Interview dans France Soir

par · 13 avril 2010

J’ai répondu à une interview de France soir que je vous propose ci-dessous:

France-soir: L’euphorie qui règne au PS depuis les régionales est-elle justifiée ?

JEAN-CHRISTOPHE CAMBADÉLIS : Mes amis s’enflamment un peu rapidement. Le PS a certes retrouvé une position d’alternance, mais il n’y a pas encore d’alternative : il nous manque un projet, des alliances, un candidat… Et, face à nous, la droite présentera un vrai candidat, quel qu’il soit. Nous sommes pour l’unité partout, à tout moment. Mais nous respectons le rythme de nos partenaires. Ce n’est pas à nous de décider de leur calendrier ni de leurs positions.

F-S : Existe-t-il, oui ou non, un accord entre Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry et Laurent Fabius selon lequel un seul d’entre eux se présentera à la primaire socialiste ?

J.-C.C. : Lors du congrès de Reims, où nous avons lancé la reconstruction du parti, nous avons estimé nécessaire de distinguer le choix du Premier secrétaire et de son équipe du choix, le moment, venu, du meilleur candidat à la primaire socialiste.

F-S. : Mais y-a-t-il un accord entre eux pour cela ?

J-C. C. Il n’y en a pas. Mais c’est la continuation logique de notre motion lors du congrès. Les socialistes ont perdu en 2007 parce qu’ils étaient divisés. Il faut faire en sorte qu’ils soient unis, cette fois, autour d’un candidat accepté.

F-S : Est-ce à dire que Strauss-Kahn, Fabius et Aubry peuvent tous les trois se présenter à la primaire ?

J.-C.C. : Ils en ont les capacités. Mais il n’y en aura qu’un. Parce que s’ils se présentent tous les trois, ça veut dire qu’on partage les voix du PS en trois. Il vaut mieux qu’au moment de la primaire, il y ait un seul candidat, soutenu par les deux autres.

F-S : Dominique Strauss-Kahn a-t-il envie d’y aller ?

J.-C.C. : Si son coeur est toujours en France, sa raison est occupée par le FMI. Pour l’instant, il n’a pas vraiment donné d’assurance de sa volonté de concourir. Mais il n’a pas dit qu’il ne le ferait pas. On est dans un entre-deux qui nous va bien, puisque le moment pour le PS est celui de l’élaboration d’une alternative crédible. On n’a pas besoin de lui demander de s’engager maintenant. Je crois que tout le monde l’a compris, d’autant que plus tard nous désignerons notre candidat, plus tard Nicolas Sarkozy saura qui il aura à affronter. Cela nous confère un petit avantage stratégique.

F-S : La question du calendrier est-elle tranchée ?

J.-C.C. : Il y a un consensus dans le PS pour que les primaires aient lieu à l’été 2011, pas trop tôt.

F-S : Ségolène Royal a laissé entendre qu’elle pourrait se présenter sans l’étiquette du parti…

J.-C.C. : Je ne pense pas que l’idée de Ségolène Royal soit de concourir en-dehors du PS. Et je ne le souhaite pas, pour elle comme pour nous. Elle désire que ces primaires soient massives, transparentes et ouvertes au plus grand nombre. Nous aussi. Si elle le souhaite – mais elle n’y est pas obligée-, elle pourra concourir.

F-S : Que pensez-vous de sa stratégie aux marges du parti ?

J.-C.C. : Sa déclaration sur TF1 était raisonnable : elle a dit qu’elle ne s’interdisait rien mais ne privilégiait pas sa candidature pour l’instant et qu’elle souhaitait peser dans les débats des conventions. C’est très bien.

F-S : Martine Aubry a laissé entendre que le quinquennat n’était pas forcément satisfaisant…

J.-C.C. : Le quinquennat est extrêmement rapide. Au bout de deux ans, on est déjà tourné vers la prochaine présidentielle. Il faut de la pédagogie, de la réflexion et du temps pour les réformes. D’où la question qui se pose d’un retour au septennat.

F-S : Êtes-vous prêt à participer à la réforme des retraites ?

J.-C.C. : Nous y participerons sous la forme que souhaitera l’Elysée, a minima sous la forme parlementaire. Il serait bon que, pour une fois, le gouvernement nous écoute. Nous avons des propositions à faire. On n’a pas exploré toutes les possibilités de compensations et de financement, notamment auprès des revenus du capital. Mais il ne serait pas compréhensible que, au nom de l’intérêt national, le PS accepte une réforme libérale.

F-S : Voterez-vous la résolution parlementaire contre le porte du voile intégral ?

J.-C.C. : On verra. Mais nous ne voterons pas la loi. Je considère que c’est un acte de faiblesse. La République est plus abîmée par le libéralisme ambiant que par quelques dizaines de burqa. Bien sûr, il faut les combattre. Mais la loi n’est pas une solution, et je ne vois pas comment on va l’appliquer.

F-S : Que vous inspire la contestation de Nicolas Sarkozy par sa majorité ?

J.-C.C. : Nous sommes passés de l’hyperprésident à l’hypoprésident. Nicolas Sarkozy est en baisse des sondages et dans sa majorité. Il est aujourd’hui dans une phase de primaire interne : il cherche à reconquérir son parti, ses parlementaires et son électorat. C’est dommageable pour l’intérêt de la France. Il tord sa politique pour recouvrir le terrain perdu au lieu de rassembler l’ensemble des Français.

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Les commentaires1 Commentaire

  1. topaz dit :

    Nous attendons vos propositions sur la réforme des retraites et vous êtes trop « naïfs » sur les intentions de Ségolène !