Blog-notes N°56

bloc_note_copieV2.jpgComment comprendre ce qui vient de se passer au Parti socialiste ? Ceci d’abord n’était pas inattendu. Ségolène Royal, évincée en juin 2007, voulait conquérir le Parti socialiste pour le transformer en une machine efficace pour la prochaine présidentielle. Cela n’est pas illogique puisqu’elle estimait que le PS lui avait manqué dans la campagne de 2007.

Elle n’était pas la seule, loin s’en faut à penser à cette échéance. Mais là où certains cherchaient une passation de pouvoir, elle cherchait la rédition.

Charles Péguy disait « les partis vivent de leur symbolique et meurent de leur politique ». Ségolène Royal s’est attaqué avec un certain entrain à ce qui fait vivre le PS, sa symbolique, certaine qu’il était mort politiquement.

En face les « Reconstructeurs » avaient fait la même analyse. Il fallait un « nouvel Epinay » au PS, une nouvelle donne. Le renouveau et le nouveau ont pris en tenaille l’ancien qui n’a pas eu le ressort nécessaire à un sursaut.

Martine Aubry a emporté tout simplement parce qu’elle a su tout à la fois rassurer et rassembler.

François Mitterrand disait que l’on sort toujours de l’ambiguïté à son détriment. Et la déclaration de Ségolène Royal au soir du Conseil National, préparant « sa » présidentielle de 2012, est un dévoilement tardif mais réel de son ambition dans ce congrès. Vincent Peillon a tenté immédiatement d’en limiter la portée car les socialistes sont traumatisés.

Ils souhaitent tout autant le renouveau que le rassemblement. Et la démarche de Ségolène Royal semble vouloir dire « je me désintéresse de votre avenir, seul le mien est digne d’intérêt ».

Le Parti socialiste est-il pour autant coupé en deux ? Pas si simple. Dans les collectivités locales comme aux Parlements, il n’y a pas deux lignes, deux offres. Et personne ne peut prendre le risque de la crise ouverte qui ruinerait l’opposition à Sarkozy.

D’autant que les querelles socialistes qui ont passionnées les Français, vont apparaître comme picrocholine au regard du tsunami qui menace les économies occidentales. La crise de l’économie réelle va laisser la place à un affaissement social et une radicalisation de l’opinion.

Le crédit facile qui était le combustible d’une croissance artificielle débouchait sur une économie spectaculaire et fictive. Ce système « hors sol » qui dominait la planète s’est heurté au mur de sa goinfrerie.

Mais ce crédit facile était aussi un anesthésiant, un amortisseur social efficace. Au festin de la mondialisation, même les plus damnés pouvaient avoir quelques miettes. Le chômage à la hausse, la réduction drastique du pouvoir d’achat, les déficits publics, l’étranglement des collectivités locales et donc le crédit difficile vont désâouler le monde.

Et c’est déjà en marche. Il faut comprendre les bons sondages pour Besancenot comme un cri « ça suffit ! On n’en peut plus ! » Il faut analyser les actes de vandalisme de quelques anarchistes contre les systèmes électronique du TGV, comme l’avant-garde d’une colère qui affleure. Qui n’a pas entendu ? « Ils ont trouvé des milliards en une nuit pour sauver les banques et rien pour sauver nos emplois. »

Nicolas Sarkozy est pour l’instant protégé par la Présidence de l’Europe. Mais en janvier il va devoir replonger dans l’atmosphère terrestre et les Français l’attendent de pied ferme.

Après les mois « bling bling » cela va être les semaines « bing bing » de la confrontation sociale.

La réaction des parlementaires de l’UMP, à propos de la loi sur le travail le dimanche, est l’expression d’un pressentiment. Il ne faut pas désespérer les salariés qui sont déjà tendus.

Le deuxième round des années Sarkozy va commencer et il va être social.

Le PS va devoir faire sa mutation au pas de course. Mais en même temps la crise sera un profond vecteur d’union. Il lui faut renouveler, rénover et rassembler.

Une équipe plus jeune, plus combative, plus efficace et aux couleurs de la France.

Une opposition n’ont de rejet mais de projet car le PS est le seul à pouvoir donner une issue alternative à la droite et à la crise.

Enfin en rassemblant, ceux qui n’en seront pas, risquent fort d’être distancé par la confrontation sociale qui bipolarisera la vie politique.

En attendant une page est tournée. Le nouveau parti socialiste vient d’émerger dans la douleur.