Blog-notes N°56

par · 27 novembre 2008

bloc_note_copieV2.jpgComment comprendre ce qui vient de se passer au Parti socialiste ? Ceci d’abord n’était pas inattendu. Ségolène Royal, évincée en juin 2007, voulait conquérir le Parti socialiste pour le transformer en une machine efficace pour la prochaine présidentielle. Cela n’est pas illogique puisqu’elle estimait que le PS lui avait manqué dans la campagne de 2007.

Elle n’était pas la seule, loin s’en faut à penser à cette échéance. Mais là où certains cherchaient une passation de pouvoir, elle cherchait la rédition.

Charles Péguy disait « les partis vivent de leur symbolique et meurent de leur politique ». Ségolène Royal s’est attaqué avec un certain entrain à ce qui fait vivre le PS, sa symbolique, certaine qu’il était mort politiquement.

En face les « Reconstructeurs » avaient fait la même analyse. Il fallait un « nouvel Epinay » au PS, une nouvelle donne. Le renouveau et le nouveau ont pris en tenaille l’ancien qui n’a pas eu le ressort nécessaire à un sursaut.

Martine Aubry a emporté tout simplement parce qu’elle a su tout à la fois rassurer et rassembler.

François Mitterrand disait que l’on sort toujours de l’ambiguïté à son détriment. Et la déclaration de Ségolène Royal au soir du Conseil National, préparant « sa » présidentielle de 2012, est un dévoilement tardif mais réel de son ambition dans ce congrès. Vincent Peillon a tenté immédiatement d’en limiter la portée car les socialistes sont traumatisés.

Ils souhaitent tout autant le renouveau que le rassemblement. Et la démarche de Ségolène Royal semble vouloir dire « je me désintéresse de votre avenir, seul le mien est digne d’intérêt ».

Le Parti socialiste est-il pour autant coupé en deux ? Pas si simple. Dans les collectivités locales comme aux Parlements, il n’y a pas deux lignes, deux offres. Et personne ne peut prendre le risque de la crise ouverte qui ruinerait l’opposition à Sarkozy.

D’autant que les querelles socialistes qui ont passionnées les Français, vont apparaître comme picrocholine au regard du tsunami qui menace les économies occidentales. La crise de l’économie réelle va laisser la place à un affaissement social et une radicalisation de l’opinion.

Le crédit facile qui était le combustible d’une croissance artificielle débouchait sur une économie spectaculaire et fictive. Ce système « hors sol » qui dominait la planète s’est heurté au mur de sa goinfrerie.

Mais ce crédit facile était aussi un anesthésiant, un amortisseur social efficace. Au festin de la mondialisation, même les plus damnés pouvaient avoir quelques miettes. Le chômage à la hausse, la réduction drastique du pouvoir d’achat, les déficits publics, l’étranglement des collectivités locales et donc le crédit difficile vont désâouler le monde.

Et c’est déjà en marche. Il faut comprendre les bons sondages pour Besancenot comme un cri « ça suffit ! On n’en peut plus ! » Il faut analyser les actes de vandalisme de quelques anarchistes contre les systèmes électronique du TGV, comme l’avant-garde d’une colère qui affleure. Qui n’a pas entendu ? « Ils ont trouvé des milliards en une nuit pour sauver les banques et rien pour sauver nos emplois. »

Nicolas Sarkozy est pour l’instant protégé par la Présidence de l’Europe. Mais en janvier il va devoir replonger dans l’atmosphère terrestre et les Français l’attendent de pied ferme.

Après les mois « bling bling » cela va être les semaines « bing bing » de la confrontation sociale.

La réaction des parlementaires de l’UMP, à propos de la loi sur le travail le dimanche, est l’expression d’un pressentiment. Il ne faut pas désespérer les salariés qui sont déjà tendus.

Le deuxième round des années Sarkozy va commencer et il va être social.

Le PS va devoir faire sa mutation au pas de course. Mais en même temps la crise sera un profond vecteur d’union. Il lui faut renouveler, rénover et rassembler.

Une équipe plus jeune, plus combative, plus efficace et aux couleurs de la France.

Une opposition n’ont de rejet mais de projet car le PS est le seul à pouvoir donner une issue alternative à la droite et à la crise.

Enfin en rassemblant, ceux qui n’en seront pas, risquent fort d’être distancé par la confrontation sociale qui bipolarisera la vie politique.

