Bloc-notes n°48

par · 12 mai 2008

bloc_note_copieV2.jpgSarkozy : l’arroseur médiatique arrosé

Incorrigible ce Nicolas Sarkozy ! Il avait bâti une nouvelle Com. autour du président régalien et voila qu’en deux temps trois mouvements, sur un coup de colère, il met tout parterre. D’abord, en accélérant le rythme des sorties et des déclarations. Ça, on s’y attendait, il ne sait pas se tenir. Mais surtout en s’attaquant à nos « vaches sacrées », les médias…

Ce n’est ni le style, ni l’absence de croissance, ni le paquet fiscal, ni le pouvoir d’achat, ni les franchises médicales qui sont la raison du désamour français. Mais tout réside dans le retournement des médias. Qui n’ont rien à voir avec l’état de l’opinion, comme chacun le sait.

Dans le collimateur du courroux présidentiel, Marianne évidemment, le Nouvel Obs. et Le Monde, mais aussi l’AFP et TF1, ce qui, là, est franchement drôle. Ces méchants sont trop complaisants pour Ségolène Royal et trop méprisants pour son œuvre.

Et voilà l’homme qui s’est propulsé sur les hauteurs grâce au tremplin médiatique s’étonnant que l’on puisse le critiquer.

Et oui, ces pauvres médias… Ils regardent les sondages. Pire ils observent le résultat des élections. Et qu’est-ce que vous voulez qu’ils disent… Tout va bien… Formidables résultats… La France change en mieux…. Une réussite incomparable… À force de fréquenter Poutine, Ben Ali et Kadhafi, notre Président a pris goût à la presse aux ordres. L’arroseur des médias arrosé est franchement bien malvenu pour faire la leçon sur un excès des médias.

À propos de l’offensive de Bertrand Delanoë

Le congrès du PS est pour l’instant un grand classique, tout entièrement dominé par une question de leadership, même si les candidats se parent d’un discours avenant sur la rénovation.

Depuis le 3 janvier, Ségolène Royal a posé sa candidature. Elle l’agrémente d’une recherche participative au travers d’un questionnaire. Ce n’est pas mal, même si c’est un peu court. Bertrand Delanoë est dans un tout autre registre. C’est le bon vieux texte d’appel… Un peu totalisant. C’est plutôt mieux, mais cela pose quelques questions.

Pourquoi maintenant ? Peut-on réclamer le respect des règles et les transgresser d’emblée ? Etait-il judicieux de commencer dès maintenant la chasse aux signatures, au risque de provoquer des raidissements ? Est-il sérieux de dire vouloir jouer au sein du collectif, présenté par ordre alphabétique, mais faire de Bertrand Delanoë le premier signataire « hors-sol » pour reprendre une formule du texte ?

Mais enfin, il y a un texte. Il y a des idées. Il y a l’ébauche de ce que Bertrand Delanoë et Lionel Jospin voudraient pour le Parti socialiste. C’est déjà un progrès.

Nous qui « pondons » textes sur textes depuis plus de 8 mois, nous nous sentons un peu moins seuls ! Nous avons aussi la joie de retrouver nombre de nos formules et idées dans ce texte. Comme quoi si « Socialisme & Démocratie » n’existe pas, ses idées marchent sur l’eau.

En effet, ce texte emprunte beaucoup aux débats collectifs du parti. Alors au niveau du constat nous nous retrouvons. Encore que, l’absence de référence à l’éclatement de la sociologie française qui était présente dans la convention sur l’état de la France, démontre que le présupposé « classiste » est toujours là.

Ce n’est pas essentiel même si c’est signifiant. Le reste ne pose pas de problème : la France n’a plus de modèle ni de repère. Elle est en quête d’un nouvel espoir. Elle s’affaiblit dans le monde. « L’économie de la connaissance et le développement durable » est une nécessité. Comme l’est aussi un état prévoyant. Il faut repenser nos valeurs. Jusque-là tout va bien. Il en va de même sur les alliances : commencer par nous ne pas se subordonner aux autres. Une discrète critique de l’alliance avec le Modem que tous les signataires n’ont pas dû lire. Bref, une orthodoxie impeccable agrémentée du « best of » des meilleures idées en cours.

Il reste quand même trois désaccords et quatre manques qui ne sont pas sans poser souci.

D’abord la nature de la crise du Ps. Si on comprend le texte, la défaite de 2007 est un accident de parcours. On comprend que la faute en incombe principalement à Ségolène Royal, ce qui est possible, probable mais est-ce suffisant ? Pourquoi ce refus d’aborder la défaite de 2002 ? On nous répond que ce sera fait dans un prochain ouvrage. Très bien, mais autant partir de là. Pourquoi ce refus de situer les échecs du PS dans la crise de la sociale démocratie Européenne. Notre démarche va au-delà d’une critique sourcilleuse. Ne pas prendre en compte ces deux phénomènes c’est d’emblée restreindre l’ampleur de la rénovation à produire. C’est réduire celle-ci à une remise en ordre, remise en forme, plutôt qu’une reformulation pour un nouveau cycle politique qui dépasse le seul socialisme français. Il ne faut pas exclure ce qui relève strictement du PS, mais ne pas réduire nos taches au retour à la morne d’hier.

Le deuxième problème est à propos du parti de toute la gauche. Là on ne peut pas dire que ce soit l’enthousiasme. « Sans doute l’idée neuve » mais ici encore pour les rédacteurs, la tache de l’heure c’est principalement la restauration du Parti socialiste.

