« Je préfère un bon militant à un bon manager »

par · 22 mai 2008

J’ai donné une inteview à LCI.fr, la voici.

Le député strauss-kahnien réagit au livre de Bertrand Delanoë. « Le débat sur le libéralisme a déjà été tranché », affirme-t-il, en réponse au maire de Paris. Le PS « n’a pas envie de choisir maintenant le candidat à la prochaine présidentielle », assure-t-il. Propos recueillis par Renaud PILA

LCI.fr : Dans son livre, Bertrand Delanoë appelle les socialistes à se réapproprier le libéralisme. Saluez-vous l’audace ou ce débat est-il daté ?

Jean-Christophe Cambadélis, député socialiste (strauss-kahnien) : Manuel Valls avait proposé de changer le nom du parti socialiste. Bertrand Delanoë semble lui en avoir trouvé un nouveau : le parti libéral… (rires) Je plaisante mais la conversion au libéralisme, c’est volontairement provocateur mais totalement ambivalent. De quoi parle-t-on ? Du courant philosophique des Lumières, du courant économique thatchérien ? Le débat n’est pas nouveau. Il a déjà été tranché. Cela s’appelle le socialisme des libertés. Cela a un autre nom, un joli nom, c’est l’émancipation. Il n’y a pas de quoi créer une polémique majeure. Il faut moins reconnaître le libéralisme que bâtir un nouveau modèle dans la mondialisation.

Ce que j’ai lu, seulement des extraits, manque un peu de précisions sur la nouvelle question sociale. Comment répond-on à la fragmentation des couches populaires ? Mais cela devrait pouvoir venir.

LCI.fr : Pour vous, « L’Audace » de Bertrand Delanoë répond à une question socialiste du passé ? Elle ne s’adresse pas aux Français ?

J.-C. C : L’audace fut qu’il se présenta. Quant à la réponse aux Français, elle est à définir. Espérons que nous puissions le faire ensemble.

LCI.fr : Avec cette conversion au libéralisme, Bertrand Delanoë ne cherche-t-il pas à incarner le message porté par DSK lors de la primaire interne du PS en 2007 ?

J.-C. C : C’est une possibilité mais cela demande à être étayé car je crois que celle-ci fut très largement critiquée par Lionel Jospin et ses amis. Je remarque aussi que l’on ne trouve pas trace de la social-démocratie, du réformisme radical dans la contribution présentée par Bertrand Delanoë il y a quelques jours. Je suggère donc une synthèse entre ce dernier et les contributeurs à sa contribution…

D’après les bonnes feuilles du livre, Bertrand Delanoë semble vouloir se convertir à nos thèses, ce qui n’était pas tout à fait au centre de sa contribution qui était d’un très grand classicisme.

LCI.fr : Le « reconstructeur » que vous êtes ne peut-il pas se réjouir d’un positionnement idéologique et non pas tactique ?

J.-C. C : Bertrand Delanoë aurait pu faire référence à d’autres que lui. Il n’est pas le premier à explorer le terrain. Si tout cela est conséquent, sérieux et s’articule autour de propositions concrètes, si tout cela débouche sur une nouvelle forme du parti, sur une critique de nos échecs en 2002 ou en 2007 ou sur des primaires au sein de toute la gauche, alors nous aurons à cheminer ensemble.

LCI.fr : « Pour être un bon socialiste, il faut être un bon manager ». Reprendriez-vous ce type de vocabulaire ?

J.-C. C : Je comprends ce qu’il veut dire. Mais cette concession au langage anglo-saxon ne me semble pas nécessaire. J’aurais préféré que Bertrand Delanoë dise : « pour être un bon socialiste, il faut être un bon militant ».

LCI.fr : Qu’est-ce qu’être un « bon militant » aujourd’hui alors ?

J.-C. C : Il faut chercher le collectif, se référer aux autres. Il faut avoir la démarche humble de celui qui chemine avec d’autres.

LCI.fr – On voit d’anciens soutiens de Ségolène Royal (Sapin, Collomb, Guérini) refuser aujourd’hui un affrontement Delanoë-Royal. Sentez-vous monter au PS une adhésion à votre démarche d’un premier secrétaire non présidentiable ?

J.-C. C : Je milite depuis le 30 août pour une non-présidentialisation du PS. Je constate que cette idée fait aujourd’hui son chemin. Le parti a envie de travailler, de se reconstruire, de s’opposer intelligemment. Il n’a pas envie de choisir maintenant le candidat à la prochaine présidentielle.

LCI.fr – Moscovici, Dray et peut-être Aubry, les postulants au poste de patron du PS sont nombreux… Comment et quand choisir alors le bon Premier secrétaire ?

J.-C. C : Nous en sommes au stade des contributions. Pierre Moscovici sera le signataire de la nôtre (NDLR : Socialisme et démocratie qui rassemble les amis de DSK). Il a beaucoup de talents et pourrait faire un excellent Premier secrétaire. Martine Aubry aussi évidemment dans un autre registre. Nous serons assez sages pour trouver celui qui sera le plus efficace.

catégorie Parti Socialiste