Article dans le Financial Times

par · 29 décembre 2009

Le Financial Times a publié un article que je vous propose ci-dessous traduit en français:

Quand Sarkozy gèle les relations avec Obama

Ben Hall, correspondant du Financial Times à Paris. 28 décembre 2009

Nicolas Sarkozy, le plus pro-américain des présidents français depuis un demi-siècle s’est refroidi sur Barack Obama, le plus populaire des dirigeants américains en France depuis des générations.

Il y a un an, M. Sarkozy était engagé dans une chamaillerie entre dirigeants européens pour savoir lequel d’entre eux serait le premier à décrocher une rencontre avec un Obama à peine élu. M. Sarkozy a décrit M. Obama comme « mon ami » après ne l’avoir rencontré qu’une seule fois quand ce dernier était encore senateur.

Mais depuis lors, le Président français a rompu avec son homologue américain sur une tout une série de sujets, au point que l’on se demande si M. Sarkozy n’est pas en train de revenir à une posture gaulliste, anti-americaine encore plus affirmée que chez son prédécesseur, Jacques Chirac.

« Il est passé d’une position pro-Bush position à une position anti-Obama, » explique Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national aux questions internationales de l’opposition socialiste. « Ni France ni le monde occidental n’ont à gagner quoique ce soit d’un échec de Barack Obama. C’est comme si le Président pariait sur cet échec qui isolerait la France dans l’Europe. »

Le gouvernement français a refusé la demande américaine d’envoyer plus de troupes en Afghanistan alors que plusieurs autres pays européens s’y préparent.

M. Sarkozy a exprimé sa frustration devant les propos équivoques de la Maison Blanche sur la manière de gérer les ambitions nucléaires de l’Iran et le fait que M. Obama souhaite à long terme à atteindre l’objectif d’un monde sans armes nucléaires.

La frustration de M. Sarkozy frustration a débordé en septembre dans un discours remarquablement incisif devant l’Assemblée générale des Nations unies.

« Nous avons raison de parler du futur, mais avant le futur, il y a le présent et le présent est fait de deux crises nucléaires majeures » déclarait M. Sarkozy, faisant allusion à l’Iran et la Corée du Nord. « Nous vivons. Dans un monde réel, pas un monde virtuel » ajoutait-il, à l’adresse des ambitions de désarmement de M. Obama.

Les différences de politiques ont été combinées par friction sur fond de chorégraphie et de symbolisme. L’Elysée est toujours piqué au vif par la visite de M. Obama en France pour les commémorations du Débarquement en juin, lors qu’il déclina une rencontre bilatérale supplémentaire avec M. Sarkozy.

La presse française rend régulièrement compte des commentaires peu flatteurs de M. Sarkozy à l’égard du manque d’expérience gouvernementale de M. Obama, la difficulté qu’il reconnaît lui-même à appliquer les promesses électorales ou le renversement de tendance.

Les différences de personnalité comptent également. M. Sarkozy est intuitif, impulsif et direct alors que les responsables français considèrent Mr Obama comme « réservé « .

Les actes essentiels du rapprochement entre la France et Washington – une ligne plus dure sur l’Iran et la promesse rejoindre le commandement intégré de l’OTAN, ont été réalisés avant l’arrivée de M. Obama. Mais à l’Elysée on prévient des limites à considérer cette relation à travers le prisme des personnalités

« Beaucoup des commentaires que l’on lit ici et là reflètent des différences de tempérament plutôt que des divergences fondamentales » estime un haut responsable. « Sur les fondamentaux, nous sommes plus proches du Président Obama que nous ne l’étions du Président Bush ».

Sur la régulation financière, le changement climatique, la gouvernance globale ou même l’Iran, les positions de Paris et Washington convergent dit ce haut responsable.

Comme son prédécesseur, M. Sarkozy joue des différences avec les E.U. pour des motifs de politique intérieur. Mais il y a une différence de taille. Alors que l’attitude de M. Chirac à l’égard des E.U. était motivée par la suspicion à l’égard de la puissance américaine, les frustrations françaises actuelles visent ce qui est perçu de la part de Washington comme de l’hésitation, voire de la faiblesse.

« Le paradoxe de la situation est qu’en termes de relations avec les E.U., il peut être un Chirac qui critique les Américains, mais dans une position à 180 degrés différente de celle de Chirac, » affirme François Heisbourg, conseiller à Fondation pour la recherche stratégique, un think tank basé à Paris.

« Il peut jouer la carte traditionnelle de l’anti-américanisme sans être sur une position fondamentalement l’anti-américaine ».