Le souci est que l’on ne peut pas penser la restauration indépendamment de la perspective. Sinon notre vision stratégique est l’hégémonie : laissez venir à nous les faibles… Et un brin paternaliste réduisant la nouvelle alliance à l’octroi de quelques postes. Il faut au contraire en faire l’axe stratégique, se donner les moyens et se rénover pour ce but.

Le troisième problème est bien sûr la question du premier secrétaire. Non sur le nom, le texte n’en avance pas. Mais la démarche est censées faire sens. À propos de la présidentialisation du PS, le texte canonne. « Le 1er secrétaire n’a pas à être prédéterminé ni dans un sens ni dans l’autre, par le choix qui sera à faire dans trois ans ». Ce qui s’appelle se laisser tout ouvert ! Éluder c’est tout de même y penser ! La preuve il y a un manque bien signifiant.

Pas un mot sur les primaires ni pour les adouber, ni pour les critiquer. On ne nous empêchera pas de penser que le retour à l’orthodoxie en ce domaine a un but… C’est le 1er secrétaire qui logiquement sera candidat. C’est une thèse, elle a sa force, autant l’assumer. Ce n’est pas la nôtre. Les primaires sont nécessaires tout à la fois comme stratégie de l’union et comme légitimation de notre champion.

Pas un mot non plus sur les institutions, le débat du moment est pourtant fondateur. C’est un peu étonnant surtout lorsque l’on veut mettre l’avenir sous la bannière du choix.
On nous permettra de dire que l’absence de perspective sur le PS lui-même : adhérents, structures, « gouvernance », place des élus nous laisse sur notre faim…

Comme le texte nous demande de ne pas avoir peur de nos différences, nous avons pris la liberté de les exprimer. Nous continuerons le débat avec le texte « Delanoë – Jospin » dans le but de déboucher sur une nouvelle donne au PS. Nous le ferons aussi lorsque Ségolène Royal ou d’autres s’exprimeront. Si on veut éviter un nouveau « congrès de Rennes ». Il faut bien que certains prennent les idées au sérieux…

Le regard de Jean-Christophe Cambadelis Interview accordée à François Bazin du Nouvel Observateur 7 Mai 2008

Le Nouvel Observateur. Qui est, pour vous, Olivier Bensancenot ?
Jean-Christophe Cambadélis. S’il n’était qu’un responsable de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale, vous ne me poseriez sans doute pas cette question. Olivier Besancenot est en effet un personnage original. Je dirais qu’il est le Gavroche de la multitude, pour parler comme Toni Negri, c’est-à-dire le porte-voix de tous les sans-droits – sans-papiers, précaires, déclassés… – censés bousculer la société telle qu’elle est.

N. O.Double visage ?
J.-C. Cambadélis. Besancenot, plus encore que les dirigeants traditionnels de la LCR, brandit davantage l’étendard de Guevara que les textes sacrés de Trotski. Ce qui me frappe surtout, c’est qu’il interpelle le monde tel qu’il est, sans jamais s’appuyer sur des références historiques ou idéologiques. Il y a chez lui un côté anarcho-révolutionnaire qui surfe sur la grève, la lutte, le mouvement de la rue. Cela doit parfois surprendre ses anciens. Y retrouvent-ils leurs petits ? Je ne sais pas mais, manifestement, ils sont fascinés par le petit !

N. O. – Besancenot, ce n’est qu’un coup de jeune pour un vieux parti ?
J.-C. Cambadélis. – Les stratèges de la LCR aimeraient capitaliser dans une nouvelle organisation, dont ils entendent garder le contrôle, la popularité de Besancenot. Je leur souhaite du plaisir. Cela dit, Besancenot est un jeune homme de son temps. Il incarne la radicalité d’une époque dépolitisée, désidéologisée où l’essentiel est dans l’interpellation et l’empathie qu’elle suscite.

N. O.Donc ce n’est pas pour vous un épiphénomène ?
J.-C. Cambadélis. Sur le plan médiatique, incontestablement, ça prend. Notre Gavroche ne fait pas la révolution, il interpelle l’opinion. Il râle, il gueule, il porte un discours de révolte, et ça plaît. Surtout à la télévision. Sur le plan strictement politique, je suis plus circonspect. Il y a un espace qui est celui de la radicalité à gauche. Il a toujours existé, mais il n’est pas immense. Cela dit, Besancenot n’est pas le seul sur ce créneau et c’est bien là tout son problème.

N. O.Pourquoi ?
J.-C. Cambadélis. Parce que, par construction, Besancenot ne cherche que le mouvement et même, pourrait-on dire, le monopole du mouvement. Il applique à merveille le précepte de Bernstein, le pape du réformisme social-démocrate : «Le but n’est rien, le mouvement est tout.» Dans ces conditions, il est difficile de discuter avec lui car il semble avoir exclu de son discours toute phase de compromis, toute stabilité d’accord avec d’autres organisations que la sienne. On le voit avec le PS, même si ce n’est pas l’essentiel, tant nos méthodes sont divergentes. On le constate surtout avec toutes les organisations qui se réclament de la gauche radicale, tels les comités alternatifs, le PC ou une partie des Verts…. Le ludion de la lutte sociale ne veut voir qu’une tête : la sienne.

N. O.Besancenot, diviseur des gauches ?
J.-C. Cambadélis. Il veut mobiliser la rue et dominer la gauche radicale. Le reste lui importe peu. Je constate que, il y a un an, il disait qu’il serait «le pire cauchemar de Sarko». Reconnaissez que nous sommes beaucoup d’autres à empêcher le président de dormir…

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