Le plan d’aide à la Grèce: Tardif, abrasif et non définitif

par · 4 mai 2010

Le plan d’aide à la Grèce peut se résumer en trois mots : tardif, abrasif, non définitif.

Tardif car le gouvernement Caramanlis a utilisé la manne européenne non pour booster la compétitivité, mais pour « acheter » la consommation. Tardif car le même gouvernement a maquillé les comptes pour éviter la banqueroute, puis il a démissionné. Tardif car l’Allemagne puis la France ont tardé à réagir en janvier. L’Allemagne, confrontée à ses élections et sûre de sa politique nationale de déflation salariale, la France, incapable de réagir à cause de ses déficits publics. Tardif enfin car il a fallu que le FMI s’en mêle pour que le Bundestag accepte de faire un geste car les députés allemands sont dépendants de l’arrêté « Lisbonne » de la cour constitutionnelle de Karlsruhe repose sur l’idée que la légitimité démocratique appartient au seul parlement national.

Abrasif car le plan de prêt a une contrepartie (nous allons voir pourquoi) drastique pour le peuple grec et termes de salaires des fonctionnaires, de la réduction du périmètre de la fonction publique, les retraites… Bref de la dépense publique, mais aussi en termes de hausse de la TVA.

Enfin, non définitif car les marchés vont à l’évidence « pulser » du pessimisme et tenter de nouvelles spéculations. Et lorsqu’on regarde les déficits publics de la zone euro, il a de quoi. Regardons les chiffres !

Allemagne
Déficit public 3,3% du PIB (2009)
Dette publique 73,2% du PIB

Autriche
Déficit public 3,5% du PIB
Dette publique 66,5% du PIB

Belgique
Déficit public 6 % du PIB (2009)
Dette publique 96 % du PIB

Chypre
Déficit public 6,1% du PIB (2009)
Dette publique 73,2% du PIB

Espagne
Déficit public 11,2 % (2009)
Dette publique 53,2% du PIB

Finlande
Déficit public 2,2 % du PIB (2009)
Dette publique 44% du PIB

France
Déficit public 7,9 % du PIB (2009)
Dette publique 73,2% du PIB

Grèce
Déficit public 13,6% du PIB (2009)
Dette publique 115,1% du PIB

Irlande
Déficit public 14,3 % du PIB (2009)
Dette publique 64 % du PIB

Italie
Déficit public 5,3 % du PIB (2009)
Dette publique 115 % du PIB

Luxembourg
Déficit public 0,7% du PIB (2009)
Dette publique 15% du PIB

Malte
Déficit public 3,5% du PIB (2009)
Dette publique 70 % du PIB

Pays-Bas
Déficit public 5,3 % (2009)
Dette publique 60,9 % du PIB

Portugal
Déficit public 9,4 % du PIB (2009)
Dette publique 76,8% du PIB

Slovaquie
Déficit public – 6,8 % du PIB (2009)
Dette publique 35,7% du PIB

Slovénie
Déficit public 5,4% du PIB (2009)
Dette publique 35,9 % du PIB

Et encore, les chiffres ne sont pas ceux de 2010. Tant que les Européens ne construiront pas une politique coopérative économique pour la zone euro, évidemment, l’euro sera en position de faiblesse soit trop haut, soit trop affaibli.

> Comment la Grèce en est-elle arrivée là ?

La Grèce souffre d’un double problème. Celui que tout le monde voit : le déficit et la dette. Celui que l’on voit moins : la perte de compétitivité. Ce second problème devrait être en partie traité par une dévaluation, impossible dans le cas d’une union monétaire. La déflation devient malheureusement inévitable sauf à continuer à s’endetter pour vivre au-dessus de ses moyens, ce qui a été pratiqué longtemps et n’est plus possible aujourd’hui. Le redressement de l’économie grecque suppose par conséquent d’apurer le passé (s’attaquer aux problèmes budgétaires chroniques) ; de préparer l’avenir (mesures pour relancer la compétitivité). Mais aussi de revoir le système fiscal notoirement passoire où les plus riches ne payent pas l’impôt. Il s’agit donc d’un redressement très difficile pour le peuple grec et qui est dû à l’incurie du gouvernement Caramanlis.

