« Aubry nous a proposé de fusionner »

par · 22 juillet 2008

France soir – Edition du samedi 19 et dimanche 20 juillet 2008
Propos recueilli par Nathalie Mazier

Le secrétaire national du PS lance une « charte pour le renouveau », en vue d’une majorité nouvelle au congrès de Reims.

France-soir. Vous êtes auteur d’une contribution commune avec Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg intitulée « Besoin de gauche ». Pierre Moscovici s’est rapproché de la « ligne clair » des élus locaux. Quel regard portez-vous sur ce rapprochement ?

Jean-Christophe Cambadélis, je ne pense pas qu’il rallie Gérard Collomb car il reste encore à éclaircir quelques points. Notamment sur les discussions menées par les élus locaux avec Ségolène Royal. Celle-ci souhaite que le parti soit dirigé par le futur candidat à la présidentielle, nous refusons cette éventualité. Nous sommes actuellement dans une phase de tractations. Pierre Moscovici et moi-même avopns rencontré Gérard Collomb à plusieurs reprises, mais nous avons aussi discuté avec Martine Aubry.

Justement ou en êtes-vous avec Martine Aubry ?

Je dois dire que ça avance beaucoup plus vite du côté de Martine Aubry que du côté de Gérard Collomb. Elle nous a proposé de fusionner avec notre contribution et d’ouvrir les débats avec lés élus locaux. Mais avant de faire quoi que ce soit, nous voulons que tous les signataires de notre texte soient informés.

Laurent Fabius fait également partie des « reconstructeurs », fera-t-il parti de votre rassembement ?

Laurent Fabius et ses amis sont au courant de ces discussions. Nous refusons de l’ostraciser. Mais l’essentiel, c’est d’arriver à sortir des débats d’hier et des conflits de personnalités. Il faut arriver à construire un contrat de confiance entre des hommes et des femmes qui se sont combattus par le passé. Nous devons rassembler des gens qui partagent les mêmes idées c’est-à-dire qui sont pour un nouveau plan de travail, contre la reconduction des mêmes équipes et contre la présidentialisation du parti.

Est-ce qu’un rapprochement avec bertrand Delanoë est possible ?

En terme de culture, d’histoire politique, Bertrand Delanoë tout comme Martine Aubry incarnent des idées que je partage. La porte est ouverte. Il n’y a pas de raison qu’on ne discute pas avec lui.

Pensez-vous à un premier secrétaire en particulier ?

Manuel Valls, Martine Aubry et Pierre Moscovici sont trois personnalités capables d’incarner à mes yeux cette nouvelle majorité.

Lundi, voterez-vous contre la réforme des institutions ?

Oui, malheureusement, je suis contraint de voter contre. Nous avons raté une occasion de faire bouger les institutions. Il fallait être plus consensuel des deux côtés. C’est la monocratie avec les méthodes de la IV ème République. c’est tout le pouvoir à l’Elysée. On intimide les uns, on intoxique les autres. Mais, au final, je pense que la réforme sera votée à 3 ou 4 voix de plus.

catégorie Parti Socialiste

Les commentaires8 Commentaires

  1. Dominique Babouot dit :

    Voici la copie d’un e-mail que j’ai envoyé à Jack Lang, elle pose trois questions mis en lumière par le vote de notre camarade sur la réforme institutionnelle:

    1- Comment s’opposer à Sarcozy?
    2- Quelles limites à l’autonomie des militants socialistes et particulièrement des élus par rapport aux décisions du parti?
    3- La réforme constitutionnelle rencontre-t-elle notre approbation?

    Au Camarade Jack Lang

    Cher Camarade

    J’ai écouté tes explications hier sur les chaines de télévision et elles ne m’ont pas convaincu, c’est pourquoi je t’écris à mon tour avec l’espoir de te convaincre. Je ne suis pas un de ces dirigeants que tu as accusé hier de t’avoir laissé seul dans la lutte contre les coups bas qui se préparent contre l’école, je suis simple militant de notre parti sans aucune responsabilité aussi bien dans nos structures internes que dans les assemblées de la république. Tu dis que tu es socialiste, que tu restes socialiste et que nul n’a le pouvoir de t’empêcher de l’être, je pense que tu as raison, je suis socialiste depuis 1968 et pourtant je n’ai adhéré au parti socialiste qu’en 2006 au cours de la campagne d’adhésion par internet dont tu avais été un des promoteurs.

