Ce que je pense

par · 26 juin 2009

bloc_note_copieV2.jpgLe petit papier de Sylvie Pierre-Brossolette dans la dernière livraison du Point ne reflète que partiellement ma pensée et la mélange avec des attendus qui ne sont pas les miens. (C’est un doux euphémisme mais c’est la loi du genre).

Je résume donc pour les amis. La victoire de Nicolas Sarkozy aux européennes n’est qu’un trompe l’œil, alors que la défaite du PS est elle réelle. Cet échec combine tout à la fois, la crise de la social démocratie européenne à un moment où elle avait rendez-vous avec l’Histoire. Mais aussi la panne du PS français ! (Au passage, la thèse selon laquelle ce sont les électeurs de gauche apeurés, se réfugiant dans le conservatisme qui sont responsables de ce moment est une véritable fainéantise intellectuelle).

Revenons au Parti Socialiste. Ce dernier a une existence (une réalité : son implantation incomparable et historique dans les collectivités locales) mais il n’a plus d’essence. C’est à dire qu’il a perdu sa capacité d’attrait, son dynamisme… Et son projet de transformation sociale est tout à la fois flou, obsolète, voire inaudible. Depuis 2002, et le départ de Lionel Jospin, le PS combine une crise de leadership, stratégique et programmatique. Dans un moment où le modèle social-démocrate de l’Etat providence n’a plus de force propulsive.

Bref, Le PS se réduit à un parti d’alternance et n’est plus à un parti alternatif. Il excelle dans les élections locales où son modèle paraît plus performant que celui de la droite, mais s’évanouit dans les élections nationales.

Et lorsqu’il s’agit d’une élection à la proportionnelle nationale, l’électorat « socialisant » ne voit aucun intérêt à un patriotisme électoral. Tout simplement parce que les divisions sans projet tendent à démontrer que le PS n’est préoccupé que par le pouvoir. D’ailleurs, la vision du PS par nos concitoyens se réduit à cela. Nous sommes dans le cercle du pouvoir. Et la culture de gouvernement n’est qu’un prétexte à leurs yeux pour y rester. Il faut donc ré enchanter la gauche car gérer une collectivité n’est pas un projet de société.

Pour autant, je ne partage pas le catastrophisme ambiant. L’idée un peu trop répandue à mon goût que nous avançons vers la mort subite. On nous pronostique un échec aux élections régionales et un éclatement le lendemain. Nicolas Sarkozy est loin de les avoir gagnées – j’y reviendrais- . Par contre, il n’est pas impossible que faute de refondation, nous soyons rentrés, comme le Parti Radical des années 30 ou le Parti communiste des années 50, dans une phase lente de déclin. Le point commun de ces deux partis fut que, sans apport nouveau, ils abandonnèrent la question du pouvoir pour gérer des positions locales jugées inexpugnables. Ce fut aussi le cas de la SFIO avant 1958.

Dans cette défaite aux élections européennes, comme directeur de campagne, j’ai évidemment ma part de responsabilité. Dire que je n’ai rien dirigé est pour le moins excessif. Nous avons travaillé dans la transparence – un comité de campagne se réunissait chaque semaine et un compte-rendu de celui-ci fut présenté à chaque Bureau National -. Nous l’avons fait avec le soutien et la participation de Martine Aubry qui n’a pas de son rôle de Premier Secrétaire une conception évanescente. Elle dit ce qu’elle pense. Elle n’est ni dans le « laisser faire », ni dans la facilité. Et c’est rassurant, pour les moments que nous traversons.

Maintenant, Martine Aubry a raison de se concentrer sur les deux questions clés du PS : Son projet – j’allais dire de société – et sa stratégie de rassemblement. L’égalité réelle, l’intérêt général, la maison commune de la gauche, dans une volonté d’une domestication écologique et sociale de l’économie de marché, telle doit être notre feuille de route.

Dans le même temps, il me paraît juste de politiser les primaires et non d’en faire une clé magique censée nous éviter de travailler à l’alternative.

Je crois par exemple, que la prise de position collective du Parti Socialiste pour le mandat unique serait toute aussi importante que la mise en place concrète des primaires. Je vous renvoie à ma pétition sur le site « Unité pour la refondation » (www.lesactesdelarefondation.net).

Mais revenons au combat concret : Nicolas Sarkozy n’est pas comme le pense certains, imbattable. Il me semble redoutable de se préparer à une équipée au long cour avec comme cap le post-sarkozysme. Les calculs à huit ans sont très aléatoires. Certes, François Hollande, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Gérard Colomb, Pierre Moscovici, ne sont pas sans talents. Mais se présenter en syndic de faillite du PS est-il un message pour la France ? Ce pari sur la défaite n’est ni un avenir collectif, ni individuel. Je crois plus prolifique de travailler à l’unité et à l’alternative.

Car encore une fois, battre Sarkozy aux Présidentielles n’est pas inatteignable. La phase ouverte par son élection qui rassemblait toute les droites s’achève. Le libéralisme conservateur et communautaire qui était le sous-bassement de « son régime » aussi. Ce moment est résumé par le discours du Président de la République au Congrès. Ni tout à fait libéral, crise économique oblige, ni pour autant Gaullien, Nicolas Sarkozy est dans un entre-deux, car il ne connaît ni l’ampleur ni la durée de la crise, ni même ses conséquences sociales.