Les européens ont été très lents, trop lents. Nous venons de le dire. L’Union est incapable de gérer les crises. La crise grecque a démontré, d’une part, que les mécanismes de prévention des crises ne fonctionnent pas (le pacte de stabilité reposant sur une surveillance mutuelle des finances publiques a été incapable de voir ou d’enrayer la dérive des comptes grecs) et, d’autre part, que les européens ne disposent pas de mécanismes de gestion des crises, hors la mise en place désordonnée mécanismes ad hoc qui désorientent les marchés.

Le gouvernement économique de la zone Euro (l’Eurogroupe) n’a pas été à la hauteur des enjeux,  10 ans après sa création, et il faudra tirer les leçons de la crise à la faveur des travaux du groupe des Ministres des Finances qui doit bientôt préparer des améliorations institutionnelles.

Les idées de restructuration de la dette avancées par certains, outre qu’elles ne règlent pas le problème de la compétitivité, ont des effets de contagion extrêmement risqués, notamment sur le Portugal puis l’Espagne, sans parler de l’Italie.

> Quel est le contenu du programme grec ?

Le programme s’engage sur deux fronts.

Il s’agit d’abord d’apurer le passé, sur le plan budgétaire. Á fin 2009, le déficit budgétaire atteint 13,6 % du PIB, et la dette publique 115 % du PIB. Les recettes ne couvrent que 2/3 des dépenses de l’Etat grec, qui ont doublé en 10 ans.

Il s’agit également de préparer l’avenir. L’accès à du crédit peu coûteux grâce à l’appartenance à la zone euro a été employé pour nourrir la demande au lieu de renforcer les capacités de production et d’exportation. La compétitivité du pays a diminue de 25% depuis l’adoption de l’euro.

Pourquoi ces coupes de salaires dans la fonction publique ?

Les mesures pour 2010 comprennent une réduction des salaires et des pensions dans le secteur public. Ces mesures sont inévitables : ces deux postes constituent 75 % (hors intérêts sur la dette) des dépenses publiques.

> Pourquoi augmenter l’âge de la retraite ?

L’âge minimum actuel de départ à la retraite à 53 ans, ce qui n’est pas quand même sans souci, et par conséquent avec les autres régimes de retraites dans la zone euro. La Grèce doit sauvegarder son système de sécurité sociale (dont les coûts sont parmi les plus élevés dans l’UE).

> La Grèce peut-elle connaître un retour à la croissance avec un tel programme ?

Personne ne nie que le redressement sera délicat car il ne pourra pas s’appuyer sur une hausse automatique des recettes fiscales suscitées par la croissance : la récession sera cette année encore plus grave que prévu, avec une chute de 4 % du PIB anticipée par le gouvernement, contre les 2 % annoncés.

Mais l’ambition est de corriger les problèmes structurels et de générer plus de croissance et d’emplois à l’avenir. L’ajustement budgétaire est ambitieux  mais il y a des marges pour éliminer les dépenses inutiles et pour répartir la charge fiscale d’une manière plus efficace et plus équitable. Et l’alternative serait pire pour la population qui est déjà engluée dans un cycle faible croissance / chômage élevé.

> Un pays a-t-il jamais entrepris un tel niveau d’ajustement budgétaire ?

Plusieurs pays industrialisés ont réussi dans les années récentes des programmes difficiles d’ajustement budgétaire. Le Canada est ainsi passé, entre 1995 et 1998, d’un déficit budgétaire de près de 6 % du PIB à un léger excédent budgétaire. Dans les années 1990, la Suède s’est aussi pliée à un plan d’austérité budgétaire avec comme résultat un déficit public passant sous la barre des 3 % du PIB en 1997, alors qu’il avoisinait les 16 % en 1993. L’Irlande, souvent prise comme exemple dans la crise grecque, veut ramener son déficit public sous la barre des 3 % du PIB en 2014 contre 11,6 % en 2009.

> Peut-on en rester là ?

Évidemment non car l’euro est une cible et les déficits publics une faille exploitable par les marchés sonnés précisément par l’endettement public.

Il semble impossible de demander un retour au pacte de stabilité comme le demandent les Allemands et plus étonnement Paris. Il serait plus judicieux de faire un moratoire comme le réclame le Président du Parti socialiste européen, Poul Nyrup Rasmussen. Il faut reconstruire le pacte franco-allemand sur d’autres bases que le status quo entre la déflation salariale allemande et les déficits français. Construire  avec ces derniers un pacte de stabilité social, un gouvernement économique et pourquoi pas, la création d’une agence de notation publique des dettes souveraines. Pour changer l’Europe.