Il y a cent cinquante ans, Jean Jaurès…

par · 3 septembre 2009

jean_jaures_03Les piétons du 19e arrondissement qui se baladent entre Stalingrad et la porte de Pantin ou les « vélibistes » de la Villette y penseront-ils quand ils fouleront du pied l’avenue Jean-Jaurès ? Nous fêtons le 150e anniversaire de sa naissance…

Il était né le 3 septembre 1859 à Castres. Il fut la grande voix de la gauche et le martyr de la paix. Il a marqué de son empreinte et de sa voix le socialisme français et européen qui fut capable de trouver les chemins de l’unité.

Dans notre époque où il faut être irrévérencieux, douter de tout, adorer ce qu’on a brûlé et brûler ce qu’on a adoré, Jaurès résiste aux procès posthumes et aux apostasies critiques. Il domine la plaine et alors que dans notre démocratie médiatique le zapping terrasse le débat et que les icônes sont parfois détournées par les publicitaires, Jaurès, dont il existe peu d’archives visuelles et pas d’archives sonores, fait encore recette. Au point même que la droite a tenté de s’en emparer. Mais comme il aurait dit : « quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots ».

Or les socialistes ont pour ambition de déranger le monde. Et pour cela, il faut avoir un rapport intime à la vérité. « Le courage c’est de rechercher la vérité et de la dire, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. » Voilà ce qu’écrivait le député de Carmaux. Une maxime d’une étrange actualité…

La gauche a changé depuis. Le langage aussi. Mais il y a toujours des exploiteurs et des opprimés. Cela ne signifie pas que son œuvre fut vaine, mais que les forces conservatrices qui étaient à l’œuvre à son époque, sont toujours présentes.

Nous nous souvenons aujourd’hui de la grande âme du socialisme qui fut tuée sous les balles d’un nationaliste à la veille de la Grande guerre. Or ce jour coïncide également avec le 70e anniversaire du déclanchement de la Seconde guerre mondiale. L’apôtre de la paix qu’il était, fut bâillonné pour que parlent les baïonnettes et on eut l’impression que la « Der des der » ne serait pas la dernière en 1939.

Aujourd’hui, l’Europe n’est plus celle qu’a connu Jaurès, menacée par le nationalisme allemand. Elle est unie dans la construction d’un espace de civilisation.

Mais les dangers extérieurs menacent. Jaurès avait été un combattant de la laïcité. Nous devons toujours faire face aux radicalismes religieux qui menacent l’égalité que seule la République peut garantir. Jaurès avait été un combattant de la justice sociale, le capitalisme financier transnational d’aujourd’hui nationalise les pertes alors qu’il privatise les profits. Jaurès avait milité pour l’unité du mouvement socialiste, la gauche française doit retrouver les chemins de l’union et créer les conditions d’un nouveau front populaire.

Voilà, pourquoi, Jaurès est toujours vivant et sa pensée toujours actuelle.