L’intervention que je n’ai pas pu faire à l’Assemblée Nationale…

par · 15 septembre 2010

Madame, Monsieur,

Si je prends aujourd’hui la liberté de m’adresser directement à vous c’est qu’au delà de la crise politique que nous vivons où les affaires se multiplient tous les jours, où la France est montrée du doigt sur la question des droits de l’Homme à l’échelle mondiale, nous assistons aujourd’hui dans le débat parlementaire sur les retraites au bâillonnement pur et simple de l’opposition.

Depuis le début des travaux parlementaires sur la réforme des retraites, force est de constater que les amendements des députés socialistes et des membres de l’opposition sont sans cesse décriés, mis à mal par le gouvernement. Le temps de parole n’est pas respecté et certains députés ont été proprement insultés par certains membres du gouvernement.

Dans la nuit de mardi à mercredi, après une nuit de débat sur les amendements déposés par les députés de l’opposition, Monsieur Bernard Accoyer, président de l’Assemblée Nationale a refusé l’application de l’article 49, alinéa 13 du règlement de l’Assemblée Nationale permettant à chacun des députés inscrits de pouvoir prendre la parole pour une explication de vote individuelle de cinq minutes hors décompte du temps global réparti.

Ce manquement à l’application du règlement de l’Assemblée Nationale par son président à des fins uniquement politiques est grave et sans appel. Ainsi donc, plus de 140 députés de l’opposition dont je suis, ont été empêchés de s’exprimer publiquement sur la réforme des retraites.

Parce que je refuse que le gouvernement de Nicolas Sarkozy bâillonne l’opposition et nie le fonctionnement des instances de notre pays, je vous prie de trouver ci-après, le texte de l’intervention que je n’ai pas pu prononcer à l’Assemblée Nationale dans la nuit de mardi à mercredi.

Monsieur le Président, Messieurs les Ministres, Monsieur le rapporteur, mes chers collègues,

Il y a de nombreuses raisons pour refuser votre projet de réforme des retraites.

La première est morale.

Pendant la campagne électorale, le candidat Nicolas Sarkozy avait promis que si il était élu, en aucun cas, il ne toucherait aux retraites. Fort de l’espérance de gagner plus et de profiter de leur retraite, les Français ont malheureusement fait confiance.

Cette réforme, c’est d’abord le pacte entre le président de la République et le peuple qui a été rompu.

Vous avez cru, ou plutôt le président de la République a cru, que défait dans les urnes lors des régionales à cause d’une politique qui échoue, il vous serait possible de vous rétablir en remettant en cause votre promesse et en ajoutant au parjure, l’indignité d’une politique sécuritaire basée sur des préjugés qui nous valent une honte mondiale.

Votre texte est là, et à le lire, vient un deuxième argument. Le présupposé de cette réforme.

Vous évoquez la démographie, minant le système par répartition. Outre que cet argument sonne comme une critique radicale de vos réformes précédentes qui étaient censées régler cette difficulté, le problème n’est pas là.

Nous parlons, nous, dans notre projet, de la baisse de la masse salariale, c’est-à-dire l’augmentation du chômage. Nous parlons, nous, d’une vraie politique de croissance riche en emplois et pas seulement en dividendes pour les actionnaires.

De la stagnation de la croissance due à votre prétendue politique de choc fiscal accentuée par la crise financière mondiale. Non contents de vous tromper dans le diagnostic, vous avez voulu faire de ce débat, le marqueur de votre quinquennat.

Ce sera mon troisième argument. Le symbole des 60 ans.

Vous avez fait de cette question le dogme de votre réforme. Et ceci, pour deux raisons.

D’abord pour des raisons idéologiques. Il s’agissait d’effacer les avancées de la gauche de 1981 comme vous avez voulu effacer les avancées des années Jospin. Votre mot d’ordre est simple : la Gauche l’a fait, l’UMP le défait. Piteuse maxime pour pouvoir vous maintenir dans votre camp.

Mais il s’agissait aussi de rassurer les marchés financiers et les agences de notations. Tant votre politique a creusé les déficits provoquant l’interrogation du monde sur votre capacité à redresser le pays. Alors, il fallait faire vite. Tant pour des raisons politiques que pour des raisons économiques.

L’urgence.

Ce fut la marque de votre concertation, ce fut le chemin de croix de notre débat. Une concertation bâclée là où il aurait fallu chercher l’union, le rassemblement. Une volonté artificielle de cliver pour des raisons évidentes d’union de la droite. Là où un pays comme la Suède a mis plusieurs années pour reformer son système de retraites, vous avez mis quelques semaines. Même l’application de la loi est marquée par l’urgence.

Vous voulez que celle-ci soit effective en 2018 alors que, en Allemagne, que vous aimez tant citer, cela ne sera pas avant 2029. Sage patience prenant en compte les possibilités offertes par l’évolution de conjoncture. Autant dire que l’efficacité de la réforme n’est pas votre but.

Inefficace.

Dans le débat, comme François Fillon à la télévision, vous avez indiqué que ce n’était pas la dernière réforme. C’est dire que vous ne croyez pas à votre texte. Mais l’inefficacité n’est pas seulement dans la réforme, elle l’est aussi dans les dépenses publiques. Car vous proclamez vouloir réduire le déficit des retraites mais vous allez augmenter les déficits de l’assurance chômage. Car votre loi de précarisation des seniors va jeter dans le chômage une génération de salariés. Et c’est là mon dernier argument : cette réforme est injuste.

Injuste.

Injuste car elle repose principalement sur les salariés.

Injuste parce qu’elle frappe durement les femmes.

Injuste parce qu’avec les 65 ans comme âge de la retraite à taux plein, vous précarisez les plus âgés de notre société.

Injuste parce que vous pénalisez ceux qui auront des carrières fractionnées.

Injuste parce que vous avez balayé la pénibilité.

Voilà les raisons pour lesquelles je voterai contre votre texte avec la certitude que votre pouvoir, isolé dans son propre camp comme dans le pays, affolé et autiste, est trop fragile pour faire face à un mouvement social fort que j’appelle de mes voeux.