Quand DSK parle.

par · 5 mai 2010

Le parisien publie une interview de Dominique Strauss-Kahn que je vous propose de lire ci-dessous:

DSK : « Je comprends la colère de la population grecque»

Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a accordé à notre journal sa première grande interview depuis son intervention dans la crise grecque. Actuellement à l’étranger, DSK s’apprête à rentrer à Washington pour présider dimanche une réunion du FMI afin d’avaliser le plan massif concernant la Grèce.

Le plan très dur appliqué à la Grèce ne risque-t-il pas de faire flamber le chômage et de tuer la croissance en diminuant le pouvoir d’achat ?

DOMINIQUE STRAUSS-KAHN. Le plan a un objectif : sauver la Grèce. Ce pays est aujourd’hui confronté à deux problèmes : une dette trop forte et une compétitivité trop faible. Il est au bord de la faillite et n’aurait bientôt pas pu payer ses fonctionnaires. Il faut arriver à fermer les robinets qui fuient et que les Grecs arrêtent de s’endetter tous les jours à des taux de marché de plus en plus prohibitifs, tout en réformant l’économie pour retrouver les conditions de la croissance. C’est une sortie de crise douloureuse et difficile pour les Grecs, mais il n’y a pas d’autres solutions quand on est dans une telle situation.

Le FMI a-t-il posé des conditions pour son intervention ?

Lorsque le FMI est intervenu, la plupart des éléments du plan avaient déjà été définis entre les Européens et la Grèce. Le FMI a apporté son expérience de ce type de crises, qui étaient mal connues des Européens, tout en insistant sur trois points. Premièrement, il nous semblait déraisonnable de vouloir ramener les Grecs de plus de 13 % de déficit à 3 % d’ici à 2012. Nous avons insisté pour que cet objectif soit étalé jusqu’en 2013-2014. Deuxièmement, nous avons convaincu les Européens qu’il fallait mettre la Grèce à l’abri de la spéculation pendant dix-huit mois. Pour que les Grecs n’aient plus du tout besoin d’aller emprunter sur les marchés, il fallait engager des sommes beaucoup plus considérables que ce qui était prévu initialement : ce sera finalement 110 milliards d’euros, dont 30 apportés par le FMI. Troisièmement, comme dans tous les programmes mis en place par le FMI depuis la crise globale des deux dernières années, j’ai veillé à ce que l’on protège les plus vulnérables, ceux qui ont les plus petits salaires ou les plus petites retraites.

Le plan ne va-t-il pas doper l’économie parallèle ?

Ce risque existe dans un pays où l’économie grise ou parallèle est très importante. C’est pour cela que le FMI a insisté pour mettre dans le plan beaucoup de mesures destinées à lutter contre la fraude fiscale et la corruption. Dans l’intérêt des Grecs, il faut remettre en place une administration et des services publics qui fonctionnent de la même manière que dans les autres pays de la zone euro.

Aujourd’hui a lieu une grève générale. Comprenez-vous la colère des Grecs ?

Je comprends tout à fait la colère de la population grecque, son incompréhension devant l’ampleur de la catastrophe économique, et je mesure les sacrifices qui sont nécessaires. Mais il faut qu’elle comprenne que les Européens et le FMI viennent là pour les aider, à la demande de leur gouvernement. S’ils ne le faisaient pas, la situation serait infiniment plus dramatique encore. C’est comme un ménage surendetté qui irait voir son banquier : il faut trouver la solution pour obtenir l’argent dont il a besoin et s’assurer qu’il sera en mesure de rembourser le prêt.

Que se passera-t-il si les Grecs ne mettent pas en œuvre toutes les mesures d’austérité ?

Les plans font l’objet d’un suivi tous les trois mois. Si les mesures qui devaient être prises ne l’ont pas été, sans que cela soit imputable à des causes extérieures, la communauté internationale pourrait être amenée à se retirer. Mais on n’en est pas là du tout ! Au contraire, je note que les dirigeants grecs sont décidés à aller au bout de ce programme grâce auquel finalement les finances publiques grecques se redresseront.

Les Européens empruntent à 3 % et vont prêter à la Grèce à 5 %. Est-ce bien solidaire ?

