commission fortement influencée quant à ses initiatives par les Etats membres. Après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le Parlement européen sera en position de faire endosser son programme législatif par une Commission européenne, dont les deux principales « têtes » (le président de la Commission et le Haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité) seront vraisemblablement issues du Parlement européen. Dans l’ancienne configuration, le Parlement européen validait des nominations préparées par les chefs d’Etat et de gouvernement. Le lien entre la victoire aux élections européennes et le choix du président de la Commission est évident. Il est à l’avantage du Parlement européen, donnant une prime à des candidats venant de ses rangs lors de la constitution de la Commission. Compte tenu de cette « vraie politisation » de l’élection européenne, il est presque certain que la traditionnelle gestion commune exercée par le PPE et le PSE sur les textes adoptés au sein du Parlement européen avec le partage du mandat de cinq années de président du Parlement européen en deux demi présidences (2 ans ½ pour le PPE et 2 ans ½ pour le PSE) volera en éclats.

Chacun comprend que la combinaison entre « l’impossible renouveau » de la politique de Nicolas Sarkozy et la potentialité citoyenne ouverte par le Traité de Lisbonne ne vont pas marcher d’un même pas. Le PS sera porteur du programme commun social démocrate Européen. Il aura un avantage, le seul à gauche à pouvoir prétendre imposer son champion à la présidence de la commission. Mais aussi un désavantage être identifié aux sociaux démocrates Européens au moment où la radicalisation française sera à son comble. Cela pourrait être l’occasion de réveiller les démons de la division des socialistes français sur l’Europe. D’autant que nous sortirons de la présidence française. Observons ici ou là les velléités d’un Links Partei à la française. Mais nous aurons aussi la concurrence toujours possible d’une liste Nicolas Hulot-Cohn-Bendit. Souvenons nous de 1994, Michel Rocard, Premier secrétaire et tout désigné pour la présidentielle, trébucha sur l’écueil européen. Il est donc urgent de ne pas se satisfaire de la victoire des municipales, du rejet de Sarkozy et d’aiguiser seulement les couteaux pour le congrès du PS. Il est urgent de s’opposer, de proposer, mais aussi de définir la réorientation collective voulue par les socialistes français pour l’Europe. Mieux, il faut la faire partager par les sociaux démocrates européens. Et faire acte, par l’opinion que le vote pour le PSE est celui du renouveau européen nécessaire à tout la France. Sinon le PS ratera tout à la fois son rendez-vous européen et son deuxième pas dans l’alternative à Nicolas Sarkozy. Les municipales avait à gauche un spectre, le MODEM. Les européens en auront un autre bien plus redoutable car il « encodera » comme on dit maintenant nos alliances pour les régionales.

catégorie Ecrits