La radicalisation du père de famille de quarante ans

par · 10 avril 2009

CHRONIQUE POLITIQUE

Un phénomène n’est pas assez analysé dans la radicalisation actuelle. Si elle prend la forme de séquestration, elle n’est menée par aucune force d’extrême gauche. Tant sur le plan politique que syndicaliste, la radicalité est hors la radicalité organisée. C’est le père de famille, syndiqué ou pas, qui est exaspéré. Il ne voit pas d’autres possibilités pour obtenir la négociation que la séquestration. Cette forme de lutte, qui a comme équivalent dans les facultés l’occupation, en dit long sur la tension sociale rampante. Le fait que le 18 avril tous les personnels des hôpitaux, des patrons aux infirmières, descendent dans la rue à la veille du 1er mai en dit tout autant. C’est la montée des eaux ! Personne ne voit la colère grandir car tout le monde est hypnotisé par les gesticulations de Sarkozy.

Mais le mouvement d’en bas est irrésistible. Il monte par vague. Sur ce blog, nous indiquions, il y a trois mois, les éléments d’une radicalisation. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans « la colère de masse ». Et elle ne touche pas une avant-garde politisée mais monsieur tout le monde et tous les secteurs de la société.

Elle est alimentée par l’inquiétude et la réalité des plans sociaux, par l’avalanche des révélations sur les salaires, stocks options, bonus des dirigeants, par l’impuissance gouvernementale et son discours satisfait.

L’erreur psychologique du pouvoir est totale ; le refus de bouger -sur le paquet fiscal- est assimilé à de l’autisme social.
Nicolas Sarkozy s’y accroche car il a peur de perdre sa base sociale mais ce faisant, il a radicalisé le social.

On ne peut pas apaiser en claironnant que l’on ne change pas de cap !

Nulle manipulation dans la radicalisation, seulement l’angoisse d’un peuple qui n’est pas entendu.

Il paraît que Sarkozy a consulté Max Gallo pour comprendre comment arrivait l’explosion sociale. Tout simplement quand toute la société ne veut plus vivre comme auparavant.

Jamais la colère de la société ne s’est exprimée avec une telle âpreté. En 1968, la colère était -si on me permet l’expression- joyeuse. Aujourd’hui elle est malheureuse.

En 1968, « on » voulait un autre monde, sortir du gaullisme finissant et vieillissant, combattre l’injustice du capitalisme ou de l’impérialisme triomphant.

Aujourd’hui, il s’agit de tenir plutôt que de courir, le tout sur fond de désespoir.

Il ne s’agit pas de distribuer des bons points et des mauvais points moraux aux formes de radicalité. C’est plutôt mal venu quand on est de gauche et dans l’opposition. Mais de trouver un débouché politique. Il est simple : il est urgent que Nicolas Sarkozy change du tout au tout. C’est le sens de la pétition du PS qui rencontre un gros succès. Il ne s’agit pas de souffler sur les braises ou de s’en prémunir. Il s’agit de préparer l’alternative en sachant que cela va secouer…

catégorie Ecrits, Expressions

Les commentaires1 Commentaire

  1. grouchy dit :

    Bien d’accord sur ce phénomène que personne n’analyse.

    çà tombe bien, je le connais bien, la génération des quadra, c’est la mienne (allez j’y ajoute les quinqua et pour les informer de ce qui les attend les trenta)

    On a tout bien fait comme on nous a dit, on a fait des études quel qu’en soit le niveau, on a parfois (aussi) travaillé pour les réussir, on est diplômé ou formé, on a des enfants et des parents et des grands parents…et c’est nous qui sommes le pilier du tout.

    A fortiori lorsqu’on est une maman ou un papa (moins souvent) élevant seul ses enfants…On se sent vraiment SEUL.

    Souvent des salaires déconnectés du niveau de formation initiale (et de l’expérience chèrement acquise…nous atteignons à 40 ans l’âge absolu de l’expérience professionnelle!), des enfants et des parents parfois à charge (vous savez les gamins pour qui les études sont chères et les séniors au minimum vieillesse, au bout du bout qui assume?) et AUCUNE perspective d’avenir, des dettes à plus savoir quoi en faire et la peur du chômage.

    Oui vraiment les quadra sont la génération sacrifiée.

    Cela explique aussi le désespoir qui pousse des salariés à commettre des faits répréhensibles comme séquestrer un employeur (et l’étrange solidarité trans-classe…et infra générationnelle de l’ouvrier et du cadre)

    Ceux là pourraient bien se retrouver, aussi, dans la rue pour exprimer leur colère…

    Aujourd’hui, le niveau de formation des quadra leur permettre de parfaitement comprendre les mécanismes de notre société et leur foncière injustice.

    Un jour, ceux là exprimeront leur ras le bol de toujours devoir prendre l’escalier de secours quand certains n’ont même pas eu à monter dans l’ascenseur social….

    Merci Jean Christophe d’avoir exprimé ton opinion sous cet angle original et intéressant.