En attendant une page est tournée. Le nouveau parti socialiste vient d’émerger dans la douleur.

catégorie Ecrits

Les commentaires5 Commentaires

  1. Christian Camerlynck dit :

    Cher Monsieur,
    Etrange sensation hier, devant l’émission Mots Croisés diffusée sur TV5 international. Je suis en ce moment au Nicaragua. L’émission était celle du lundi24 Novembre. Entendre le débat alors que nous connaissons le résultat, entendre les propos de Monsieur Peillon et voir en fait quel a été son attitude. Cela révèle une chose: Les aboiements ne sont pas des actes. Ségolène Royale, Monsieur Valls, monsieur Rebsanem me font peur quand ils menacent, vitupèrent, appellent à la manifestation. Ce sont comme des appels à la guerre civile et c’est scandaleux. De même que les propos de Monsieur Jospin, même si je partage son analyse. Le populisme est dangereux, je le vois ici au Nicaragua et au Venezuela. Et Ségolène est une populiste point Final; quand elle proclame Fraternité sur l’air des lampions,quand elle dit qu’elle a un rapport particulier avec le peuple (ce qui est vrai et vérifiable),elle exclut le parti Socialiste. Je vous en conjure n’ayez pas peur de le dire. Vous vous laissez piégé par Ségolène et Peillon. Vous avez Raison de dire que le PS doit réaffirmer son IDENTITE sans aucune pression de qui que ce soit. Ils ont raison de vouloir plus d’adhérents à condition que nous transformions ces adhérents en membres actifs et militants.Cela sera possible avec une identité très marquée. Culture éducation, ce que ne font pas les « Désirs d’Avenir ». Ils embobinent ne joue que sur les émotions. Elle ne veut pas former, transformer le parti. Elle ne parle que d’elle! Elle fait croire qu’elle parle des français. Je sais vous ne pouvez l’ignorer, mais ne vous laissez pas entrainer sur le terrain de Ségolène. A terme les français feront la part des choses. Mitterrand fut le dernier Président pédagogue. reprenons ce combat. Dites de quoi l’on parle, quelle rénovation? Rénover quoi? Qui? Un parti politique doit guider, conduire… Ce n’est pas une auberge Espagnole. EXemple :SI la majorité des contributions à Désir d’Avenir propose l’enfermement des enfants de 12 ans délinquants, dans des centres, dans des maisons de corrections est-ce que ce sera au Programme de Ségolène? Que proposons nous en face? Le préventif certes, mais comment? Pourquoi? Mettons-nous au travail, je sais que Martine Aubry en est capable, qu’elle peut retouner la situation sans casser. En tout cas je veux le croire. Croyez en mes sentiments amicaux et excusez mes propos peut-être un peu décousu, mais j’enrage…

  2. JL Parise dit :

    Il faudra sans doute prendre le temps d’une analyse un peu poussée et dédramatisée de ce qui s’est passé, comment ça s’est passé et est-ce que cela aurait pu être différent, pour faire mieux et avancer plus solidement. Je crains de comprendre ce que l’on veut dire par « tenants du vieux parti », ce langage était erroné chez Royal et ses partisans, il n’est pas plus juste chez vous parce que vous avez gagné.
    En tout cas, pour les jours à venir, méfions-nous de l’unanimisme de façade. Une direction ouverte à tous les vents ne sera vite qu’un lieu de courants d’air, parfois contraires ! Valls demandant sa place à la direction, franchement ça me choque ! Et d’autres : tous ceux qui ont dramatisé, menacé, appelé à des coups de force devraient se sentir disqualifiés, et sinon il faudrait le sentir pour eux.

  3. Frank thomas dit :

    Bonjour, Je viens de lire vos réponses aux questions des internautes sur le site du monde et je vous trouve assez gonflé de prétendre que Martine Aubry et votre équipe avez eu comme idée la rénovation du P.S.

    Pour moi et comme près de 50% des militants, je ne vois comme rénovateur au P.S que l’équipe de Mme Royale. Tout le monde sais que derrière Mme Aubry se trouve M. Fabius et cette aile gauche du partie qui nous cause tant de mal. Plus grand monde (militants, journalistes politique et sympathisants confondus) ne crois à un avenir et une victoire nationale du P.S avec un pseudo programme commun issu d’une union avec un P.C (quasi inexistant) et encore moins avec le soutient d’un Besancenot dont le programme est juste complètement utopique et irréalisable. A force de jouer anti-royale je crois que la nomenclature du P.S va juste permettre à M. Sarkozy de se maintenir au pouvoir pendant encore longtemps.

    Cordialement

  4. simonis Christine dit :

    Mille mercis pour cette analyse, cette volonté de rebâtir
    Cette crise fut vécue au parti, dans les familles et même dans les couples…
    Les traces sont bien présentes;
    Je suis attérée de voir l’égo, l’ambition personnelle de certaine-elle avant tout
    Je crains …

  5. Phil32 dit :

    Jean Christophe, tes mots justes font de ton analyse un instant de vérité. Chaque militant doit désormais prendre conscience que seul le collectif doit nous permettre d’affronter les épreuves et de mieux répondre à la confrontation sociale qui s’annonce. Avec d’autres, tu as su mener la démarche des Reconstructeurs face aux tenants du vieux parti et de l’individualisme effréné. Continuons la démarche entreprise, unissons nos forces pour rénover ce parti que nous aimons et qui est, quelque part, notre raison d’être. Oui, une page est tournée mais nous allons écrire la suite avec Martine et toutes celles et ceux qui se rassembleront autour d’elle.