Interview à La Provence

par · 24 août 2008

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À la veille de l’ouverture de l’université d’été de La Rochelle, Jean-Christophe Cambadélis, député PS de Paris et responsable de l’organisation de cette manifestation, fait le point pour La Provence de l’état du Parti socialiste trois mois avant son congrès extraordinaire de Reims.

En quoi l’université d’été de La Rochelle peut-elle contribuer à apaiser la préparation du congrès socialiste qui se tiendra en novembre à Reims ?

La Rochelle sera une formidable démonstration de rassemblement. Toutes les personnalités socialistes seront présentes. Nous aurons plus de 4000 participants. Ce sera incontestablement la manifestation la plus importante de la rentrée politique.

Quelle que soit l’importance de cette manifestation, comment expliquez-vous que beaucoup considèrent, jusque dans les rangs du PS, que votre parti est aujourd’hui inaudible ?

Nous avons précisément mis à l’ordre du jour de notre université d’été la question de la constitution d’une alternative crédible en France et en Europe. Le problème du PS est de savoir s’il peut se contenter de compter sur les erreurs du pouvoir et sur le mécontentement qui nous ramènera mécaniquement aux responsabilités à l’occasion d’une alternance, comme nous l’avons fait par trois fois, ou faut-il construire une alternative globale qui tracera un autre chemin que celui de la droite. Je crois que les Français exigent des socialistes autre chose, autrement de nous avant de nous accorder leur confiance.

Comment expliquez-vous que le Parti socialiste peine à profiter de l’impopularité actuelle du président de la République ?

Nous sommes, pour l’instant, une opposition de rejet, pas de projet. Les Français constatent notre détermination à défendre le pouvoir d’achat, le code du travail et à exiger que le gouvernement prenne la mesure de la crise économique. Mais ils ne perçoivent pas ce que nous voulons faire pour la France et quel chemin nous voulons tracer. Tant que les socialistes seront enfermés dans le choix d’un présidentiable et non pas dans celui d’un changement de politique et d’une alternative globale, les Français se désintéresseront de nous.

Comment le Parti socialiste peut-il éviter d’être pris en tenaille par Olivier Besancenot sur sa gauche et par François Bayrou sur sa droite ?

Nous sommes indéniablement la force principale de l’opposition en terme de représentativité électorale et de crédibilité gouvernementale. Le gauchisme compassionnel de Besancenot est un cri, mais ce n’est pas une alternative. Bayrou a démontré, lors des dernières municipales, que son non-choix entre la droite et la gauche n’était pas crédible et n’attirait pas les électeurs. Le problème du Parti socialiste, ce n’est pas ses concurrents, c’est lui-même. C’est sa capacité à créer un chemin nouveau . Il faut nous rénover profondément pour montrer qu’il y a une dynamique autour de nous.

Vous avez été longtemps le premier lieutenant de Dominique Strauss-Kahn. Où sont aujourd’hui les partisans de DSK ?

Pour l’essentiel, ils participent à la démarche que j’anime avec Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg. Nous avons signé un texte avec Martine Aubry afin de créer la dynamique d’une nouvelle majorité. Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de déperdition parmi les proches de DSK, contrairement à ce qu’on dit parfois.

Avez-vous une idée précise du portrait robot du futur premier secrétaire du PS ?

Il ne faut pas partir du premier secrétaire, mais de la majorité à constituer. C’est elle qui désignera le premier secrétaire, et non pas le premier secrétaire qui désignera une majorité de circonstance. S’il faut faire un portrait chinois, je dirai qu’il faut un premier secrétaire qui ait la capacité de travailler collectivement et d’ouvrir une perspective d’alternative politique.

Votre candidate à l’élection présidentielle, Ségolène Royal, dispose d’un capital électoral de 17 millions de voix. Et pourtant beaucoup de socialistes expriment des réticences à son égard. Pourquoi ?

Cela tient au fait que Ségolène Royal a été désignée par les sondages, parce qu’elle apparaissait être seule en mesure de battre Nicolas Sarkozy. Et les sondages se sont trompés. Le problème aujourd’hui est qu’on ne l’imagine pas au poste de premier secrétaire du PS, même si un nombre non négligeable de militants pensent qu’elle a encore sa chance lors de la prochaine élection présidentielle. Mais, au-delà de ces considérations personnelles, il y a aussi des problèmes d’orientation et de stratégie. Sa volonté d’ouvrir un débat avec le Modem et son idée de provoquer une primaire qui irait de Besancenot à Bayrou conduirait à une dissolution du Parti socialiste dans un ensemble sans frontière. Tout cela ne génère pas un rejet de Ségolène Royal, mais cela explique que les socialistes ne voient pas en Ségolène Royal la candidate naturelle au poste de premier secrétaire.

Propos recueillis par Philippe Reinhard

catégorie Parti Socialiste

Les commentaires2 Commentaires

  1. jls74 dit :

    FP Nicolas, certes SR a été désignées par les militants mais on connait l’influence des médias et des sondages sur le vote des militants. Lorsque l’on répète inlassablement qu’elle est la seule à pouvoir battre Sarkozy, forcément de nombreux militants ont cru voter utile en novembre 2006.
    On en voit le résultat.
    Mais qu’elle ait été désignée pour être candidate en 2007 est une chose incontestable qu’à la suite de sa non victoire cela en fasse la leadership naturelle en est une autre.

  2. FP NICOLAS dit :

    Bizarre M Cambadelis, pour moi qui ait vote S royal, je crois qu elle a surtout été désignée par les militants du PS a 62% quand votre candidat était battu avec pas même 20%… Ridicule de réécrire l histoire mais tellement tentant, n est ce pas ?