Interview dans France Soir

par · 28 mai 2010

Retraites – « Une mobilisation encourageante »

Jean-Christophe Cambadélis, député socialiste de Paris, estime que la mobilisation des Français hier dans la rue contre la réforme des retraites que prépare Eric Woerth se fait « par paliers ».

France-Soir. Les syndicats revendiquent 1 million de personnes dans les rues. Peut-on parler d’une mobilisation massive ?

Jean-Christophe Cambadélis. C’est une mobilisation encourageante. Cela prouve que la tactique gouvernementale d’annonces élastiques n’a pas dupé grand monde. Les gens commencent à se mobiliser. Cela va se faire par paliers.

F.-S. Vous étiez dans le cortège à Paris. Quelle en était la tonalité ?

J.-C. C. J’ai senti les manifestants combatifs, festifs, pas du tout abattus. Leur leitmotiv, c’était : « Ils nous prennent pour des cons. » Ils étaient surtout focalisés sur la question des retraites : le départ à 60 ans, c’est un symbole fort.

F.-S. La journée d’hier (jeudi) va-t-elle suffire aux leaders syndicaux pour peser davantage dans les négociations ?

J.-C. C. Oui. Car, non seulement le gouvernement veut reculer l’âge de départ légal à la retraite, mais encore envisage-t-il l’extension de la décote à 68 ans, au lieu de 65 ans à l’heure actuelle. Les syndicats ont donc du grain à moudre.

F.-S. Mais le gouvernement peut-il, sérieusement, reculer ?

J.-C. C. Je le souhaite mais ce n’est pas certain. Le gouvernement s’est trop avancé, sous l’impulsion de Xavier Bertrand (le patron de l’UMP). Il peut difficilement revenir en arrière. Il est coincé par ses annonces, distillées au compte-gouttes, et ses clins d’œil aux agences de notation. Car le recul de l’âge de départ à la retraite est un geste de Sarkozy afin d’apaiser les tensions sur la dette souveraine et l’euro.

F.-S. Comment allez-vous désormais peser dans le débat ?

J.-C. C. Tant les sondages que les manifestations montrent un indice encourageant : les Français, accordent davantage de crédit à notre projet de réforme qu’à celui du gouvernement. Or c’est la première fois que nous sommes projet contre projet. Cela prouve bien qu’il y a une possibilité de faire autrement. Mais tout le monde est suspendu aux annonces gouvernementales. (Il sourit, ironique) La réforme doit être dévoilée à la mi-juin, peut-être le soir de France-Mexique (le deuxième match des Bleus lors de la Coupe du monde, le 17 juin) puis, vous verrez, elle sera déposée au Parlement la veille du 14 Juillet…

F.-S. Pensez-vous, comme Martine Aubry, qu’il faudra remettre en question, en 2012 – si la gauche est au pouvoir –, la nouvelle retraite à 62 ou 63 ans ?

J.-C. C. Oui, il faudra remettre en question la réforme Sarkozy sur les retraites.