François Bayrou ou le mirage à gauche

par · 7 septembre 2009

bloc_note_copieV2.jpgJ’ai beau avoir lu et relu le discours de François Bayrou, je n’ai rien vu si ce n’est cette horrible formule d’offre publique de débat qui sous-entend, je suppose, d’achat. Non, en l’écoutant ou plutôt le regardant car maintenant entre la poire et le fromage, nous sommes en direct live partout. Donc, j’ai constaté que François Bayrou avait mis sa cravate. Là, je me suis dit : il s’est préparé. Mais sa proposition de débat me fait irrémédiablement penser « au dialogue idéologique » proposé par Guy Mollet au PCF à la fin des années 60 quand ce dernier voulait refuser le programme commun.

À part cela, François Bayrou veut combattre Sarkozy, ce qui est bien, tout en restant à droite, ce qui l’est moins. On aurait pu imaginer un geste fou : une demande de rencontre avec Martine Aubry. Nenni. François Bayrou veut rester l’antisarko de l’autre rive. Subordonnant sa tactique à l’objectif stratégique, rappelé par M. de Sarnez il y a quelques jours : François Bayrou doit être au 2e tour de la présidentielle.

Il a suffi d’une phrase. La main tendue est bienvenue, un tacle par derrière de l’UMP : « Bayrou a trahi ». Et François Bayrou sans bouger était déjà à gauche.

Le président du Modem a raté une occasion de clarifier sa position renvoyant à un Congrès l’aggiornamento idéologique mais déclinant en 12 points son « et et » et de droite et de gauche, verrouillant les primaires, évitant les régionales.

Nous ne sommes pas plus avancés. Si le dialogue doit être une vertu démocratique, la clarté est une éthique républicaine.

L’alternance n’a de sens que si c’est une alternative aux politiques de droite. Le sectarisme est évidemment à condamner, mais les faux-semblants aussi. Au passage, François Bayrou fait du PS l’interlocuteur principal de l’alternance. Merci mais ce n’est charitable ni pour les Verts ni pour les autres. Bon, on a compris, François Bayrou ne change pas. C’est toujours la stratégie de V. Giscard d’Estaing : rassembler deux Français sur trois. Ce dernier s’était distingué des gaullistes puis avait réussi à capter une partie du désir de changement dans les deux camps.

Tout cela ne nous avance pas beaucoup. C’est le mirage à gauche de François Bayrou.

Les commentaires2 Commentaires

  1. topaz dit :

    Je suis assez d’accord avec le début du commentaire précédent. « Le mirage à gauche » me paraît être une métaphore excessive, dont le PS n’a pas les moyens aujourd’hui. Pourquoi F. Bayrou vendrait-il son âme au PS ? Pour faire plaisir à M. Aubry qui lui demande de jouer l’écolier qui a bien compris ? Reconnaissez, que ce serait un peu réducteur pour quelqu’un qui a fait un score non négligeable à la Présidentielle de 2007. « La première marche vers une alternance crédible, c’est la reconnaissance et le dialogue entre tous ceux qui souhaitent cette alternance ». F. Bayrou propose le dialogue, il est certainement le seul chemin de la vérité … En clôture de La Rochelle, M. Aubry a été « cette dame de fer » qu’il fallait qu’elle soit, mais probablement un peu trop psycho-rigide dans son invite au Modem qui nous rappelait un peu son acharnement sur les 35 heures.
    François de Rugy disait dans la presse d’hier deux choses intéressantes. »La politique ce n’est pas faire des soustractions, mais des additions, voire des multiplications » et aussi cette réponse à la question François Bayrou est-il de gauche ? « Est-il plus ou moins à gauche qu’un Dominique Strauss-Kahn, on peut se le demander ? » On pourrait aussi se poser une autre question dans ce contexte sinueux des alliances. Si ce dernier avait été en lice en 2007 comment aurait-il gagné l’élection ? Bien évidemment avec les voix complémentaires de la droite et du centre. Alors mirage à gauche non, virage à gauche toute … attention !

  2. ASHC du PS dit :

    On devrait accueillir la proposition de Bayrou avec davantage d’humilité et de réalisme. C’est absurde de vouloir que le MODEM passe à gauche et qu’il se prononce sur des propositions socialistes pour les Présidentielles de 2012. Ce n’est pas la question.

    Posons-nous les bonnes questions ?
    Sommes–nous crédibles avec notre projet de société unique pour les Présidentielles et les Législatives de 2012 ?

    Existe-t-il un électorat susceptible de voter en majorité aux Législatives pour un tel projet socialiste ou de gauche dont le coût en milliards d’euros découragera les électeurs comme en 2007 ? La gauche n’atteint pas les 40% de voix et même sur 26 millions de votants, il manquera des millions de voix, davantage qu’aux présidentielles où les électeurs ne se prononcent pas sur un programme mais sur une personnalité.

    Rappelons le 1er Tour des Présidentielles de 2007 en nombre de voix pour déterminer le volume de la clientèle électorale à cibler et les millions de voix à attirer et à déplacer à gauche ou dans l’opposition pour espérer gagner:
    – Sarkozy : 11 450 302 voix soit 31,18 % des 44 millions d’inscrits
    – Royal : 9 501 295 voix soit 25,87 %
    – Bayrou : 6 820 914 voix soit 18,57 %
    avec 7 130 729 d’abstentions : soit 16,03 %

    2ème tour
    – Sarkozy : 18 983 138 voix soit 53,1 %
    – Royal : 16 790 440 voix soit 46,43 %

    Aux législatives, le PS ne fait que 6 millions de voix et les abstentions passent à 17 millions.

    Comment osons-nous avancer notre projet de gauche pour gagner les Présidentielles avec cette assise électorale et des volumes de voix énormes à déplacer pour gagner.
    Le programme commun avec le MODEM existe, c’est le Président-Arbitre dans le cadre d’une vraisemblable cohabitation. C’est le plan B à prévoir dans le projet du PS pour obtenir un accord minimum avec le MODEM et rien de plus !