Interview dans Métro

par · 10 avril 2009

« Le vote sanction utile, c’est celui du PS »
Le directeur de campagne du PS pour les européennes explique sa stratégie…

Jean-Christophe Cambadelis, secrétaire national au PS, est le directeur de la campagne socialiste pour les élections européennes. Alors que son parti est pour le moment devancé par l’UMP dans les sondages, il présente à Metro sa stratégie pour inverser la tendance.

Après les difficultés pour constituer vos listes, vous êtes en ordre de bataille pour ces européennes ?

Nous sommes même les premiers à l’être. J’observe que l’UMP n’a toujours pas de listes et n’a pas vraiment de programme. Le PS, lui, est prêt, et en fin de compte, il n’a pas eu tant de mal à boucler ses listes si l’on compare aux autres partis. Les socialistes ont fait bloc sur leur texte d’orientation, c’est déjà rare en soi, mais en plus sur l’Europe, ça doit être souligné.

Quels seront les temps forts de votre campagne ?

Elle se déroulera en deux temps. Le premier, dont le point d’orgue sera la manifestation du 1er mai, s’articule autour de la double opposition à Sarkozy et à Barroso, le président de la commission européenne. Sarkozy mène une politique libérale dont on connaît les méfaits en France, mais il fait partie d’une majorité conservatrice et libérale en Europe dont on ne mesure pas les conséquences. Nous allons faire le bilan de l’UMP et de ses amis au Parlement européen, tant sur la possibilité de travail jusqu’à soixante heures que sur la dérégulation des services publics ou les mesures d’assouplissement du code du travail. Autant de choses que les Français ne perçoivent pas. Ensuite, après notre premier meeting national le 24 avril, nous mènerons une campagne de proximité sur le thème ‘changeons l’Europe maintenant’, avec plus de 1000 réunions dans toute la France.

La plupart des listes sont sur le même créneau « antisarkozyste ». Ce n’est pas un choix risqué ?

On ne va pas applaudir Sarkozy pour pouvoir se distinguer des autres. Nous sommes en campagne contre lui, mais dans une opposition utile. Nous sommes les seuls à faire signer une pétition pour l’abrogation du paquet fiscal ou à avoir un programme de réorientation de la construction européenne. Et puis tout le monde aura compris que Sarkozy n’est attentif qu’à un seul score, celui du PS. Le reste, il s’en moque.

Sur quels thèmes va se jouer l’élection ? La crise va dominer les débats ?

Evidemment, c’est la question d’un plan de relance économique européen, celle d’un contrat de justice sociale et écologiste que les socialistes veulent mettre au centre. Est-ce qu’on fait stop ou est-ce qu’on fait encore ? Est-ce qu’on reconduit les mêmes équipes ou est-ce qu’on construit l’alternance ? Les Français doivent se rendre compte que le Parlement européen décide de nombreuses directives et qu’il faut y stopper le libéralisme si on veut avoir des chances de le stopper en France.

L’UMP va s’appuyer sur les succès du G20 dans sa campagne. Comment vous les jugez ?

Le G20, c’est un peu un mirage. Dans un premier temps, tout le monde a chanté ses louanges et plus le temps passe, plus on se demande où sont les éléments qui permettent de relancer l’économie et qui permettent surtout à nos concitoyens confrontés aux plans de licenciement, au blocage des salaires, de faire face à leurs difficultés. Il y a eu des mesures bienvenues, ne serait-ce qu’une certaine coordination, mais il y n’y a pas eu de refondation du système, qui est nécessaire. Le meilleur moyen de faire une refondation du système, d’imposer un nouveau modèle de développement, c’est de faire en sorte qu’il y ait une nouvelle majorité au Parlement.

Il y a une forte concurrence à gauche du PS. Vous craignez une dispersion des voix ?

Oui. La multiplication des listes, c’est d’abord la manifestation des difficultés de la gauche dite alternative, mais en même temps, elle peut brouiller le message de la sanction. Donc il faut indiquer que le vote sanction utile, c’est celui du PS. Ce que nous craignons le plus, c’est le parti abstentionniste. Si l’abstention est massive, nos colères seront relatives.

Ces européennes, c’est la première étape dans la reconstruction du PS ?

C’est moins un problème de reconstruction du PS que de construction du Parti socialiste européen. Si le PSE est en tête, il pourra être la colonne vertébrale d’une majorité du changement en Europe. L’alternative et l’avenir de la France se jouent très largement au Parlement européen. Il ne faut pas s’en désintéresser. Pour peser sur les décisions, il faut faire bloc avec tous les sociaux-démocrates européens, qui pour une fois ont un projet commun, pour une fois mettent l’économie avant la finance, pour une fois ont tiré le bilan de la période précédente. Pour la première fois, on peut sanctionner la droite sortante et construire l’alternative, il faut saisir cette chance.

Le PS réussira à oublier ses divisions pour cette élection ?

Il n’y a aucun souci. Tous les leaders du parti seront impliqués dans la campagne. Ils m’en ont tous fait la demande, aussi bien Martine Aubry que Delanoë, Fabius ou Royal.

On va voir Ségolène Royal et Martine Aubry sur une même tribune ?

Ce n’est pas l’objectif de la campagne, mais on verra tous nos leaders ensemble, et j’espère déjà le premier mai.

Ségolène royal a occupé la scène médiatique cette semaine. Quel regard vous portez sur ses prises de parole et sur sa position de « franc-tireuse » ?

Ce n’est pas une franc-tireuse. Elle décline ce que tous les socialistes pensent, tant mieux. En demandant pardon pour le discours de Dakar, je trouve qu’elle a eu raison, mais il aurait fallu être encore plus dur avec Nicolas Sarkozy, comme Martine Aubry l’avait été il y a quelques mois. Les déclarations de Nicolas Sarkozy à Dakar étaient inadmissibles, il fallait le souligner.