HADOPI: une bien mauvaise réponse à un vrai problème

par · 11 mars 2009

quadrature_black-out_hadopi_425x500px-150x150.gifIl n’est bien entendu pas question pour moi d’encourager ni de légaliser le piratage des œuvres. Je ne partage pas l’idée d’un « droit de tirage » gratuit sans bornes, niant le travail, la recherche, la créativité. Je défends bien sûr le principe d’une juste rétribution des créations culturelles.

Cependant, je pense que ce projet de loi n’apporte pas de bonnes solutions. D’abord, Il modifie l’esprit du fonctionnement de notre justice en créant une « présomption de culpabilité ». Ensuite, il ne vise pas les pirates mais les abonnés au réseau Internet. Mais surtout, je crois que ce projet de loi est tout à la fois coûteux et inadapté.

Coûteux, parce que la multiplication des processus d’identification (IP, mail) pour l’envoi de messages d’avertissement, dans la logique de la riposte graduée, représente une dépense vertigineuse pour l’Etat alors qu’elle doit répondre à des problèmes beaucoup plus urgent face à la crise.

Inadapté parce que la consommation de biens culturels, par la dématérialisation et l’immédiateté des échanges, s’est profondément transformée de manière irréversible. Le désir des citoyens de profiter d’une diversité culturelle toujours plus grande nécessite une véritable révolution du rapport du producteur au consommateur.Ironie de ce projet : il interdit même le « peer to peer » légal. En encourageant le blocage de nombreuses technologies, il montre combien ses auteurs n’ont rien compris à « l’esprit d’Internet » et aux apports de celui-ci pour nos échanges dans une société moderne.

A l’inverse, je regrette que les industries culturelles tardent à améliorer leurs offres légales. En préférant attendre l’application de la loi, elles renforcent l’usage de moyens illégaux et surtout s’assurent de pouvoir bénéficier de l’une et l’autre des rentrées financières (l’amende et la vente légale).

L’analyse que je fais de ce texte est donc sans ambigüité : il porte atteinte aux libertés individuelles, il est inadapté et donc inefficace, il sera perdant parce qu’inscrit dans une seule logique répressive à contre courant des évolutions de la société. Mais après tout, cela est plutôt cohérent avec la société que tente de nous façonner aujourd’hui Nicolas Sarkozy. Une société en recul sur les droits des citoyens, liberticide et ultra-libérale, ce qui, dans le contexte économique actuel est plus que condamnable.

Mais, il ne faut pas en rester là,  il faut apporter une réponse politique aux problèmes posés au monde culturel par les évolutions technologiques. Pour cela, il faut entendre tous les acteurs concernés et s’inscrire dans le réel, sans céder aux pressions des plus grandes puissances financières.

A mon sens, le principe de la « licence globale » est une piste sérieuse. Je constate que cette solution a pour l’instant toujours été écartée, sans doute parce qu’elle bouleverse les modèles économiques existants.

C’est pour cela que je m’opposerai, avec mes collègues du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale, à ce projet.

Les commentaires1 Commentaire

  1. Dimitri dit :

    Mais bien sur que ce n’est pas la réponse adapté au piratage, la licence globale l’est. HADOPI met en danger nos libertés, j’espère sincèrement qu’elle ne passera pas