Libération: L’ombre de DSK dans le sillage de Cambadélis

par · 22 octobre 2010

logo LibérationLe quotidien publie un article sur le déplacement de Jean-Christophe Cambadélis au Mans pour présenter son nouveau livre « Dis moi où sont les fleurs ? » Essai sur la politique étrangère de Nicolas Sarkozy.

C’est sa tournée ! Un véritable tour de France des fédérations du PS qu’a entrepris ce mois-ci Jean-Christophe Cambadélis, premier lieutenant de Dominique Strauss-Kahn : pas moins d’une cinquantaine d’étapes, entre débats militants et fêtes de la Rose. Officiellement, il ne s’agit, par ce marathon, que de promouvoir son dernier ouvrage, Dis-moi où sont les fleurs(l’Encyclopédie du socialisme), charge en règle contre la politique étrangère de Nicolas Sarkozy. Un alibi en béton. Mais aussi une trop belle occasion de veiller, sans en avoir l’air, aux intérêts de son champion. Voire aux siens propres. «Jospin, avant la présidentielle de 1988, avait fait un tour de France, rappelle Cambadélis. Ça lui permettait de mobiliser les gens et de tester des problématiques.» C’était avant que François Mitterrand ne se déclare candidat…

Etrillage. Lundi soir, le secrétaire à l’international était donc au Mans (Sarthe) pour une discussion avec les militants. En l’absence de Stéphane Le Foll, patron de la fédération et bras droit de François Hollande, opportunément retenu au Parlement européen, c’est la strauss-kahnienne Marietta Karamanli qui se charge de l’accueil. Mais pas question, bien sûr, d’une insidieuse campagne pro-DSK : «Il a insisté pour que ce soit une rencontre avec les camarades en tant que secrétaire international», précise la députée. Avant de concéder : «Il joint l’utile à l’agréable. Les gens savent bien où Jean-Christophe se situe…» Pas un mot de travers, pourtant, pour vanter les charmes de son champion. Après un verre de cidre, le député de Paris, face à une trentaine d’adhérents, se cantonne à un étrillage de la diplomatie sarkozienne, continent par continent.

Mais en ombre américaine, c’est encore et toujours la figure du directeur général du FMI qui se dessine. Morceaux choisis : «Il y a une alternative dans les domaines intérieur et extérieur» ; «Nicolas Sarkozy a décidé de faire de l’international son point fort pour montrer qu’il est un homme d’Etat et que les autres, face à lui, ne font pas le poids.» Le message, quoique subliminal, est limpide. Même si «Camba», après coup, niera en bloc : «DSK n’a pas annoncé sa candidature. J’indique simplement l’urgence pour la France d’avoir un président à la hauteur des enjeux auxquels elle est confrontée…»

Intentions. Mais alors que l’impatience des socialistes grandit quant aux réelles intentions du favori des sondages, la question ne manque pas d’arriver sur le tapis. Après celles des militants sur le cas Kouchner ou «les priorités internationales de notre candidat», c’est Daniel, partisan de Hollande, qui la pose : «Sarkozy avait-il la possibilité de s’opposer à la nomination de DSK au FMI ?» Réponse ferme de Cambadélis : «Dominique l’a dit à la télé : « Nicolas Sarkozy ne m’a pas nommé. Il aurait pu s’y opposer, il ne l’a pas fait ! »» Daniel, pas convaincu : «Ça pose quand même quelques questions !» Et de glisser, en aparté : «Y’a un loup quelque part…»

Mais où se cache-t-il ? A voir Cambadélis discourir sous les affiches de la campagne d’adhésion au PS Maintenant, j’y vais et une horloge où l’heure politique, inexorablement, tourne, on comprend qu’il chasse, aussi, pour lui-même. «Où pourrais-je être le plus utile ? Pas en me chamaillant avec mes copains pour savoir si je dispute les primaires parce que je le vaux bien», explique-t-il.

Alors que nombre de ses camarades songent déjà à leur maroquin pour 2012 et que les places s’annoncent chères, le député mise sur un autre cheval : la succession d’Aubry. «Si Martine, d’aventure, accédait à d’autres responsabilités, je crois avoir l’expérience et les épaules pour me consacrer à cette immense tâche. D’autres s’intéressent aux primaires ou aux futurs ministères. Il faut bien que, pendant ce temps, quelqu’un garde la maison…» Et d’égrener ses avantages supposés :«Tout le monde sait que je ne serai pas candidat à la présidentielle.» Et encore : «Je ne roulerai pour personne.» Il est permis d’en douter.

Les commentaires4 Commentaires

  1. topaz dit :

    Pour une fois où je ne suis pas « hors-sujet », j’en profite.
    La gauche française (et en premier chef les socialistes qui ont pris en 2006 une tangente de nouveauté, de facilité, d’immaturité qui les a perdus) sera-t-elle capable demain de réagir en gauche moderne, affranchie de ses vieux principes périmés et de confier son destin « gagnant » à celui qui disait au lendemain de sa nomination au FMI « j’ai passé ma vie à enseigner qu’il n’y avait pas de contradiction entre croissance économique et justice sociale. L’occasion m’est donnée de sortir cette idée des amphithéâtres et de la mettre en pratique ». Cette détermination peut aussi s’appliquer à notre pays si se rejoignent la conscience et la raison. Cela suppose que la gauche de la gauche ait « grandi » et ne s’identifie plus -15 ans plus tard- au regard devenu obsolète d’un François Mitterrand fatigué, interrogé en 1995 sur sa succession et les étoiles montantes du PS, et qui déclarait « en tous cas pas Strauss-Kahn, ce sera toujours le candidat des patrons » … En 2012 et bien avant, la gauche devra choisir, pour faire gagner son camp, les fleurs de son temps. Il y a celles qui durent et celles qui ne poussent pas …

  2. topaz dit :

    Y-aura-t-il un après Séoul ? De l’ombre à la lumière ?

  3. topaz dit :

    Camba, la Maison … vous la gardez depuis 3 ans déjà, envers et contre tout avec des prouesses de diplomatie. Il va bientôt falloir la défendre et la sauver de ses propres démons. La responsabilité est lourde mais elle vous incombe, à vous en priorité. Il a fait le tour du monde, vous faites le tour de France, vous allez devoir réussir le tour de la gauche …

  4. topaz dit :

    Camba ferait un excellent premier secrétaire. Il pourrait aussi briller ailleurs. Bientôt se posera à lui le problème du choix dans ses options.