Intervention lors de la réunion des leaders du PSE

par · 26 mars 2010

Jeudi 25 mars, j’étais à Bruxelles où je suis intervenu lors de la réunion des leaders du Parti Socialiste Européen. Je vous propose de lire ci-dessous mon intervention.

Merci Poul, merci pour les mots sympathiques que tu as adressé à Martine Aubry  et au PS après notre belle victoire aux élections régionales. Merci Poul !

J’en profite pour te remercier de ce débat sur l’évolution de nos traités, pour faire face à la crise que nous traversons. Nous nous sommes quittés à Prague sur l’idée de faire du PSE une instance qui pèse sur les évènements. Aujourd’hui nous y sommes. Les propositions que préconise le PSE sont des repères et possiblement des solutions. Je vais y revenir.

George, qu’il me soit permis de te saluer au nom de Martine Aubry, qui ne peut pas être là aujourd’hui et vous demande de l’excuser. Nous voulons te dire combien ton sang-froid, ton élégance et ton courage font honneur à notre famille politique.

Sache que tes actes nous renforcent car nos peuples qui vivent la crise regardent avec attention comment les sociaux-démocrates se comportent.

Ce qui nous permet d’aborder notre sujet : aider la Grèce, c’est nous aider nous-mêmes. Et ceci pour trois raisons morales, politiques et économiques.

Morale d’abord,

Ce n’est pas G. Papandréou qui est responsable de la crise mais la nouvelle démocratie. Cette dernière aveuglée par le libéralisme a conduit le pays au bord de la banqueroute. Évidemment en fragilisant la Grèce, elle rendait celle-ci attaquable par les marchés, les spéculateurs sortis par nous tous de la crise. Les droites en Europe ont laissées faire et aujourd’hui elles se drapent dans l’orthodoxie pour stigmatiser les Grecs et leur gouvernement. Morale encore, on a dit aux Grecs « aides toi et après on verra ». Ces derniers ont adopté un plan d’austérité sans précédent et aujourd’hui on mégote chichement un soutien. Alors que les efforts n’iront pas au peuple Grec mais aux spéculateurs. Morales enfin.

Ce sont les états qui ont sauvé les banques et permis aux marchés de ne pas sombrer. Et à peine rétablies, celles-ci spéculent sur les déficits des états qui sont dus en grande partie à l’endettement public colossal pour renflouer les banques qui ont spéculé. Comment accepter que nos concitoyens payent deux fois. La première pour sauver le système bancaire, la seconde parce qu’ils ont sauvé le système bancaire.

Politique ensuite,

Il n’y a pas de pays laxistes et de pays égoïstes. Il y a des politiques laxistes et des politiques égoïstes. Ce sont les politiques des droites Européennes qui nous ont conduit là où nous sommes.

C’est Madame Merkel qui conduit une politique de déflation salariale pour rendre ultra-compétitive l’économie Allemande. Nos déficits sont souvent les excédents Allemands. Mais ce sont les salariés Allemands qui se serre la ceinture et les salariés Français, Espagnols et Italiens qui subissent le choc en retour.

C’est Nicolas Sarkozy qui creuse les déficits colossaux en France, qui maintient une politique fiscale favorable aux hauts revenus. Ces déficits affolent littéralement les décideurs Allemands qui ne veulent pas être entraînés.

Et c’est Mme Merkel et M. Sarkozy c’est-à-dire 40% du PIB Européen qui ont fermé les yeux sur les dérives du voisin pour continuer à conduire leur politique conservatrice nationale.

Le problème réside dans le fait qu’il n’y a pas de politique convergente.

Nous avons une monnaie commune mais pas de politique convergente.

Il est nécessaire de politiser et de pointer les responsabilités politiques et non nationales, car sinon ce sera la montée des préjugés et des nationalismes.

Ce national populisme est déjà à l’œuvre en Europe.

Et c’est précisément à ce moment-là que Mme Merkel adopte une posture « Bismarckienne » « on ne paiera pas » et en retour, le Président Français, étrillé lors des élections régionales, veut aller à droite et lui répond « on ne touchera pas à la PAC ou j’irais au clash ». Mais si chacun s’enferme dans ses logiques nationales c’est la fin de l’Europe. La situation est trop grave et je partage sur ce sujet le pessimisme de Joschka Fischer qui nous indiquait « la question Grecque était un test ».

Economique,

Les spéculations ne sanctionnent pas de bonnes ou mauvaises économies. Elle se jette sur les « bonnes affaires ». C’est une nuée de sauterelles qui s’abats sur le pays et s’en va quand il n’y a plus rien à prendre. Et elles s’en vont autre part, voilà pourquoi je partage l’avis de notre ami Hongrois. Il faut opposer au mouvement des spéculateurs un contre-mouvement. Il faut briser la spirale. Il faut le faire vite et ceci doit être durable.

Voilà pourquoi l’idée de modifier dans le traité les articles 143 et 122 règlerait d’un trait de plume tous les problèmes. On l’a fait déjà 3 fois pour les déficits.

Il suffit de dire que l’on élargit à la zone Euro le dispositif prévu pour les pays qui ne sont pas dans la zone Euro et nous avons un mécanisme Européen de soutien au pays qui cherche à se financer à des taux raisonnables.

Il ne faut pas attendre, comme le préconise Mme Merkel, qu’ils soient insolvables. Au contraire il faut agir pour ne soient pas insolvables.

La mise en place du mécanisme Européen de stabilité financière, qui protégera l’ensemble de la zone, serait en plus un facteur d’intégration Européenne.

Mais je crois au-delà qu’il faut travailler au renforcement du mode de gouvernance économique de l’Eurozone et l’établissement d’un véritable gouvernement « gouvernement économique » de l’Euro.

Je suis persuadée qu’une réponse ferme, claire et convergente arrêterait net la spéculation sur toute l’Europe. Sinon nous allons connaître des moments extrêmement difficiles. Les sociaux-démocrates Européens doivent saisir cette occasion pour indiquer qu’il existe une autre voie.

Certes il peut, vu le rapport de force, exister des compromis, d’autres solutions mais nous devons fermement proposer les nôtres. C’est une question d’identité, de dignité mais aussi d’efficacité.

Je vous remercie.

Les commentaires1 Commentaire

  1. steph33_1 dit :

    bonjour,
    en effet, l’absence de coordination qui conduit à la mise en œuvre de politiques économiques prédatrices nous entraine dans le cercle vicieux du chômage et des déficits. Bien que nous venions d’assister à la faillite de « l’ultra libéralisme », ce manque de cohésion pénalise la gauche. Le bouclier fiscal est justifié (si tant est qu’il soit justifiable) par le besoin impérieux de compétitivité. Mais aujourd’hui les limites de ces politiques sont perçues par l’opinion et la victoire du PS aux régionales montre un regain d’intérêt pour nos idées. Il faut pourtant sentir que dans le cadre d’élections présidentielles, cette situation de dumping nous mettra au tapi.
    Nous avons besoin d’unir les forces de gauche au niveau européen. Cela passe par les peuples et par plus de présence des leaders socialistes des pays de l’union dans la vie politique française. Si, à l’occasion de la crise grec, il y avait une manifestation européenne de solidarité, nous aurons fait un pas. La coordination des militants européens serait un signe fort d’une volonté d’intégration plus poussée susceptible d’ébranler la machine « ultra libérale ».