La concentration du pouvoir autour de ses proches est la manifestation d’une fermeture pour affronter des vents contraires. La continuité de sa politique économique et sociale malgré les échecs, les déficits colossaux, les plans sociaux à répétitions, les attaques contre la sécu, les retraites, la santé, les fonctionnaires, tout cela fait que Nicolas Sarkozy ne peut savoir où il va. Il parle en surplomb mais veut être au plus près du terrain pour s’adapter à une période qui sera celle des tournants brusques.

Nicolas Sarkozy a réussi à faire croire que l’anti-sarkozysme ne marchait pas. Ceci est amusant, car Opinionway-Le Figaro critiquait hier le Parti Socialiste parce que François Bayrou ou Olivier Besancenot étaient les meilleurs opposant. Petite manipulation médiatico-sondagière qui ne trompe que les veaux comme aurait dit le Général de Gaulle. Nicolas Sarkozy sur-interprète, sur-utilise l’échec des socialistes, l’effondrement de François Bayrou et l‘essoufflement du mouvement social marqué par l’échec de la dernière manifestation du 13 juin. Il tente de faire croire à un nouvel état de grâce, alors qu’il s’agit simplement que d’un répit dans sa disgrâce. Il n’est fort que de la division de la gauche et de la panne socialiste.

Mais les faits sont têtus. Nicolas Sarkozy n’a recueilli que 28%, dans une élection européenne, qui n’a vu que 44 % de participation. Reconnaître la claque pour le PS ne doit pas faire oublier ce fait. Derrière l’abstention il ya la crise sociale. Même si la question écologique reste une interpellation à l’adresse de la gauche. Pour autant, les élections européennes n’ont jamais structuré le champ politique durablement. Et même le référendum sur le traité constitutionnel ne l’a pas fait. Sylvie Pierre-Brossolette dit que c’est la méthode Coué. Je crois plutôt que c’est la réalité. Dans la situation politique française tout dépends du Parti Socialiste. Pour cela il faut être politiquement efficace, intraitable dans l’opposition, net dans les propositions, clair sur le projet et uni comme les doigts de la main.

Quant à la présidentielle, il est trop tôt pour en parler, pour spéculer, voire même pour espérer. Au delà du classique… LA présidentielle c’est la rencontre entre un homme, une situation et un pays. Il n’y a pas de solution individuelle. On oublie de réfléchir à la démarche de François Mitterrand qui a forgé un projet, une stratégie avant de se déclarer. Ou même de Lionel Jospin qui s’est appuyé toute à la fois sur un slogan « On dit ce que l’on fait et l’on fait ce que l’on dit » et une équation la gauche plurielle. Bref, on est à ce point pipolisé, fasciné par la réussite de Sarkozy et la percée de Ségolène Royal que l’on croit que c’est la personne qui fait l’élection. C’est ce que pense François Bayrou, c’est pour cela qu’il a été dans le mur. François Bayrou n’a pas de projet et pas de stratégie, si ce n’est « le changement c’est moi ! » La preuve est faite que cela peut-être un autre. Dans l’état actuel la gauche n’est ni rassemblée, ni porteuse d’un projet collectif alternatif. La promotion individuelle – à part se faire plaisir – produit de la confusion mais pas de la dynamique. Le narcissisme n’est pas une politique.

Il n’y a donc rien de plus urgent que d’aider Martine Aubry à réaliser son double dessein, un projet de sortie de crise et le rassemblement de la gauche. Le reste n’est que gesticulation.

Après soit nous aurons réussi et nous poserons la question : qui peut battre Sarkozy ? En sachant qu’il faudra entendre d’abord la Première secrétaire. Soit nous aurons échoué et il ne s’agira que de témoigner.

Quant à Dominique Strauss-Kahn, s’il était candidat ce qui, croyez moi, reste à démontrer, tant il est à sa tâche au FMI. Il est peut probable qu’il souhaite ferrailler dans le PS contre une candidature qui ferait consensus ou face à de multiples candidatures et mon intuition est qu’il faudrait se montrer très persuasifs.

En tout cas c’est à ce moment qu’interviendraient des primaires de toute la gauche.

Car l’objectif reste la perspective du candidat de toute la gauche. François Mitterrand a construit l’union de la gauche, Lionel Jospin la gauche plurielle. Nous devons bâtir la gauche unie. Il ne s’agit plus de battre le PC au premier tour pour le contraindre à voter au second. Il ne s’agit pas non plus de rassembler au deuxième tour les gauches éparpillées. Il s’agit de construire le bloc des gauches et des écologistes qui puissent battre Sarkozy dès le 1er tour pour l’emporter au second. Mais ceci nécessite un programme commun, une démarche commune des candidatures unies aux législatives. Mais on ne peut obtenir cette mise en ordre avec un PS désuni.

Les commentaires1 Commentaire

  1. topaz dit :

    On croit rêver lorsque l’on lit « Je me prépare, et en me préparant, je nous prépare » … Pendant plus de 10 ans, celui qui le dit n’a pas su proposer une réelle alternative et a englué son parti dans une molle alternance ! Aujourd’hui il se rêve en incarnation de la vérité, de la solution idéale. Les militants apprécieront !