A propos de l’abandon du bouclier antimissile par les Etats-Unis

par · 23 septembre 2009

Voici le texte de mon intervention au Bureau national d’hier sur l’abandon par les États-Unis du bouclier antimissile.

Vers une redéfinition de la politique internationale et militaire américaine

L’abandon du bouclier antimissile s’inscrit dans la volonté de Barack Obama de rompre avec la politique étrangère des Etats-Unis et ses options stratégiques telle qu’elles ont été définies par les néo-conservateurs et appliquées par Georges Bush. Avec cet abandon, l’on voit également une réorganisation de la politique de défense américaine.

Après avoir fixer un calendrier de retrait en Irak, une nouvelle approche des relations entre les Etats-Unis et l’Iran et même ses hésitations à répondre favorablement à l’envoi des troupes supplémentaires en Afghanistan demandé l’état-major de l’armée et le commandant en chef des forces américaines, la décision sur le bouclier antimissile était attendue.

Une nouvelle donne dans les relations entre les Etats-Unis et la Russie

Georges Bush justifiait l’installation des intercepteurs à long porté en Pologne et un système de radar en République tchèque pour contrer l’Iran qui développait un programme balistique et nucléaire. En réalité, ce programme  était destiné à contrer la Russie. La crise géorgienne, les relations privilégiées avec l’Iran, un nouvel activisme au Moyen-Orient ont rappelé que sous les décombres de l’Union soviétique, la Russie demeurait une grande puissance avec son potentiel énergétique, sa puissance nucléaire et une zone d’influence qui la place aux confins de plusieurs ensembles géostratégiques d’importance. La Chine, l’Europe, l’Inde, le Caucase et l’Iran. Georges Bush voulait contenir la Russie.

Obama souhaite « inventer » de nouvelles relations entre son pays et la Russie, il doit, à la suite d’un Reagan qui, avec Gorbatchev, avait dû tenir compte d’une nouvelle donne à Moscou, théoriser un rapport nouveau.

C’est une des raisons essentielles de l’abandon de ce bouclier car pour inventer de nouvelles relations entre une « nouvelle génération » de dirigeants, Washington ne peut considérer d’entrée de jeu Moscou comme un ennemi. Il s’agit en effet, de réduire les justifications d’une agressivité ou d’une « paranoïa » russe. Il s’agit, comme l’a dit le Président américain, d’enrôler en quelques sortes la Russie dans la lutte contre les menaces présentes dans la région, ce qui inclut bien sûr l’Iran.

Le programme balistique et nucléaire iranien apparaissent, de son côté, moins avancé qu’on a prétendu. En fait, Bush s’était servi de l’Iran comme d’un prétexte alors que Téhéran n’a pas la capacité réelle de déployer des missiles à longue portée. En tout cas, pas dans les dix années qui viennent. Ce qui enlève du coup la justification « officielle » du bouclier antimissile.

Esquisse d’un renforcement du partenariat entre « l’Occident » et la Russie ?

Alors que depuis plusieurs années, les Russes voyaient l’OTAN comme un adversaire et s’opposait à son élargissement, ils se voient proposer maintenant un partenariat stratégique.

Cela, dit, Obama, n’a pas renoncé à une présence militaire ni une ligne de défense américaine dans cette partie de l’Europe.

Un « retrait » unilatéral était en effet impensable, ne serait-ce que pour faire taire les accusations de « capitulation » portées par les Républicains. À l’OTAN comme à Moscou, l’idée d’une entente entre les deux « grands » sur la défense européenne et sur une « zone de sécurité commune » en Asie centrale, notamment en Afghanistan, fait son chemin.

Cette évolution dans la politique américaine ouvre un espace intéressant pour la définition d’objectifs européens en matière de défense car, si les Américains ne reculent pas sur leurs options stratégiques, il y a une volonté de « détente » dans la relation avec la Russie. Ce qui permettrait à l’Europe de se hisser au-dessus du statut de tutelle américaine sous laquelle elle se trouve et de se placer entre troisième partenaire du dialogue stratégique entre Américains et Russes qui concerne l’Europe et une bonne partie de l’Asie.

Les commentaires1 Commentaire

  1. perruque dit :

    Aujourd’hui, avec Obama, nous avons affaire à un ‘gentil’, tout au mois en comparaison du faiseur de guerre précédent. Mais que se passera-t’il ‘demain’ aux prochaines élections US ?

    Les USA manipulent la communication au niveau mondial. Par exemple, ils ont mis en avant le cas de la Grèce pour qu’on oublie leurs propres difficultés : un taux de chômage qui avoisine les 20% si on tient compte des emplois précaires (et peut-être 50% dans les classes défavorisées), plus de ressources externes pour financer leur économie (baisse des ventes des bons du Trésor), un déficit abyssal, des fermetures d’écoles publiques à Kansas City ou de brigades de pompier à New-York, des oligarques (les banquiers de Wall Street) qui bataillent contre une régularisation de la Finance demandée par le monde entier, etc etc…