Blog-notes n°58 – Le mouvement de protestation en Grèce, signes annonciateurs…

par · 9 décembre 2008

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La Grèce vit aujourd’hui une révolte étudiante d’une violence rare qui pousse certains observateurs à la situer entre ce que furent les événements de mai 68 et ceux de novembre 2005… Ce mouvement de désespérance s’apparente à 2005.

Tout part d’une contestation étudiante vieille de deux ans suite à la décision du gouvernement conservateur de Constantin Caramanlis de privatiser certains secteurs de l’université. Le milieu étudiant grec, qui fut à l’origine de la chute des Colonels, est très politisé.

Une jeunesse scolarisée de plus en plus précarisée

La jeunesse grecque scolarisée souffre du manque de ressources, d’un faible pouvoir d’achat et de débouchés, même lorsque les jeunes vivent chez leurs parents. Le fait que par exemple des émeutes se soient aussi déroulées à Kolonaki, le Neuilly Grec, en est la démonstration.

Dans un autre registre on a vu apparaître récemment un Mouvement des Robins qui « se servait » dans les supermarchés pour nourrir une partie de la population…

La situation économique a empiré, les finances publiques sont déficitaires… La dette explose. Les scandales financiers à répétition touchent jusqu’à l’église, minent le crédit de la Nouvelle Démocratie.

Les tensions sont fortes dans les villes universitaires du pays comme Athènes, Salonique, Larissa, Rhodes, Patras ou Heraklion. C’est dans ces conditions qu’un jeune de 15 ans, d’Andréas Grigoropoulos, a été tué par la police dimanche soir. Depuis, les forces de l’ordre se font discrètes, mais les affrontements continuent.

Les plus durs ont eu lieu dans le quartier Athénien d’Exarchia qui est un quartier bohème et contestataire où s’affrontent souvent jeunes anarchistes et forces de l’ordre. C’est de là que sont parti les protestations étudiantes de 1973 qui ont fait tomber la dictature des colonels.

En Grèce, le patronat, puissant et radical, pousse régulièrement le pouvoir vers ses exigences. Il a déjà obtenu le rabais du taux d’imposition des bénéfices des sociétés et milite pour libéraliser les licenciements ou supprimer la garantie des emplois à vie des fonctionnaires. La confrontation sociale s’est aiguisée et les jeunes des foyers les plus modestes sont anxieux pour leur avenir.

Il y a aussi des parents en colère contre la violence policière envers leurs enfants, on sait le rôle central des enfants dans la famille en Grèce…

Le pays vit donc une crise sociale et morale. Les incendies de l’été 2007 n’ont toujours été élucidé, inconséquence du gouvernement et corruption.

Aujourd’hui le gouvernement vacille. Un avis de grève générale a été lancé pour mercredi. Pour la première fois, les syndicats manifesteront côte à côte. Le PASOK appelle à manifester dans le calme. Cela débouchera sur une confrontation directe dont l’issue est incertaine pour le gouvernement de Constantin Caramanlis.

Au delà des évènements Grecs, cette situation est un avertissement pour toute l’Europe… la génération des 700 euros comme on la surnomme à Athènes fait écho à la génération des 800 euros telle qu’on la dénomme en Espagne…

En France la précarisation des jeunes, des étudiants, n’est plus à démontrer. Et la publicité autour des jeunes anarchistes qui auraient bloqué les TGV est la manifestation d’une radicalisation. Le Fichier Edvige, l’audiovisuel public en danger, l’incarcération des jeunes de moins de 12 ans, le chômage, tout cela tenaille la jeunesse française. Le fait que la gauche de la gauche se soit totalement électoralisée, libère un espace contestataire radical sans débouchés politiques. L’Europe est confrontée plus vite qu’elle ne le pense à une jeunesse en quête de sens. Une jeunesse qui ne souhaite pas être la « laissée pour compte » de l’échec libéral. En politique rien n’est mécanique, mais il y a des signes annonciateurs qui ne trompent pas…

catégorie Ecrits