Article dans Libération: Au PS, Jean-Christophe Cambadélis chante l’international

par · 12 décembre 2009

Libération a publié un reportage dans son édition du vendredi 11 décembre que je vous propose de retrouver ci-dessous:

Habitué aux arcanes du parti, le secrétaire national chargé de l’étranger doit faire preuve de diplomatie. Sauf à l’égard du chef de l’Etat, qu’il a publiquement étrillé hier.

Par DAVID REVAULT D’ALLONNES

On n’attend pas vraiment, d’ordinaire, le PS sur ce terrain-là. Ni, d’ailleurs, le député de Paris Jean-Christophe Cambadélis, jusqu’ici plutôt estampillé grandes manœuvres de congrès et flingage avec le sourire. Mais c’est bien à l’action diplomatique du Président que s’en est pris, hier lors d’une conférence de presse, le secrétaire du PS aux relations internationales : «C’est la politique des faux-semblants. Nicolas Sarkozy est partout, mais la France n’est nulle part.» Et de décliner. Les relations franco-américaines, où Sarkozy est selon lui «passé d’une position pro-Bush à une position anti-Obama». L’Afrique, où «on est passé de l’absence de complexe, avec le discours de Dakar, à l’absence tout court». Le Vieux Continent, où «la France substitue au projet européen une espèce de fédération franco-allemande». Conclusion : «Pour Sarkozy, les relations internationales sont un match dans lequel la France doit gagner. En mettant la main ou non.»

Et le PS, dans tout ça ? Quelle est sa doctrine en matière d’affaires étrangères ? «La dernière fois qu’on avait défini une doctrine, il y avait encore le mur de Berlin», convient-il, avant de promettre une convention dans… «un an et demi». Son secteur a donc du pain sur la planche. Récit d’une journée du secrétaire à l’international.

10 heures

Au mur, un vieux «plan de Paris à vol d’oiseau», un tableau d’une artiste grecque et, bien sûr, un «planisphère politique». Dans un coin, table basse et canapés en cuir marron. Le responsable de l’international est bien mieux loti que la plupart des autres secrétaires nationaux : «Je reçois énormément», explique Cambadélis, qui invitait récemment des délégations des PC chinois, puis vietnamien. Car le job est aussi un «travail de représentation et de crédibilisation du PS» : «Pour les ambassadeurs, nous sommes tout de même un grand parti, susceptible de revenir au pouvoir. Ils ont besoin de savoir si c’est possible. Et qui ça pourrait être.» Mais pas question d’utiliser la fonction pour rouler pour son ami DSK, assure son premier lieutenant, qui jure vouloir prendre une certaine hauteur de vues : «Je ne voulais plus être l’homme de l’appareil. J’en avais marre d’être le sniper, l’homme des coups. Il y a un temps pour tout.»

11 heures

Réunion avec son adjoint, Laurent Baumel, et les permanents du service. Dans le viseur, des horizons plus lointains. L’Inde et le Japon en janvier. Le congrès du Parti des travailleurs brésilien en février. L’Afrique de l’Ouest au printemps, avec Martine Aubry. «Vous allez croiser le FMI», glisse Laurent Baumel, lui aussi proche de DSK, qui chambre : «Quand t’es de passage à Paris, tu nous préviens !» Une permanente recense les demandes de rencontre avec Martine Aubry : «Et le président de la République dominicaine ?» «Non», évacue Cambadélis. On passe ensuite au calage de la critique en règle du bilan de Sarkozy : «Attention au début de Copenhague ! On n’aura pas d’espace. Si Barack parle, je vais lui faire de l’ombre…»

12 heures

Réunion élargie en présence de l’ancien ministre de la Défense Alain Richard, de l’eurodéputé Henri Weber, et de plusieurs spécialistes. Le PS jouit d’un solide réseau à l’international. Experts, anciens ambassadeurs, militants de la «fédération des Français de l’étranger» du PS ou, plus discrètement, diplomates proches du PS et toujours en fonction, fournissent au parti la matière première pour pondre notes et communiqués. Karim Pakzad, coordinateur du service depuis vingt ans : «Certains le comparent à un petit Quai d’Orsay», qu’avaient en leur temps développé les premiers secrétaires François Mitterrand et Lionel Jospin. Au menu, le prochain raout de l’Internationale socialiste (IS). Des «échanges peu amènes de courrier avec le RCD tunisien [le Rassemblement constitutionnel démocratique de Ben Ali, ndlr]». Ou encore une «demande d’un prétendu parti social-démocrate, que nous considérons comme nulle et non avenue».

15 heures

Entretiens en série avec les responsables des zones régionales : Iran, Allemagne, Etats-Unis… La perspective change des bisbilles entre courants. Un invariant, néanmoins : «La politique reste la politique. Une part d’idéalisme, une part de réalisme, une part de rapport de force entre des êtres humains qui ont leurs ambitions, leurs faiblesses et leur heure de gloire…» De fait, le cas de Georges Frêche s’avère aussi délicat que celui d’Ahmadinejad… Mais, du premier, Cambadélis assure n’avoir cure, qui se désintéresserait de la cuisine des régionales : «C’est la première fois que je ne me suis absolument pas occupé des listes», jure-t-il. Avant de concéder avoir passé «un ou deux coups de fil…»