    Venons en au but de ma missive. Tu as voté la réforme constitutionnelle et je pense que tu as eu tort pour trois raisons essentielles.

    Sur le fond d’abord, nous socialiste nous nous sommes toujours opposés depuis la nuit des temps au bonapartisme et au pouvoir personnel, la constitution de 1958 fut l’occasion d’un véritable coup d’état qui permit de confier le pouvoir à un seul homme (ou femme) désigné sur des critères personnels et non sur des idées. Nos échecs répétés aux présidentielles proviennent de là, face au pouvoir de manipulation des médias dominants, nous ne parviendrons jamais à imposer qui que ce soit, ce type de confrontation est contre nature. Alors cette réforme comportait-elle des avancées ? Oui peut être, mais elle avait un inconvénient majeur, celui d’ouvrir une brèche permettant ultérieurement à Nicolas Sarkozy d’en finir définitivement avec le régime parlementaire en France, l’autorisation qui lui est donnée de venir présenter son orientation politique devant le parlement est lourde de conséquence, il s’agit là d’un empiètement inadmissible sur le pouvoir du premier ministre. Si la prochaine réforme supprime purement et simplement la fonction de premier ministre la voteras-tu encore ? Le non cumul des mandats, la réforme de l’élection des sénateurs figuraient-ils dans la réforme ? Non car cela aurait eu pour conséquence de limiter sérieusement la conception bonapartiste de la constitution.

    Ensuite sur la forme,

    Par rapport au parti, tu est bien placé Jack toi qui a été président du comité d’organisation pour le OUI, pour savoir combien il est détestable que des camarades refusent de respecter une décision collective ! Nos candidats sont d’abord désignés par les militants sur des orientations précises, si ils ne respectent pas leurs engagements, en passant outre aux décisions du parti, quel est l’utilité de procéder à ces votes pour désigner nos candidats. Plus généralement dans une démocratie digne de ce nom, doit-on se contenter de désigner une fois tous les cinq ans des élus qui font ce qu’ils veulent pendant leur mandat ? Ce n’est pas la conception d’un parti qui prend ces racines dans la philosophie des lumières comme le rappelle le préambule de notre déclaration de principe. Tu dis refuser de recevoir des leçons d’un parti en crise, mais n’est-ce pas justement le laisser aller, et l’incapacité de notre parti à obtenir que ses militants acceptent une discipline collective qui est la cause majeure de cette crise.

    Enfin la troisième raison qui me fait penser que tu as fait une erreur grave, réside dans la nature même de la personnalité de Nicolas Sarkozy et des circonstances de son élection à la présidence de la république. Nicolas Sarkozy a été élu grâce au voix du front national, il a tout fait pour que ce soit le cas par des provocations verbales en direction des banlieues qui n’étaient que calcul. Aux élections régionales qui avaient eu lieu pendant la mandature de Lionel Jospin, des présidents de régions avaient obtenus leur fauteuil grâce à ce stratagème, tu l’avais dénoncé avec la plus grande vigueur et c’était tout à ton honneur. Notre candidate a perdu parce qu’elle était accueillie dans nos banlieues alors que son adversaire ne l’était pas, c’est pourquoi Nicolas Sarkozy n’est pas un président comme les autres. Il n’est pas digne de confiance et on ne peut avoir un débat civilisé avec lui. Il essaie de faire oublier ce péché originel mais cela ne doit pas être le cas c’est trop grave, la barrière sanitaire autour du FN que Nicolas Sarkozy a contribué à affaiblir doit être reconstruite et renforcée. On ne peut, on ne doit admettre qu’en France un élu puisse accéder à ses fonctions grâce aux voix de ceux qui ont été les acteurs des heures les plus noires de notre histoire ! Certes, comme tu l’as rappelé, on ne peut s’opposer à des mesures de bon sens, mais notre rôle n’est pas de soutenir, on se bat contre les mauvaises mesures et on se tait sur les bonnes, aucune occasion ne doit être donnée à Nicolas Sarkozy de se prévaloir d’un quelconque soutien de notre part sur quoi que ce soit ! Ce que j’attends d’un socialiste en 2008, c’est qu’il soit un opposant ferme, résolu et frontal et qu’il ne fasse aucune concession à un homme à qui on ne peut faire aucune confiance !

