Bilan des européennes et perspectives présidentielles

par · 10 juin 2009

bloc_note_copieV2.jpgLe challenge de la participation aux élections européennes s’est politiquement joué le jour où en pleine présidence française, dans une crise sans précédent depuis les années trente, Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso ne surent ni ne voulurent imposer un vrai plan de relance coordonné à la hauteur du plan américain. Madame Merkel disant tout haut ce que les Européens ont compris tout bas, l’Europe n’était pas au rendez-vous de l’Histoire, ce sera le chacun pour soi et un plan de relance riquiqui après le libéralisme, l’immobilisme. Le taux de participation se joua électoralement le jour où José Luis Zapatero préféra travailler à sa future présidence de l’Europe qu’à une nouvelle donne à la présidence de la Commission. Il joua Barroso, tuant d’emblée une candidature alternative des socialistes européens qui aurait donné sens à un vrai débat sur l’alternance entraînant dans ce refus, nos camarades britanniques et, plus discrètement, allemands. Ce fut pour les socialistes française la double peine. Car en prime, ils furent identifiés ainsi à la collusion PSE-PPE au moment même où la Troisième voie social-libérale s’affaissait.

Le mode de scrutin fit en France le reste. Mi-régional, mi national, en tout cas pas européen, il émietta les enjeux, d’autant que l’UMP joua délibérément la dérobade pour éviter une sanction évidente et pour ne pas s’appesantir sur une absence patente de projet.

Les résultats sont là. Ils ne sont pas étonnants et on peut en tirer quelques enseignements politiques. Nicolas Sarkozy est optiquement victorieux pour la simple raison que le scrutin ne l’a pas fait trébucher. La question économique et sociale est toujours là avec son cortège de chômeurs et de déficit. Sarkozy a perdu son assise populaire de la présidentielle. Celle-ci s’abstenant plutôt que votant pour le PS. Nicolas Sarkozy est fort dans son couloir UMP, sans rival, sans projet que celui de durer, mais aussi sans alliés pour gouverner.

François Bayrou confirme son léger penchant pour le populisme, mais aussi qu’il n’y arrive pas. C’était déjà le cas aux municipales. Trop à gauche pour la droite, trop à droite pour la gauche. L’extrême centre affole les sondages, mais ne rassemble pas les électeurs.

Le PS est défait. Il ne capitalise pas la crise car il a perdu depuis longtemps la bataille de l’attrait. La rente du au remord de 2002 s’est tarie et l’absence de refondation sur fond de désunion apparaît au grand jour. Et ceci un moment où les sociaux-démocrates européens ratent le rendez-vous de la bataille de l’alternative au libéralisme alors que pour la première fois ils en avaient le programme : le « Manifesto ». La social-démocratie européenne est ébranlée et à refonder. En France, depuis 2002, les socialistes sont sans identité propulsive. Et ils ne sont pas tout à fait aimables, même si leurs élus locaux sont aimés. Le tacticisme a envahi les têtes les mieux faites. Le PS doit donc réenchanter la gauche en sachant que l’on ne peut prétendre unir une gauche puis un pays en étant désuni. Il est au pied du mur, se voyant maintenant électoralement mortel.

Les écologistes confirment que leur électorat est au centre gauche plutôt qu’à la gauche de la gauche, comme le pronostiquait dans une intuition libérale-libertaire, Daniel Cohn-Bendit. Les dirigeants sont trop fins pour croire au renouveau structurel de l’écologie politique, même s’ils veulent utiliser la vague pour prospérer. Les Européennes (élections et référendum) ont souvent mis à l’ordre du jour des refondations sans lendemain.

L’extrême gauche a touché les limites de l’anti-socialisme primaire. Quant au Parti communiste, s’il a engrangé un succès d’estime, il a rendu encore plus complexe son choix stratégique ; Front de gauche avec Besancenot ou nouvelle alliance avec la gauche. Alain Krivine s’est rué sur la faille dénonçant le retour du PCF à l’alliance avec le PS.

