Hommage à Léon Blum

par · 31 mars 2010

Hier mardi, c’était le 60e anniversaire de la disparition de Léon Blum. Comme Mendes France qui fut son admirateur, Blum n’a pas gouverné longtemps, mais il a marqué la gauche et notre pays durablement.

Avec lui, il y eu beaucoup d’innovations. Premier gouvernement de toute la gauche avec le Front populaire. Premier chef de gouvernement d’origine juive, Premier gouvernement comprenant des femmes, Premier gouvernement à légiférer sur les congés payés pour tous, la semaine de 40 ans, la démocratisation du sport et des loisirs, à réussir une négociation entre le patronat et les syndicats, premier gouvernement à proposer une solution pour l’Algérie…

Le gouvernement de Front populaire, dirigé par Léon Blum est une des plus belles pages de notre histoire – ce gouvernement de « socialo-communistes » critiqué par l’extrême droite, la droite et des anciens socialistes comme Pierre Laval qui avait pourtant appartenu à cette famille politique.

Léon Blum c’est aussi l’intellectuel, le critique littéraire qui fut témoin de la manière dont, au moment de l’Affaire Dreyfus, la France pouvait, quand elle n’était pas sûre d’elle-même, donner le sentiment de se renier. On ne parlait pas précisément d’« identité nationale » à ce moment, mais elle était partout, notamment dans l’antidreyfusisme de la droite française avec son antisémitisme militant et ses flots de violence. Cette droite-là disposait alors de ses plus implacables théoriciens emmenés par Maurice Barrès et Charles Maurras.

La gauche avait pour elle Zola et Jaurès. Ces souvenirs sur l’Affaire firent de Blum un fervent socialiste, épris de passion pour le genre humain que la Guerre de 1914 avait cruellement ébranlé. L’homme était aussi un visionnaire. Né dans le pays de la Révolution française, il a su faire preuve de lucidité et de vision face à la Révolution russe qui posait question à la gauche. Prophète désarmé au soir du Congrès de Tours, le camarade Léon avait vu juste. Le bolchevisme déboucherait bien sur la dictature sur le prolétariat, la violence d’État et la destruction de la démocratie avec, au bout du compte, le dévoiement des idéaux socialistes.

Pourtant, Blum fut un champion de l’Unité de la gauche. Lui qui ne fut jamais le chef élu de son parti en fut la figure morale car il était l’héritier de Jaurès, celui qui exhortait les socialistes à être eux-mêmes, sans se soucier du « qu’en dira-t-on », celui qui incitait les socialistes à surmonter leurs peurs et à se préparer à la conquête et à l’exercice du pouvoir.

Blum fut aussi un juif de France, cible d’une presse virulente à côté de laquelle les chroniqueurs et autres polémistes d’aujourd’hui sont de doux agneaux dont certains lecteurs, activistes d’extrême droite, n’hésitèrent pas à passer à l’action. Blum qui parvint à faire vaciller ses juges à Riom en 1943, Blum qui connut l’enfer de la déportation… Blum dont l’un des derniers combats fut le soutien à la construction d’un Etat pour les juifs qui serait démocratique.

Quand on est socialiste, on ne peut pas se satisfaire de l’état des choses disait-il. On ne peut se contenter de l’ordre des choses. C’est son enseignement qui doit nous guider encore aujourd’hui car, en revisitant sa vie, on ne peut que constater une criante actualité de Blum.