9 novembre 1989: le jour qui ébranla le monde

par · 9 novembre 2009

Personne ne regrettera que les événements de 1989 à 1991 aient abouti à l’effondrement du Bloc soviétique. Pourtant, derrière l’hymne à la liberté entonné à l’unisson par les conservateurs européens à l’occasion de ce vingtième anniversaire, il y a une double ambiguïté. Le monde occidental a vu sa domination sans partage. Ce fut la base de la politique de Nicolas Sarkozy et les raisons de son alignement sur les USA. Et la victoire totale du libéralisme économique fut contrariée par une crise sans précédent depuis 1929.

Si la chute du Mur a consacré l’échec de l’économie planifiée, la crise a fortement prouvé l’échec de la toute puissance du capitalisme. Qu’on ne s’y trompe pas, il y aura une réécriture de l’Histoire, une ré-interprétation des faits et une récupération de l’événement.

La chute du mur fut une formidable victoire de la démocratie et l’aboutissement d’un combat des socialistes car, n’en déplaise aux partisans de la confusion, le socialisme, le vrai, s’est toujours conjugué avec la liberté et la démocratie. La social-démocratie, dès les origines, n’a jamais ignoré la véritable nature du système soviétique. Il suffit de lire les textes du théoricien allemand Karl Kautsky, ceux de Rosa Luxemburg, et le discours de Léon Blum au congrès de Tours. À gauche, « on a toujours su ». C’est la raison pour laquelle, les sociaux-démocrates n’ont cessé de tendre la main tout en gardant les yeux ouverts car ils croyaient dans la prophétie de Léon Blum. D’ailleurs, dans les racines lointaines du grand bouleversement de 1989, on trouve le choix de l’Ostpolitik du chancelier social-démocrate Willy Brandt. Les révoltes populaires de 1953, de 1956, de 1968, de 1971 ou de 1980 en RDA, dans les chantiers navals de Gdansk, de Szceczin, dans les rues de Budapest ou de Prague ont démontré que même derrière le rideau de fer, la résistance existait, obstinément malgré la répression.

Avec la Chute du Mur, on en a fini avec un monde bipolaire. Pendant les dix ans qui ont suivi, on a alors eu l’illusion que seule demeurait l’hyperpuissance américaine, que seule avait triomphé la toute puissance du marché. Bref, c’était « la fin de l’Histoire ». Et puis la guerre est revenue en Europe avec la fin de l’ex-Yougoslavie où, pourtant, le modèle titiste avait été admiré parfois dans certains cercles de la gauche française; la mondialisation a montré qu’elle n’était pas si heureuse; les conflits régionaux n’étant plus « contenus » dans le cadre de la Guerre froide, ils se sont multipliés; avec l’échec du communisme, les intégrismes religieux ont continué leur développement avec le recours à la violence terroriste, non plus contre des avions ou des magasins, mais en frappant au cœur des nations, comme ce 11 septembre 2001 à New York et Washington.

Il y a d’autres murs à abattre. A Pyongyang, à Saigon, Pékin ou la Havane. Des murs ailleurs d’une autre nature, l’oppression politique continue, l’injustice sociale s’accroît et la nature s’abîme. Voilà pourquoi le combat n’est jamais fini.

Hommage donc aux anonymes, aux dissidents célèbres, aux hommes et aux femmes ordinaires, l’engagement des intellectuels, le courage de cadres du « Parti » qui ont su dire « non », parfois en y laissant la vie. S’il y a une leçon à retenir, c’est que rien n’est immuable. Lorsque les peuples s’emparent de leur histoire. S’il y a un enseignement à méditer, c’est que le monde de l’après-crise n’est pas unipolaire, mais multipolaire. Dans ce nouveau monde, l’Europe se doit d’être au rendez-vous de l’Histoire.