Je trouve en effet que le taux auquel les Européens prêtent aurait dû être égal à celui du FMI qui est plus faible de plus d’un demi-point. L’une des raisons est que les Européens prêtent à taux fixe et le FMI à taux variable. L’autre raison est que les Européens, pour des raisons légales (notamment pour les Allemands qui sont les plus gros contributeurs), n’ont pas le droit de faire de subventions. Mais je pense qu’on aurait pu faire un effort plus grand car moins on prête cher, mieux on aide les Grecs.

Certains parlent d’exclure la Grèce de la zone euro…

Ils ont tort : si des pays sortaient de la zone euro, cela pourrait être la fin de l’euro. En revanche, il n’est pas possible de continuer sans une meilleure coordination des politiques économiques. Je fais partie, avec beaucoup d’autres, de ceux qui le réclament depuis longtemps. Hélas, depuis dix ans, cela n’a pas assez avancé. On voit aujourd’hui l’urgente nécessité de ce fameux gouvernement économique que beaucoup réclament et sans lequel l’euro ne sera pas vraiment terminé.

Existe-t-il un risque de contagion de la crise grecque en Europe ?

Il y a toujours des risques. On a cité le Portugal mais il est déjà en train de prendre des mesures et les autres pays sont dans une situation beaucoup plus solide. Il faut réussir à éviter la contagion : le plan grec a été dimensionné aussi pour cela. Il faut cependant que chacun reste extrêmement vigilant.

La France pourrait-elle être touchée ?

Il n’y a pas de risque réel pour la France, ni pour l’Allemagne ou les grands pays européens.

La création d’une agence de notation dépendant de la Banque centrale européenne est-elle souhaitable ?

Les agences de notation doivent pouvoir remplir un rôle utile car elles fournissent une information dont les entreprises et les pays ont besoin. Le problème est qu’il y a souvent beaucoup de conflits d’intérêts dans ces agences de notation. Comme l’information est un bien public, l’idée des Européens d’avoir une agence de notation publique est heureuse.

Que peut-on faire pour lutter contre la spéculation ?

La meilleure mesure contre les spéculateurs est tout simplement de leur faire perdre de l’argent. C’est pour cela que le FMI a beaucoup poussé pour qu’on mette la Grèce à l’abri des marchés pendant dix-huit mois. Tous ceux qui ont parié que la Grèce allait s’effondrer dans les prochains mois en seront pour leurs frais !

Comment accueillez-vous les appels en France en faveur de votre candidature pour 2012 ?

C’est toujours sympathique mais aujourd’hui je n’ai pas d’autre préoccupation que la fonction que je remplis et qui suffit, croyez-moi, à occuper toutes mes heures.

Quand annoncerez-vous votre décision ?

A temps, comme, je suppose, tous ceux qu’on prétend, souvent à tort, être concernés par cette question-là !

PROPOS RECUEILLIS PAR MARC LOMAZZI ET PHILIPPE MARTINAT

catégorie Actualité, Médias

Les commentaires7 Commentaires

  1. Catherine Sigiridou-Schlepp dit :

    Moi, non, même en tant que Grecque je réponds clairement : non, je ne comprends pas la colère des Grecs. En tout cas, elle ne doit pas se diriger contre le FMI, ni l’Union Européenne. Les Grecs peuvent être en colère contre les responsables politiques qui les ont mis dans cette situation (les gouvernements grecs précédents), mais une petite introspection, quant à leur propre moralité fiscale, ne leur ferait pas de mal non plus (lire mon article : Crise grecque, qui est responsable ?).

    Y avait-il une autre solution pour la Grèce ?

    La réponse est clairement non ! Avec une dette de 265 milliards d’euros pour 11 millions d’habitants, soit presque 25.000 euros par tête d’habitant, enfants compris, la Grèce est endettée jusqu’au cou !

    Si le pays s’était mis en cessation de paiement, cela aurait certes permis la renégociation de sa dette, mais ceci aurait aussi impliqué sa sortie de la zone euro : dans cette hypothèse, la Grèce aurait subi une dévaluation de sa monnaie d’au moins 30%. Peu demandé sur le marché des devises et dans un contexte d’incertitude économique maximale, la drachme aurait eu beaucoup de mal à se stabiliser. Inutile de vous dire que ceci aurait aggravé considérablement la situation de la Grèce. De plus, dépendante de ses importations, la Grèce ne profiterait nullement d’une dévaluation de sa monnaie pour booster ses exportations, comme cela aurait pu être le cas pour d’autres pays. Si, déjà aujourd’hui, le Gouvernement grec ne sait pas comment faire pour rembourser cette dette immense, je ne vois vraiment pas comment il arriverait à le faire en sortant de la zone euro.