Mais l’enjeu de la prochaine présidentielle est : bâtir un destin et un dessein commun à la gauche. Le pays a tellement besoin de renouveau ! Sa classe politique a tellement besoin de réifier l’espoir ! C’est une nécessité politique mais aussi électorale.

Nicolas Sarkozy peut perdre les régionales faute d’alliés. Mais la gauche peut perdre la présidentielle faut d’alliance. L’alliance des oppositions, François Bayrou ne pourra pas. Le Parti socialiste ne voudra pas et l’extrême gauche s’en détournera. Il faut donc un nouveau Front populaire – appelons-le comme on veut – qui substituera à une alliance arithmétique improbable, une dynamique irrésistible possible.

Chacun est placé devant ses responsabilités si il veut battre Sarkozy.
La dépression économique et sociale, ce gouvernement les bras ballants, ce mécontentement supérieur à 1981, cette rentrée épouvantable en termes social, de pouvoir d’achat et scolaires, tout annonce un mouvement social à la française. La gauche se rend-elle bien compte de ce que voudra dire un million de chômeurs de plus et un Etat ligoté par ses déficits et ses cadeaux fiscaux aux plus aisés ? Mais il n’y a rien de mécanique. Le populisme combiné au scepticisme des peuples pour peut créer des conjonctures redoutables.

Il est urgent de s’unir et de construire un débouché politique. Le PS doit donc avancer, l’épée dans les reins. D’abord en bâtissant un projet de sortie de crise. C’est au niveau d’un nouveau modèle de société que le PS doit se situer. Celui-ci doit être viable, juste et durable. Puis rétablir une dynamique de toute la gauche. Ils ne s’agit pas d’un accord d’appareil, mais de la mise en mouvement du peuple de gauche autour d’un programme commun, des candidatures communes et un candidat unique à la présidentielle, désigné dans des primaires. Voilà qui sortirait le pays de sa torpeur, créant une dynamique qui balayerait l’abstention civique et ferait souffler sur la France, l’espoir. Pour ce faire, il faudra sortir des chemins battus, ne pas s’en tenir à une alliance de sommets, mais bâtir un vrai pacte populaire de changement dont les citoyens voudront être les acteurs. C’est aussi une des leçons des européennes.

Bref, les socialistes doivent mettre les Français au cœur de leur projet, le reste est de la littérature.

Jean-Christophe Cambadélis
Secrétaire national du PS à l’Europe et à l’international
Directeur de campagne/ élections Européennes 2009

Les commentaires3 Commentaires

  1. Phil 32 dit :

    Du baume au cœur que ce texte, Jean Christophe. Beaucoup de lucidité et de franchise aussi. J’espère que cette vision que tu as de la tâche qui nous attend, sera partagée par le plus grand nombre . Désormais, nous ne pouvons plus nous permettre pareil résultat et nous devons tout mettre en œuvre pour enrayer la spirale de l’échec.

  2. topaz dit :

    C’est d’un front de survie « vital » dont le PS a besoin aujourd’hui. Allez-y Camba au front, vous êtes le seul lucide dans cette équipe d’inconscients, même si, en tant que directeur de campagne, vous auriez pu et dû mieux maitriser l’image et les ardeurs. « C’est la dernière station-service avant le désert », faites tout pour ne pas tomber … en panne d’essence !

  3. petitesphrases dit :

    Cher Monsieur,
    la lucidité de votre constat nous fait heureusement reprendre espoir dans un PS qui arriverait à se relever.

    Grâce notamment à votre force de conviction au sein de l’appareil du PS, je ne doute pas que vous parviendrez à convaincre – ou à mater – les petits cheffaillons du parti qui jouent un combat de personnes complètement dépassé.

    Sortons de l’ère Mitterrand. Du passé récent faisons table rase. Alliez vous avec Claude Bartolone et vous pourrez alors conduire le PS vers un grand pacte populaire avec son électorat, sans les fausses promesses de démocratie participative ou autres billevesées. Nous avons besoin d’hommes résolus et dynamiques, et vous en êtes.