Interview sur LCI.fr

par · 17 avril 2009

lci.jpgJe vous propose de lire l’interview que j’ai donné aujourd’hui à LCI:

LCI.fr – Le PS soutient Ségolène Royal après son discours de Dakar, Martine Aubry l’invite à participer à un meeting ou au 1er mai. Est-ce l’heure de la main tendue à son ex-rivale ?

Jean-Christophe Cambadélis : Martine Aubry veut les socialistes rassemblés et solidaires. C’est le sens qu’il faut donner à ces initiatives et cette prise de position. Après le rassemblement des socialistes sur une orientation pour les européennes, ce qui n’était pas une mince affaire, nous sommes maintenant dans la phase de l’action, d’où la proposition faite à tous nos dirigeants de se retrouver le 1er mai dans la manifestation parisienne.

LCI.fr – Pourquoi avoir attendu cinq mois pour cette main tendue à Ségolène Royal ?

Il fallait faire le rassemblement des militants avant celui des dirigeants, pour que cette convergence ne soit pas factice et s’appuie sur des orientations. Il fallait donner du temps au temps pour que cela ait un impact pour tout le monde.

LCI.fr – L’image de ces deux femmes côte à côte scellerait-elle vraiment, selon vous, la fin des divisions au PS ?

Il faut le souhaiter car les divisions nous coûtent cher et sont incompréhensibles pour les Français qui souffrent de la crise. Et plus nous sommes unis, et plus notre capacité à incarner l’alternative est visible.
LCI.fr – La direction du PS a-t-elle déjà une réponse de Ségolène Royal ?

Pas encore mais cela devrait se faire sous peu.

LCI.fr – Y a-t-il un partage des rôles entre les deux femmes, entre opposition classique et opposition plus médiatique ?

Je ne pense pas que les choses se passent comme ça. Chacune a sa feuille de route. Ségolène Royal veut faire perdurer son statut d’ancienne candidate à la présidentielle. Martine Aubry s’est fixé comme feuille de route la remise en forme et en sens du Parti socialiste. Et c’est pour cela que la communication n’est pas équivalente.

LCI.fr – Donc le 1er mai approche avec une unité syndicale exceptionnelle. Et vous les socialistes, comment serez-vous dans la rue ?

Traditionnellement, les socialistes participent aux manifestations du 1er mai en province. Cette année, le PS participera fortement à la manifestation parisienne sous les formes qui sont les siennes, à un moment du cortège. Nous ne serons ni à côté, ni derrière les syndicats dont nous respectons l’indépendance. Mais nous serons présents massivement.

LCI.fr – C’est une journée importante pour vous ?

Ce 1er mai est un acte fort pour les socialistes car cela marque la jonction entre le PS qui a fait des propositions alternatives à la politique de Nicolas Sarkozy et le mouvement social qui combat cette politique. C’est pourquoi nous voulons être massivement présents et unitairement présents.

LCI.fr – Les élections européennes approchent. Vous allez parler d’Europe ou de vote-sanction ?

Des deux. Il y a une sanction utile à mettre en mouvement pour construire une nouvelle majorité en Europe. C’est la sanction de la politique des droites majoritaires au parlement européen. C’est la sanction de la politique de droite menée en France. Le vote doit permettre de construire une nouvelle majorité. Nous avons un programme commun des socialistes européens et notre position est très claire : s’il y a une majorité au parlement européen, alors le président de la Commission Barroso ne pourra pas être reconduit.

LCI.fr – Quel objectif de score vous fixez-vous ?

En Europe, notre objectif, c’est que le PSE soit en tête. Et en France, entre l’hyper-bas de 1994, et l’hyper-haut de 2004, nous serons très contents si nous revenons au score plus classique des socialistes, c’est-à-dire autour de 20%.

LCI.fr – Pour Jean-Luc Mélenchon, voter PS, c’est « voter inutile ». Pas très sympa votre ancien camarade…

Le vote socialiste est inutile à Jean-Luc Mélenchon car il est trop occupé à sa « primaire révolutionnaire » avec Besancenot. Mais le vote PS est très utile. Il faut le 7 juin jouer l’efficacité car l’enjeu, c’est « stop ou encore » : on peut stopper les libéraux au parlement européen.

LCI.fr – Craignez-vous la concurrence d’Olivier Besancenot, discret ces derniers jours ?

Olivier Besancenot est plutôt silencieux car le NPA n’a pas réussi, c’est la LCR élargie. Donc il hésite entre un destin à la Arlettre Laguiller ou à la LKP. Et comme il constate que la radicalité s’exprime en ce moment hors du NPA, il se demande s’ils n’ont pas été finalement trop électoralistes, d’autant qu’ils sont contestés par le triumvirat Mélenchon-Buffet-Piquet.

On crédite Olivier Besancenot d’une aura sondagière considérable et si elle ne se traduisait pas sur le plan électoral en juin, ce serait une défaite stratégique pour lui. D’où l’idée d’être plus présent dans les luttes que dans les urnes.

LCI.fr – Crise oblige, la période est à la radicalité. Comment le PS peut-il rester maître de ce débouché politique ?

Il peut rester maître du débouché politique en restant lui-même, en étant capable de construire l’alternative socialiste, lors des élections européennes et régionales, et au moment de la présidentielle où se trouvera posée la question du changement.

En ce moment, nous avons affaire à une radicalité « hors radicalité ». C’est la radicalité du père de famille de 40 ans qui n’est ni membre du NPA, de la LCR ou du PC. C’est celle d’un homme ou d’une femme qui mène parfois un combat acharné pour les conditions de son licenciement. Il ne faut pas confondre les radicalités. C’est là une radicalité de défense et non une radicalité révolutionnaire. Et le PS est beaucoup plus en phase avec cette radicalité de défense qu’avec celle de l’extrême-gauche qui cherche la révolution.

LCI.fr – Vous la soutenez cette radicalité de défense ?

Le PS trouve légitime cette radicalité de défense même si les séquestrations ne règlent pas tous les problèmes et qu’il vaut mieux la négociation. Mais nous la comprenons et nous faisons tout pour trouver là où nous sommes localement au pouvoir des solutions. D’ailleurs, Ségolène Royal en est la démonstration avec Heulliez, Daniel Percheron avec Continental dans le Pas de Calais ou Alain Rousset avec Célanese dans la région Aquitaine.

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