    Le plus de dose sociale dans les mesures imposées aux Grecs que certains réclament à tort et à travers, en apportant leur regard franco-français sur la question, est un luxe que la Grèce ne peut pas se payer pour le moment. Même si dans le plan d’austérité présenté par le Gouvernement grec, les fonctionnaires et les retraités sont les premiers nommés à en subir les effets, à terme, ce sera tout le monde qui devra mettre la main à la poche, comme en témoigne l’ensemble du paquet de mesures destinées à la réduction du déficit (réduction des dépenses d’une part, mais aussi augmentation des recettes fiscales d’autre part) dont la presse n’a divulgué qu’une infime partie. Même si le fonctionnement de l’Union Européenne n’est pas parfait, la Grèce a néanmoins pu profiter de son appartenance à l’Union Européenne. La question qu’il faut se poser, ce n’est pas est-ce que tout va bien pour la Grèce maintenant, mais plutôt dans quelle situation aurait été la Grèce aujourd’hui sans l’aide de l’Union Européenne et du FMI ?

  2. topaz dit :

    Amusant d’entendre Moscovici dire de dsk « c’est le meilleur d’entre nous » … Ah, il parodie quelqu’un. Avec le temps et quelques sondages le cimetière des éléphants re-devient un lieu fréquentable !
    Mai 2006 : 365 jours, mai 2010 : la plume de Cassandre, mai 2011 : 365 jours pour convaincre -pas la gauche- mais la France. Décision de Sarkozy : automne 2011, avant ou après le G 20, avant ou après le choix de dsk ? 1er novembre, 4 ans de FMI, 2 novembre, date empreinte de symboles et oh combien symbolique … Rato a démissionné pour raisons familiales, son successeur pourrait être amené à le faire pour raison d’Etat. Les Américains ont une longueur d’avance sur nous, ils parient déjà sur la date …

  3. topaz dit :

    Quand DSK parle … « Il y a deux sortes de défis à éviter : ceux qu’on ne peut pas réussir et ceux qu’on ne doit pas rater » …

  4. topaz dit :

    Minc, Patriat, Valls, Le Pen, Chirac, Sarko et tous les autres … Une interrogation qui réunit, qui inquiète, qui agace … la gauche, la droite, les politiques et les intellectuels, les sondés et les sondeurs. Dominique rime avec politique. Il s’est fabriqué une histoire, il lui laisse vivre sa petite vie d’histoire … pour l’instant !

  5. topaz dit :

    Réponse de DSK « à temps » … ce temps incertain dans le ciel socialiste !Cruel dilemme pour lui, coincé dans ses fonctions. Cruel dilemme pour le PS contraint de préparer une primaire qui n’aura peut-être pas lieu. Si DSK annonce sa candidature, il reste à espérer que les autres postulants retirent la leur sur le champ. Cruel dilemme pour Sarkozy qui ne veut pas y croire. Cruel dilemme pour toute la gauche, strausskahnophile à moitié, mais désireuse d’un retour au pouvoir … Lorsque ce « temps » tant attendu sera venu la gauche française n’aura plus celui de la réflexion. Elle aura son « leader », il sera le seul ou il ne le sera pas. Elle gagnera ou perdra encore …

  6. topaz dit :

    @ Guillaume – Les socialistes français n’auront pas une « troisième » chance DSK. Martine Aubry est le maillon nécessaire qui a fort à faire pour tenir ses troupes et qui s’en sort plutôt bien, mais je ne crois pas qu’elle puisse demain diriger un pays comme la France, même si, dans un grand coup de vent à gauche, elle était donnée gagnante contre Sarkozy. La gauche voulait son père, il a décliné. Elle voudrait, mais probablement s’inclinera.

  7. Guillaume dit :

    Bonjour M. Cambadélis, j’espère que DSK sera candidat en 2012. Vous le regretterez si il ne se présente pas.
    Demain dans le Nouvel OBs’, il y a un sondage et plus de 40% des socialistes veulent que DSK soit le candidat PS, Martine Aubry récolte environ 20% des voix.

    J’espère qu’il reviendra malgré l’affection que j’ai pour Martine Aubry, je ne la vois pas gagner face à Sarko.