Le Blog-notes N°62

par · 4 février 2009

bloc_note_copieV2.jpgTake the money and run

Tel est le slogan actuel des banques et des entreprises soutenues par l’État Français. Comment est-il acceptable que Renault reçoive d’un côté le soutien de l’État et lâche de l’autre 1200 emplois de maintenance sur son site de Guyancourt ? Comment est-il possible que l’État déverse à gros bouillons, son soutien financier pour les banques et que celle-ci serre le crédit pour les particuliers.

Le débat Français, mais pas seulement, va déboucher sur l’efficacité des plans de relance ou plutôt leur effectivité. Il y a une distortion insupportable entre les annonces à coup de milliards comme s’il en pleuvait. Et au bout de la chaîne… le chômage qui s’installe inexorablement à la hausse.
Les socialistes Français ont présenté leur plan.

Les syndicats ont manifesté leur ressentiment dans la rue. Pour l’instant il s’agit d’une pression sociale et politique pour un changement de cap.
Nicolas Sarkozy croit pouvoir gagner du temps avec de vraies fausses mesures de relance. Il prend le risque, en refusant « un retournement » économique, d’une explosion sociale comme le disait Mme Lagarde à Davos.

Nicolas Sarkozy est au pied du mur. Soit il annonce un nouveau cap et fait baisser la pression, soit il s’entête et prend le risque d’un dérapage social.

Sarkozy pilote à vue

Tout l’art du Président de la République réside en sa capacité de faire rouler le tambour médiatique. Mais derrière la formule « changer de cap c’est rater la sortie du tunnel de la crise ». Il y a une divergence de fond sur la nature de la crise: purge cyclique ou crise systémique ? Nicolas Sarkozy hésite entre les deux, mais il privilégie pour des raisons de confort et idéologiques la première. En tout cas il cherche à se prémunir des deux. Dans un cas il aura utilisé le desserement des critères de convergence de l’Euro pour financer un peu de recherche et d’infrastructure. Dans l’autre il n’aura pas gaspillé toutes ses cartouches pour les années à venir. Mais ce faux semblant accroit le marasme ambiant, pire il rend difficile la construction d’une politique Européenne coordonnée en ce domaine. Aucun état ne veut s’engager car la France fait semblant de s’agiter. Le Président de la République devra jeudi répondre aux Français. Il ne sait ni comment fixer une démarche ni n’a les moyens budgétaires pour juguler la crise. Bref Sarkozy voulait nous en mettre plein la vue, mais il pilote à vue.

Le PS est au rendez-vous

Pas à pas le Parti socialiste remonte la pente qu’il avait descendu klaxonnant et pétaradant depuis les Présidentielles. On sait ce qu’il pense, on entend ce qu’il dit et il est là où il doit être. Non seulement le PS a une « doctrine » pour faire face à la crise, des solutions pour la conjurer. Mais il fixe le terrain de la controverse, tant sur le plan économique que sur le problème de société.

La dernière en date présentée par Martine Aubry devant les secrétaires de section n’est pas la moins intéressante.

Elle pointe la dérive autoritaire du pouvoir, contrepoids à son impuissance économique. Le Parti socialiste occupe ainsi le terrain des libertés et dérobe à la droite ce drapeau, comme cette dernière avait dérobé momentanément celui du travail à la gauche.

A partir d’une évidence, Sarkozy centralise et régente tout ; l’offensive du PS et de la gauche met le pouvoir sur le reculoir.

Il suffisait de voir JF Coppé sur B’FM TV, penaud et contrit – ce qui avouons le est fort rare – déclarer qu’il n’avait pas à commenter le limogeage du Préfet de la Manche pour comprendre le malaise à droite. Attaquer Sarkozy sur ce sujet avec la même force que le PS a pu le faire sur le plan de relance. C’est non seulement défendre les libertés mais toucher au coeur du système Sarkozy.

Du Rififi à la gauche de la gauche

Olivier Besancenot est embêté. C’est physiquement visible. Marie-Georges Buffet est plutôt en meilleure forme, son sourire l’atteste. Il est vrai que sur le strict point de vue politique, l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon dans le courant de la gauche de la gauche bouscule la donne. Pourquoi ? Simplement parce que Jean-Luc Mélenchon avec sa main tendue au NPA démontre le sectarisme de ce dernier.

« Le front des révolutionnaires » est aussi vieux comme thématique que les révolutionnaires eux-mêmes. Cela ne marche jamais parce qu’il y a toujours un parti qui le refuse, et donc les autres en profitent pour s’égayer dans la nature.

Jean-Luc Mélenchon tente une OPA amicale sur le PCF et une OPA inamicale sur l’électorat ou sur la sympathie sondagière de Besancenot. Il le fait au nom du front qui à terme déboucherait sur sa candidature unitaire aux prochaines présidentielles. Il y a du chemin mais Jean-Luc Mélenchon a de l’estomac. Et sa première estocade a mis notre facteur à plat.

Résultat: ce dernier contre en soulignant que Jean-Luc Mélenchon fut ministre de Lionel Jospin et en suggérant que lui et le PCF roule pour la gauche plurielle. Mais voilà lorsqu’on est né par les sondages, on est dépendant des sondages.

Si Besancenot est le « chouchou » des Français, notre gavroche médiatique doit répondre à la question. Pourquoi dédaigne t-il à faire liste commune alors que celle-ci est créditée de 14%. « Responsabilité historique » s’écrie Jean-Luc Mélenchon « alliance oui mais durable » s’étrangle Alain Krivine, soulignant en creux « pas de vote » pour le PS, ni de participation aux exécutifs régionaux.

Ce rififi à la gauche de la gauche dans un moment où le PS « occupe l’espace » complique les pronostics de ceux qui voyaient bien le PS bousculé par les Européennes.

Jean-Luc Mélenchon en avait besoin. Il a espéré brièvement la victoire de Ségolène Royal. Il parie aujourd’hui sur une crise post Européenne pour donner de l’eau à son moulin. Quant à Besancenot, soit il entre dans le front des révolutions et le NPA à peine crée est banalisé, soit il refuse et il est sectarisé.

Une extrême gauche divisée, mais surtout sans crédibilité dans la crise qui s’aggrave, des écologistes sans homogénéité de José Bové à Daniel Cohn Bendit; un François Bayrou constamment dans l’ambiguïté, un jour centre gauche, le lendemain centre droit; la partie à gauche est plus ouverte qu’on le dit. Le PS rassemblé dans l’opposition globale et crédible, mais surtout seul parti en capacité de faire tomber Barroso et sa majorité conservatrice et libérale peut tirer son épingle du jeu des Européennes dont on sait qu’il favorise pourtant toutes les démagogies.

C’est bien pour cela qu’il y a du rififi à la gauche de la gauche…

catégorie Ecrits