    En espérant t’avoir convaincu, je te présente Jack mes sincères amitiés socialistes et fraternelles.

    Dominique Babouot section de Blagnac

  2. Bloggy Bag dit :

    Que les motions socdem finissent par fusionner est dans l’ordre des choses. Cependant, pour que cela ne soit pas un rassemblement de nécessité, mais bel et bien un rassemblement de combat pour un but commun, nous devons préalablement nous mettre au clair sur un certain nombre de points.
    Moscovici, Aubry et Delanoë sont partis d’optiques différentes. Un « retour vers la base » pour Mosco ce qui lui a permis de retrouver Montebourg puis Collomb, Guérini et autres Valls.
    Un « retour vers les réseaux du PS » pour Aubry ce qui a permis de renouer le dialogue avec Fabius.
    Un « retour vers la technostructure de la Vème République » pour Delanoë ce qui a permis de contrer Royal mais ne semble pas entraîner les foules militantes. Cette dernière stratégie me semble être celle qui sera abandonnée la 1ère : elle ne tiendra que tant que Royal sera une menace pour le PS, mais c’est une stratégie de défense, pas de reconquête idéologique.

    Finalement, la question de l’été est de savoir où est la vérité et l’avenir du parti : dans une refondation venant des courants ou une refondation venant des citoyens-militants du parti ? C’est cette question qui me semble devoir être tranchée. Encore moins qu’avec la majorité des autres contributeurs, nous n’avons de divergences sur les objectifs ou les outils de la réforme de notre pays. Si Martine venait à rassembler tous les sociaux-démocrates sur son nom, il est évident que je n’aurais aucun problème à l’aider dans la refondation, mais il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui je juge la démarche de « besoin de gauche » plus féconde, plus « impertinente », plus à même de refonder ce vieux parti qu’est le PS, plus capable de ressouder les hommes et les espoirs. Et jusqu’à ce jour, c’est bien cette contribution qui a créé un semblant de dynamique : qui aurait parié au début de l’année qu’à l’été les socdem, RM, Valls, Collomb et les autres se retrouveraient si vite autour d’une démarche commune.

    Il nous reste encore un bon mois, continuons de tracer notre route en conscience et bonne intelligence, sans forcer à tout prix les choses. La fusion se fera, lorsque le temps sera venu, lorsque les choses seront en ordre. Ce jour là, nous nous retrouverons avec une joie sincère et profonde.

  3. karim dit :

    Assez d’accord sur les deux derniers commentaires, je n’ai pas d’à priori sur le choix de notre futur premier secretaire mais soutenir Valls me serait tres difficile

  4. Sylvain dit :

    Manuel Valls personnalité capable d’incarner cette nouvelle majorité ??
    C’est du bluff, un coup de poker ou vous y croyre vraiment ? …
    Il n’y a pas plus en marge du PS que ce soit sur le fond ou la forme que Valls …

  5. abadinte dit :

    Il y a des couleuvres qui passent mal.
    « Manuel Valls, Martine Aubry et Pierre Moscovici sont trois personnalités capables d’incarner à mes yeux cette nouvelle majorité. »

    Et je ne parle pas des deux derniers.

  6. Baillergeau Maurice-alain dit :

    « Ségolène Royal: Celle-ci souhaite que le parti soit dirigé par le futur candidat à la présidentielle, nous refusions cette éventualité »

    Nous refusions ou nous refusons ?
    Changement de cap ou malheureuse faute de frappe ?

    –> Réponse: Il s’agit en effet d’une faute de frappe. Maintenant corrigée.

  7. sangaku dit :

    Quand le vent tournera, il faudra être bien attaché.

    En attendant, aidez moi, j’en peux plus d’entendre Frédéric Lefebvre.

  8. chouka dit :

    Je suis un peu plus sévère sur la position du PS. Nous avons été inaudibles, inefficaces, et surtout incompréhensibles, contraints de voter non à une plutôt bonne réforme. Hollande a été insupportable dans sa réaction. Et Ayrault suspend petitement Montebourg de la vice-présidence de l’assemblée maintenant…
    Tout va bien

    http://lebavost.wordpress.com/2008/07/22/position-du-ps-sur-les-institutions/